
La Sofidep, bras financier du Pays, a annoncé une prise de participation dans Airaro, société locale qui revendique une expérience unique, au niveau mondial, dans les Swac. Après avoir travaillé sur ceux de Bora et Tetiaroa, et piloté la création de celui du Taaone, le plus long du monde, il s’agit d’exporter la technologie. Des discussions sont en cours avec des acteurs publics ou des hôteliers de la Réunion à la Grenade, en passant par Maurice ou la Jamaïque. L’investisseur public offre à la start-up la « sécurité financière » pour boucler ces marchés, et espère bien en tirer une partie des fruits. Objectif : signer pour 20 milliards de francs de contrats, 10% du potentiel mondial estimé, dans les 12 prochains mois et les concrétiser dans les cinq prochaines années.
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Le Pays n’en a pas fini avec les Swac. Mais après avoir construit le plus long système de « Sea-water air conditioning » du monde pour climatiser le CHPF, c’est plutôt comme un produit d’export que le gouvernement aborde cette technologie qui a connu, ces vingt dernières années, toutes ses grandes premières, ses galères et ses succès au fenua. C’est ainsi que la Sofidep, bras financier de la Polynésie, a annoncé vendredi sa prise de participation au capital de la SAS Airaro, une entreprise de conseil, de gestion et de pilotage de projets, qui peut revendiquer une expérience inégalée, au niveau mondial, dans ces installations maritimes d’énergies renouvelables.
La Polynésie « pleinement intégrée au succès futur » du Swac
Entre Airaro et le Swac, c’est une longue histoire. Le cofondateur de l’entreprise David Wary avait supervisé la réalisation des Swac du Thalasso Bora Bora, inauguré en 2006, puis celui de l’hôtel Brando à Tetiaroa. La société spécialisée, lancée en 2012 aux côtés de Jean Hourçourigaray, a assuré la maintenance des deux installations du groupe Pacific Beachomber jusqu’en 2019. Elle a surtout été chargée par le Pays de l’assistance à maitrise d’ouvrage du Swac du Taaone, finalement inauguré en 2022, et qui permet depuis à l’hôpital d’économiser quelques 300 millions de francs par an en facture d’électricité. Aujourd’hui, la « start-up », qui a accueilli parmi ses associés l’entrepreneuse polynésienne et spécialiste de la finance durable Stéphanie Mareva Failloux, ne se repose que sur une équipe réduite, mais elle a de grands projets. Et d’importants alliés pour les réaliser. Missionnée, sur appel d’offres, par la Banque Mondiale pour une mission de prospection aux Caraïbes en 2023, en partenariat depuis l’année dernière, avec le poids lourd français des énergies renouvelables Albioma pour développer des Swac ultramarins, soutenue dans ses démarches par plusieurs institutions financières et énergétiques nationales, la SAS « dispose désormais des moyens et atouts nécessaires au déploiement d’un programme ambitieux d’exportation de sa technologie Swac en Outre-mer et à l’international », se félicite la Sofidep, dans un communiqué.
Du côté de Airaro, on estime que cette prise de participation, « minoritaire » mais pas officiellement chiffrée, donne à la société « deux ans de sécurité financière » et « les moyens d’aller pénétrer le marché international ». Mais pour son PDG Jean Hourçourigaray, l’investissement du Pays, qui doit permettre à la collectivité de récolter une partie des fruits de l’export des Swac à l’international, n’est que la suite logique d’une success story polynésienne qui ne demande qu’à s’écrire. « Les trois Swac, les seuls existants au monde, sont en Polynésie. On a eu la chance d’y participer à divers niveaux, et il est vrai que le Swac de l’hôpital est un engagement fort de la Polynésie française envers cette technologie a été pour nous, et a été pour nous un tremplin, un moyen d’affichage important vu le succès qu’il rencontre, précise le cofondateur. Et donc, il nous semblait très important que la Polynésie, au travers de la Sofidep, soit pleinement intégrée au succès futur d’Airaro ».
