
Au lendemain d’un conseil municipal très tendu au cours duquel Félix Tokoragi a été réélu pour un troisième mandat de maire de Makemo malgré sa défaite dans les urnes, Vaitiare Fournier annonce le dépôt de deux recours au tribunal administratif. La meneuse de la liste arrivée en tête des suffrages, qui a vu s’échapper l’écharpe de tavana après le revirement de deux de ses colistiers « approchés par le maire sortant », estime que les règles de distribution des sièges n’ont pas été respectées à l’issue du second tour, et que l’élection du tavana et de ses adjoints, une semaine plus tard, a été elle aussi entachée d’irrégularités.
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Pas question de se résigner pour Vaitiare Fournier. À la tête de la liste Tamariki Oruro no Makemo e tona haga motu a tika, elle avait rassemblé 51,6% des voix au second tour des municipales, et pouvait donc légitimement espérer être élue tavana ce dimanche 29 mars, pour l’installation du nouveau conseil. Saut que c’est Félix Tokoragi, maire sortant, qui a été réélu, malgré les 48,4% de sa liste Toku oire here et à la faveur des votes de deux conseillers élus sur la listes concurrentes. Un retournement de situation qui a provoqué des scènes de colère, voire de violences, dès l’annonce des résultats. Beaucoup de soutiens de Tamariki Oruro no Makemo s’étaient en effet rassemblés à la mairie pour célébrer le changement de gouvernance, après deux mandats de l’ancien gendarme, élu maire à 29 ans en 2014, et qui avait été représentant à l’assemblée entre 2018 et 2023, avec le Tapura puis A here ia Porinetia. Les réseaux sociaux s’étaient ensuite enflammés bien au delà de la commune de 1400 habitants, qui compte quatre communes associées avec Katiu, Raroia et Taenga.
Électeurs « révoltés » : « C’était difficile de les calmer »
Au lendemain du conseil, l’ambiance reste tendue sur l’île, explique Vaitiare Fournier, qui a reçu « beaucoup de message de soutien » de l’extérieur, mais qui a surtout reçu chez elle, ce lundi, des dizaines d’électeurs de Makemo « révoltés » par la situation. « C’était difficile de les calmer », précise-t-elle. Mais si elle partage leur « frustration », face à « des élus qui ont tourné le dos au mandat que le peuple leur avait confié », elle a appelé au calme, en expliquant qu’un courrier a été envoyé au Haut-commissariat et que le tribunal administratif a été saisi
Une fois élu, les conseillers municipaux sont pourtant libres de voter comme ils le souhaitent au sein du conseil. Y compris pour l’élection du tavana, lors de la première séance de la mandature. Si ce genre de retournement de situation est rare, il n’est pas inédit, ont rappelé beaucoup de commentateurs, se remémorant des retournements d’alliance municipale de dernière minute en échange de postes exécutifs ou de mairie délégués, notamment à Moorea, Raiatea ou aux Tuamotu. À Makemo, Félix Tokoragi est accusé d’avoir « fait des propositions » aux deux élus en question, Ana Flores et Arthur Tamatea Graffe, issus de Raroia et Takume. Mais même ces arrangements, s’ils restent dans le cadre strictement politique, ne sont pas juridiquement condamnables. « La loi électorale est ainsi faite » avait noté sur les réseaux sociaux Moetai Brotherson, interpellé au cours du tollé qu’avait engendré la réélection de l’ancien représentant autonomiste.
Double recours au tribunal et lettre au Haut-commissariat
Mais Vaitiare Fournier dit avoir ciblé dans ses recours, plus que les « arrangements » et autres négociations secrètes de fin de campagne, des « irrégularités » des scrutins. D’abord sur les résultats du second tour au terme duquel « avec 51,6% des voix, nous aurions du avoir douze sièges plutôt que neuf à cause de la prime majoritaire ». Ce qui aurait permis aux élus Tamariki Oruro no Makemo de la faire élire, même sans les voix des deux conseillers renégats. Un deuxième recours est orienté vers l’élection au sein du conseil municipale de ce dimanche 29 mars. Le PV qui a été dressé, vu la tension ambiante, « ne respecte pas les règles » : « le doyen et les assesseurs n’ont rien signé, rien que ça, ça montre l’irrégularité du scrutin ». Des points de droit sur lesquels la tête de liste dit avoir reçu des « confirmations » de « techniciens » : « on a reçu beaucoup d’appels, tout le monde s’implique parce que les élections municipales, c’est important, d’autant que ce sont quand même les prochains référents des élections sénatoriales ».
Vaitiare Fournier dénonce au passage « l’avidité » de Félix Tokoragi qui a eu peur « que je lui enlève le dernier pain qu’il a dans sa bouche » en perdant la mairie. Mais « la partie n’est pas terminée, assure-t-elle. C’est en cours, et c’est sur la bonne voie ».
Sollicité, Félix Tokoragi n’a pas souhaité commenter sa réélection ou les contestations de Vaitiare Fournier et son équipe.