
Alors que le 54e Forum des îles du Pacifique touche à sa fin, Moetai Brotherson a fait le point sur la participation de la Polynésie française : relations du Forum avec la Chine, exploitation des richesses sous-marines, fonds régional de résilience climatique et fonds européens, et pistes à étudier pour lutter contre l’ice
La 54e édition du Forum des îles du Pacifique, aux îles Salomon, a été marquée par l’absence des « partenaires du dialogue », à qui le Premier ministre Manele a signifié que le traditionnel dialogue n’aurait pas lieu cette année, officiellement pour se donner de temps d’évaluer ces partenariats. Les îles Salomon sont revenues en 2019 sur leur reconnaissance de Taipei pour se tourner vers Beijing, et cette exclusion générale, même si elle a tenu aussi la Chine à l’écart, a été interprétée comme un effort pour empêcher la participation de Taiwan.
Moetai Brotherson, en début de semaine, avait diplomatiquement déclaré à Radio New Zealand qu’il était finalement « assez content » que les membres du Forum soient « pour une fois entre eux, et peut-être plus francs dans leurs discussions », suggérant que le dialogue des partenaires pourrait avoir lieu une année sur deux à l’avenir. L’idée « a été discutée, disait Moetai Brotherson ce jeudi, mais n’a pas emporté l’adhésion générale ». Les partenaires feront leur réapparition en 2026 à Palau.
Plusieurs interventions contre l’exploitation des fonds marins
Le président du Pays a continué de défendre sa position contre l’exploitation des ressources minières sous-marines : « Je l’ai dit en plénière et à la retraite des leaders. J’en ai également parlé à l’Université des Solomon Islands où j’étais invité ». Reste à voir quelle sera la position adoptée sur l’exploitation de ces richesses dans la déclaration finale, car Nauru, les îles Cook, Kiribati et Tonga (qui prend cette année la tête du Groupe des leaders polynésiens) sont jusqu’ici décidés à en tirer des revenus, en accordant des concessions à des entreprises étrangères.
Il a également pu rappeler le rôle joué par la Polynésie à l’Unoc en juin dernier, et l’engagement de protéger l’ensemble de la zone économique exclusive : « La plupart étaient à Nice, et ils ont salué notre rôle de gardiens des océans. Fidji a souligné que c’était totalement aligné avec sa déclaration d’un ‘océan de paix' » qui a été adoptée par le Forum, indique Moetai Brotherson. Une déclaration qui « invite la communauté internationale à respecter la souveraineté nationale et les approches adoptées dans le Pacifique concernant la paix et la sécurité. »
Lost in translation
À Nice en juin dernier, la France avait pris l’engagement d’affecter 2 millions d’euros (238 millions de Fcfp) à la capitalisation du Fonds de résilience du Pacifique, une initiative du Forum pour contrer l’impact du changement climatique. L’objectif est de réunir 500 millions de dollars d’ici l’année prochaine, mais le fonds est encore loin du compte. Sa création a toutefois été ratifiée à Honiara, mais la Polynésie française n’a pas pu apposer sa signature, faute d’accord du ministère des Affaires étrangères : « Un contretemps certainement lié à l’instabilité politique en Hexagone, dit Moetai Brotherson. Nous avions transmis les documents au ministère en mai, et le matin de la signature ils nous ont répondu que sur le principe c’était toujours oui mais qu’il n’était pas possible de signer un document en anglais… Ça aurait été mieux de nous le dire en mai… »
Des fonds européens pour le secteur primaire polynésien
La Polynésie pourra également bénéficier de l’engagement à hauteur de 36 milliards de Fcfp que l’Union européenne a dévoilé pour la région. « Nous avons tous les projets dans la continuité du programme Tavivat (un plan de développement de l’agrotransformation, ndr), et d’autres en préparation au ministère de l’Agriculture », indique Moetai Brotherson.
L’ice, fléau régional, mentionné pour la première fois dans le communiqué final
Le président du Pays a pu échanger avec les pays du Forum, qui sont également affectés par le fléau de l’ice. « J’ai rappelé la marche du 6 septembre, et appuyé sur la nécessité d’impliquer la société civile. Pour la première fois dans le communiqué l’ice est mentionnée explicitement. Pour moi, il y a trois pays avec qui je vais intensifier les discussions car ce sont les seuls qui ont des solutions : l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Guam. »
Enfin, le Forum des îles du Pcifique a validé la tenue à Tahiti de sa réunion de 2031. Une organisation évaluée à 120 millions de Fcfp, financée par le pays hôte et le FIP.