Maurice, Réunion, Grenade, Jamaïque, Guadeloupe…
Pour convaincre la société publique de financement, avec qui Airaro est en discussion « depuis deux ans », il a fallu mettre en avant des chiffres et surtout des plans très concrets. Des plans qui s’étendent des Caraïbes à l’océan Indien. À la Réunion, où l’intérêt pour le Swac est exprimé depuis longtemps, et où, après plusieurs échecs de grands groupes de BTP, le spécialiste polynésien est très courtisé, un appel d’offres devrait être lancé avant la fin de l’année pour équiper l’aéroport de l’île. À moins de 200 kilomètres de là, à l’île Maurice, l’importante industrie hôtelière est aussi très demandeuse, et la SAS a bon espoir d’obtenir rapidement des engagements. Et pourquoi pas de mutualiser tout ou partie de la production avec le Swac de l’île Bourbon. La Banque mondiale, décidée à encourager une « vague de Swac » au nom de la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques, pourrait intervenir en soutien du projet mauricien, comme aux Caraïbes, où plusieurs clients potentiels sont bien identifiés. Jamaïque, Bahamas, République dominicaine mais surtout la Grenade, où le gouvernement souhaite avancer sur un avant-projet présenté par Airaro et qui fait déjà l’objet de demande de financements auprès des institutions internationales. La start-up polynésienne pourrait être rapidement chargée de mener les études complémentaires pour cadrer ce Swac à 5 milliards de francs.
Les Antilles françaises sont aussi de la partie : même si le projet est moins avancé, l’hôpital de Basse-Terre, en Guadeloupe présente les caractéristiques, en termes de consommation électrique et d’accès aux profondeurs, d’un bon client pour la climatisation à l’eau de mer. Au global, Airaro estime à 260 milliards de francs le potentiel du marché mondial du Swac et estime pouvoir signer pour 20 milliards de projets – soit 10% du total – dans les 12 prochains mois, et assurer ces prestations dans les cinq prochaines années.
« C’est un chiffre qui est accessible parce que ces 260 milliards de francs pacifique – un peu plus de 2 milliards de dollars – de marché avérés, ils ont été validés par de hautes autorités, qui nous permettent aujourd’hui de penser qu’aller en chercher 10%, c’est ambitieux mais absolument pas déraisonnable, reprend Jean Hourçourigaray. Nous sommes aujourd’hui les seuls acteurs de ce marché. Donc, un leader qui n’envisage que 10% de parts de marché, c’est un leader encore tout à fait raisonnable. Et oui, en cinq ans, aujourd’hui, on ne s’interdit pas à développer suffisamment de projets pour que la Polynésie exporte la valeur de ses projets, c’est-à-dire 20 milliards« .
L’objectif est donc clair : faire de la filière Swac « une vraie filière d’exportation ». À titre de comparaison, les exportations de perle ont pesé 7 milliards de francs et celles de poisson 2,3 milliards de francs, en 2024.
… En attendant l’aéroport de Tahiti
Parmi cette foule de projets le fenua n’est pas complètement oublié. Car Airaro, déjà sollicitée il y a trois ans par un des candidats à la concession de l’aéroport de Tahiti-Faa’a, a travaillé ces derniers mois avec un autre groupement dans le cadre de la constitution de son dossier, pour le nouvel appel d’offres qui a été fermé à la fin du mois de mars. Des dossiers aujourd’hui à l’instruction, pour une attribution du marché de gestion et de reconstruction de la plateforme d’ici début 2027.
« On espère que, si recours à la climatisation il y a par le nouveau concessionnaire, il s’appuiera sur une technologie qui a fait ses preuves en Polynésie et qui est totalement disponible à l’aéroport. On sait tous qu’il y a une fausse passe au droit de l’aéroport et on sortira par cette fausse passe, pointe le PDG de la société. L‘aéroport est un client intéressant en lui-même mais autour on doit pouvoir rayonner auprès du siège d’ATN ou du bâtiment de l’OPT qui sont limitrophes et qui sont équipés en système de climatisation compatible. ATN et OPT étant très fortement liés au pays et avec le soutien que le pays nous affiche, je suis sûr que nous trouverons un terrain d’entente ».
Un peu plus loin sur la côte de Faa’a, il y a aussi l’Intercontinental Tahiti, qui contrairement au Thalasso de Bora Bora et au Brando, deux autres hôtels du groupe Pacific BeachComber, ne profite pas encore de cette technologie.
Dans son communiqué, la Sofidep note que Airaro a aussi du potentiel pour une autre technologie, l’Otec, ou énergie thermique des mers (ETM), qui attend toujours sa première application concrète, en Polynésie comme ailleurs. Le Pays a plusieurs fois affirmé vouloir aller de l’avant sur cette question, évoquant la possibilité d’un appel à projets sur un « démonstrateur ». Si la prise de participation de la Sofidep n’est pas orientée vers ce développement, Airaro a déjà assuré, auprès du gouvernement, être « techniquement prêt » à construire non pas un démonstrateur mais une unité productive de 5 MW sur le récif tahitien. Une autre « première mondiale » potentielle en matière d’énergie renouvelable pour la Polynésie, insistent les responsables de la société.