EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

A cause du Fiu … – Edito 17/03/2017

Le fameux « fiu » polynésien est si célèbre qu’il a même fait son entrée dans le dictionnaire Larousse depuis 2014.  On le définit comme une grande lassitude, on le dit quand on en a assez. Assez de quoi ? Oh, de tout et de n’importe quoi. On peut le servir à toute les sauces, à tout moment de la journée, quelle que soit la situation. Chez nous on sait que le fiu est aussi synonyme de fatigue intellectuelle et/ou physique. Sous nos latitudes il faut croire qu’on se laisse plus facilement envahir par lui qu’ailleurs et ce, quelle que soit son ethnie, ses moyens, ses responsabilités ou son rang social.

Le fiu c’est l’incarnation du flegme polynésien qui a son charme mais aussi ses travers. A cause du fiu, on se bourre la gueule jusqu’à en perdre la notion de l’espace et du temps et on ne retient plus ses coups. A cause du fiu on continue de manger ce qui a bon goût plutôt que ce qui est bon pour nous, en nous laissant pousser des ventres qu’il faudra bientôt transporter dans des brouettes.

A cause du fiu on ne peut pas justifier de faire ce qui ressemble à du clientélisme électoral en suivant le gouvernement dans ses tournées. A cause du fiu, on ne peut pas oublier de gérer sa commune convenablement en préférant faire une campagne dans des sphères qui nous dépassent au nom d’une idéologie qui ne parvient toujours pas à être rationalisée. A cause du fiu, on n’a pas le droit de salir le peu d’honneur qui nous reste en soutenant l’insoutenable, en laissant entrevoir des associations aussi improbables que nauséabondes. A cause du fiu, on ne prend pas le temps de réfléchir pour qui on vote, et pour qui on continue de voter. Etc. Etc. La liste pourrait être encore bien longue.

Alors que faire ? Faut-il continuer de se complaire dans l’abandon de soi par une paresse qu’on croit rendre gracieuse parce qu’on l’a identifiée en lui donnant un nom qui sonne bien ? Doit-on rester des prisonniers de la mollesse ? Peut-on persévérer à compter systématiquement sur une intervention de l’extérieur pour faire les choses à notre place ?

Il faut voir le fiu comme un échec et pas comme une fin en soi dont on pourrait se satisfaire le sourire aux lèvres parce qu’il fait partie de notre ADN. Un patrimoine génétique ça peut évoluer avec le temps, surtout quand on se rend compte que c’est en se privant de l’effort de faire marcher ses neurones que l’on se retrouve comme des prisonniers. Les taulards d’un système de penser qui nous prive de nos libertés fondamentales d’être les artisans de notre propre destin, d’agir plutôt que de subir.  Pour ne plus jamais que le fiu nous floue.

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