
« J’avais besoin de laisser une trace de ce qui s’était passé », explique Aila Navidi, autrice, metteuse en scène et actrice de la pièce 4211 km. Au Petit théâtre de la Maison de la culture du 19 au 28 septembre, la pièce retrace le parcours de Mina et Fereydoun, contraints de fuir Téhéran pour rejoindre la France. Un récit à la croisée de « l’intime et du politique », raconté par leur fille, Yalda, née à Paris.
4 211km, c’est la distance parcourue par Mina et Fereydoun quand ils ont fui Téhéran pour se réfugier en France. La pièce retrace leur exil, l’amour d’un pays et l’histoire d’une famille, vus par leur fille Yalda, née à Paris. Une œuvre récompensée par deux Molières, ceux de la révélation féminine et du meilleur spectacle. Radio 1 a interrogé Aila Navidi, metteuse en scène, autrice et actrice dans la pièce, avant son arrivée au fenua.
Radio 1 : La pièce traverse à la fois l’espace, mais aussi le temps. Est-ce que c’est simplement un récit historique ?
Aila Navidi : Non, au départ ça paraît être une histoire intime et c’est ce qui crée le lien directement avec le personnage principal Yalda et le public, parce que c’est elle qui va raconter l’histoire de ses parents et de ses grands-parents. Mais en toile de fond, on va avoir les raisons pour lesquelles ils ont fui, c’est-à-dire toute l’histoire plus géopolitique. Il y a aussi le thème de la famille et de leurs liens, notamment avec la partie de la famille qui est restée à Téhéran. Au travers du récit de cette fille, qui grandit au fur et à mesure, on traverse ces générations et on suit l’évolution de sa propre histoire, et de son ressenti par rapport à la France, à ses origines, et à sa multiculturalité.
Cette pièce s’inspire du parcours de tes parents, un parcours familial, et de leur exil. Pourquoi la partager maintenant ?
Le besoin d’écrire, je pense qu’il s’est réveillé avec la naissance de mes enfants. En fait, il y avait cette volonté de raconter cette histoire comme un héritage, j’avais besoin de laisser une trace de ce qui s’était passé. Il y avait cette urgence de vouloir raconter le combat, évidemment, de mes parents, mais aussi, cette volonté de raconter à la nouvelle génération – mes enfants, mais aussi les autres générations d’enfants finalement vieillis – d’où ils venaient, quelles étaient leurs origines, et quelle avait été l’histoire de leurs parents ou de leurs grands-parents, qui malheureusement s’efface.
En Polynésie, il y a aussi pas mal de familles qui ont une histoire complexe, qui ont des aïeux qui sont arrivés dans le Pacifique à la suite d’exils ou de déplacements. Finalement, en dehors du contexte iranien, est-ce que ça peut faire résonner d’autres choses chez des spectateurs du fenua ?
Ce qui m’a beaucoup touchée en étant venue en Polynésie, c’est vrai qu’il y a quelques chose d’assez commun, même si c’est vrai que ce sont deux cultures différentes, c’est la force de la famille, l’importance des aïeux, mais aussi l’importance de notre propre histoire. Et je pense que la résonance, elle se fait aussi à travers cette jeune fille qui devient une femme, qui devient une mère et les interrogations qu’elle peut avoir sur l’importance de son histoire. À des moments, elle a pu en être gênée, parfois même avoir honte, et plus elle va grandir, plus elle va vouloir revendiquer son histoire et ses racines, sans rentrer dans une radicalité, mais simplement en disant : aujourd’hui je suis dans un pays qui est la France, qui a été mon pays d’accueil, et malgré tout j’ai une autre histoire qui est aussi une richesse.
Tu as écrit la pièce avant 2022 et la mort de Mahsa Amini (une étudiante morte en 2022 après avoir été victime de violences policières suite à son arrestation pour tenue « incorrecte », ndr), est-ce que ce fait là et les révoltes qui ont suivi ont donné beaucoup d’écho à la pièce en métropole ?
Au départ, quand il y a eu ces révoltes, la pièce est venue s’inscrire dans un contexte politique qui a dû exacerber encore plus l’intérêt du public, mais je pense qu’avec ou sans cet événement, au vu de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, ça aurait eu un écho dans tous les cas. Je pense que cette pièce a eu une telle popularité parce qu’elle raconte plein de tranches de vie et que le bouche-à-oreille a été extrêmement fort. Je pense que ça vient aussi du fait que cette pièce fait du bien, elle rassemble, elle fédère, et ça va au-delà encore de l’histoire du combat politique qu’il y a en Iran.
Et est-ce que ces révoltes ont provoqué des adaptations de la pièce ?
J’ai juste adapté, dans le sens où il y a un hommage qui est fait, effectivement, à la fin, à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui se battent au nom de la femme, de la vie et de la liberté. Mais le spectacle n’a pas changé en soi.
Quelle est la suite pour vous et cette pièce, après Tahiti ?
On a encore une année très chargée à venir. Là, on a une très grosse tournée, on va bientôt faire une annonce de reprise à Paris, et on a encore beaucoup de demandes de lieux qui souhaitent nous programmer.
| Les billets pour les représentations des 19, 20, 21, 26, 27 et 28 septembre sont disponibles sur ticket-pacific.pf, dans les 4 magasins Carrefour et à l’accueil de Radio1 et Tiare FM à Fare Ute. |