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Sébastien Lecornu, le ministre qui « met les pieds dans le plat »

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer, était l’invité de Radio1 ce mercredi. L’essentiel de cet entretien.

Sur le nucléaire, le ministre convient que la parution de l’enquête Toxique, et l’écho national et international qu’il a pu avoir, ont remis le sujet en tête de l’actualité « de façon particulièrement aigüe. L’ouvrage dit des choses, il faut y répondre. »

Mais, dit-il, « le livre Toxique fait un peu de politique, il ne présente pas que des thèses scientifiques. (…) J’aime la politique, je connais la vie politique, je ne suis pas non plus un perdreau de la dernière couvée. (…) On va enlever toute la couche politique parce que moi elle ne m’intéresse pas, elle ne me regarde pas, je la laisse à celles et ceux que ça intéresse. On va rester avec ce qui est écrit dans Toxique, ce que les associations demandent, le vrai ressenti sur le terrain, les arguments scientifiques, les arguments de politique publique nouvelle sur ces atolls, moi je veux qu’on regarde les choses avec sérieux, ou alors dans 5 ans, un nouveau bouquin écrit par je ne sais trop qui réinterviendra, et on rouvrira la plaie et on redira ‘on s’est moqué de nous’. »

Sébastien Lecornu comprend, dit-il, que les indemnisations, « c’est très compliqué, ça manque parfois d’humanité, il y a une dimension très technocratique, très administrative. Et puis il y a la question environnementale, la question de la surveillance géologique, la question de la réparation écologique et sociale. » Pour lui, le nettoyage de Moruroa et Fangataufa est possible, mais « l’essentiel des pollutions qui nous préoccupent ne sont pas nucléaires, elles sont conventionnelles, hydrocarbures, PCB…, comme à Hao, assure-t-il. Sur cet atoll en particulier, « le Pays aussi a une part de responsabilité évidemment importante en la matière, parce qu’une partie de la réglementation dépend d’eux. En plus, sur la dépollution de Hao, il y a de l’argent sur la table, donc ce n’est pas une volonté de l’État ou des armées de ralentir ce dossier-là. »

« Ce n’est pas un sujet local, je le redis, c’est un sujet national qui intéresse toute la nation française »

Sans se prononcer sur les éventuelles adaptations (retrait du seuil de 1 mSv, extension de la liste des maladies radio-induites, extension du délai de dépôt des dossiers d’indemnisation) ou même le remplacement de la loi Morin, le ministre des Outre-mer se dit « assez ouvert à ce que peut-être le Civen ait une antenne, pas forcément permanente mais régulière » en Polynésie pour aller à la rencontre des victimes « dans certaines îles un peu plus reculées, où parfois personne n’est jamais venu les voir pour leur expliquer comment ça fonctionnait ».

Quant au choix de Paris pour tenir cette table ronde, et aux doutes qu’on pourrait avoir sur l’obtention d’un résultat avant que le chef de l’État ne remette son titre en jeu l’an prochain : « j’assume qu’elle ait lieu à Paris. Ce n’est pas un sujet local, je le redis, c’est un sujet national qui intéresse toute la nation française. (…) Et puis le Président de la République viendra en juillet, voilà, donc on est sur un horizon de l’ordre de 3 à 4 mois, je pense qu’on ne se moque de personne ».

La levée du secret défense sur les archives de l’armée sera un des objets de la table ronde, mais Sébastien Lecornu prévient qu’elle sera partielle, excluant les « données qui concernent le savoir sur ce qu’est notre bombe aujourd’hui (…) »

Vaccins, ouverture des frontières, pass sanitaire et couvre-feu

Le ministre des Outre-mer défend bec et ongles la stratégie sanitaire adoptée en Polynésie, insiste sur l’effort de vaccination qui reste à faire, mais se refuse à donner une date pour une plus large ouverture des frontières et la levée des motifs impérieux, alors même que l’État prévoit d’ouvrir les frontières de l’Hexagone le 9 juin. « En donnant une date, je sais déjà qu’on va reculer sur toute forme d’effort lié à la vaccination. » Notre insularité, notre capacité hospitalière, la menace de l’introduction des variants justifie cette différenciation, dit-il, « donc je crois que c’est un effort collectif et qu’il ne faut pas le gâcher maintenant. Je n’ai pas ma langue dans ma poche là-dessus. Moi je suis élu d’un territoire où les gens attendent des créneaux (…). Ici, de tous les vaccinodromes que j’ai pu voir, il n’y a pas la queue, et c’est ouvert aux plus de 16 ans. D’autres micro-états du Pacifique n’ont pas cette chance. Donc je mets les pieds dans le plat. »

Quant à l’application en Polynésie du pass sanitaire adopté la veille par l’Assemblée nationale, « ça commence déjà à ressembler furieusement à ce que vous connaissez déjà, on a travaillé de manière intéressante ici. Il est clair qu’on différenciera entre personnes vaccinées et non vaccinées, je peux vous le dire de manière très claire.  Le fait d’avoir ces protocoles de tests, ça on les gardera très longtemps. » Enfin, le ministre soutient le maintien du couvre-feu, citant en contre-exemple la Guadeloupe sans la nommer, où « on était reparti sur une vie sociale de rue très, très forte » et qui a connu une recrudescence de cas de covid.

Air Tahiti Nui, CGCT, cannabis thérapeutique

Si Sébastien Lecornu ne confirme pas la possible entrée de l’État au capital d’Air Tahiti Nui, évoquée par Yvonnick Raffin au retour d’une mission à Paris, il affirme : « Il n’est pas question qu’Air Tahiti Nui soit abimé durablement par la crise » et indique qu’en tout état de cause la trésorerie de la compagnie est assurée jusqu’à la fin de l’année.

La réforme du CGCT, dans ses exigences en matière de traitement des déchets et d’assainissement que la plupart des communes polynésiennes ne parviendront pas à respecter dans les délais impartis, est un dossier freiné par la crise sanitaire. Le ministre, qui a détenu le portefeuille des collectivités territoriales avant de prendre celui des Outre-mer, se dit favorable à « une adaptation pour faciliter les choses », mais pas à la création d’un nouveau CGCT : « Je pense qu’il faut qu’on fasse simple (…) les gens veulent tout simplement que le service public des déchets et de l’eau fonctionne. Après, il faut faire attention parce que l’empreinte environnementale reste quand même un grand combat que l’on doit mener, c’est une partie de l’économie touristique, du cadre de vie, de la santé publique… On doit pouvoir mettre à l’échelle les normes, mais il ne faut pas qu’on soit moins-disant sur le terrain environnemental. »

La souplesse affichée du ministre des Outre-mer a ses limites, lorsqu’il s’agit du cannabis thérapeutique que le Pays considère comme une possible avenue de développement économique : « C’est un avis personnel, ça n’engage pas le gouvernement auquel j’appartiens, mais je suis réserviste dans la gendarmerie donc j’ai une approche du cannabis assez traditionnelle. J’ai peur qu’on ouvre une brèche qu’il serait difficile de refermer. Mais je ne suis pas médecin donc je reste prudent mais vous avez compris que je suis plus que réservé. »

Sébastien Lecornu sera de retour en juillet avec le Président de la République, qui tient à venir en Polynésie, dit-il, « sauf pépin majeur ». 

L’intégralité de l’intervention du ministre des Outre-mer au micro de Radio1 :

 

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