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Affaire de la "chemise arrachée": ouverture du procès de quinze salariés d'Air France

Bobigny (AFP) – La photo du DRH d’Air France, chemise en lambeaux, avait fait le tour du monde et terni un peu plus la réputation française en matière de dialogue social: le procès de 15 salariés de la compagnie s’est ouvert mardi à Bobigny.

Le procès, qui s’étale sur deux jours, a débuté peu après 09H00 dans une salle d’audience archicomble avec l’appel des quinze prévenus, dont cinq sont poursuivis pour « violences en réunion » et dix pour « dégradations ».

L’intersyndicale d’Air France a appellé à une grève et un rassemblement à partir de 10H00 aux abords du tribunal. Plusieurs centaines de personnes sont attendues, de source policière.

La CGT, qui compte plusieurs membres parmi les prévenus, veut transformer cette journée en tribune pour « les libertés syndicales ». Cinq de ses adhérents, dont un représentant du personnel, ont été licenciés par la compagnie à la suite des événements. Parmi eux, quatre sont prévenus. 

« Les libertés syndicales sont fondamentales (…) mais rien ne justifie des violences à l’égard d’innocents », a réagi Me Christian Charrière-Bournazel, l’un des avocats d’Air France, peu avant l’ouverture de l’audience. 

Pour Miguel Fortéa, secrétaire général de la CGT Air France, le procès va permettre de voir « s’il y a vraiment une justice indépendante » car, selon lui, « la présomption d’innocence n’existe pas » dans ce dossier.

« En nous traitant de voyous et en demandant des sanctions lourdes et exemplaires » dès le lendemain des incidents le 6 octobre, le Premier ministre Manuel Valls « a mis le parquet sous pression », a-t-il estimé. 

– ‘Victimes’ et ‘auteurs’

Les faits s’étaient produits le 5 octobre 2015 lors d’une manifestation contre un projet de restructuration d’Air France visant à supprimer 2.900 emplois pour redresser sa compétitivité.

Après avoir forcé la grille d’accès au parvis du siège d’Air France à Roissy, une centaine de manifestants avait envahi la salle où la direction était en train de présenter le plan en comité central d’entreprise.

Lors d’un mouvement de foule, le directeur des ressources humaines Xavier Broseta et celui de l’activité long courrier, Pierre Plissonnier, avaient été malmenés, de même que certains des vigiles assurant leur protection. Puis, alors qu’ils tentaient de fuir, leurs chemises avaient été arrachées par la foule hostile, massée à l’extérieur du bâtiment.

Filmées par de nombreux médias, les images de ces deux cadres fuyant sous les huées, torse nu et chemise en lambeaux, avaient fait le tour du monde et suscité de nombreuses réactions indignées. 

Les débats s’annoncent tendus entre des prévenus résolus à dénoncer la « violence patronale » et une direction qui fustige le recours à la violence physique.

L’avocat d’Air France, Me Dominique Mondoloni, a ainsi critiqué la « volonté de la défense de transformer les auteurs en victimes et les victimes en auteurs ».

« Air France sera là pour soutenir ses salariés et répéter que la violence ne peut en aucun cas devenir un mode de régulation des conflits sociaux », a-t-il ajouté, soulignant l’attachement de l’entreprise, qui emploie 55.000 personnes, au dialogue social.

Côté défense, Me Lilia Mhissen s’attachera à montrer que les faits qui leur sont reprochés sur la base des images de la vidéo-surveillance ou des médias ne sont pas tous fondés. Deux des prévenus ont ainsi « clairement agi pour protéger MM. Broseta et Plissonnier », affirme l’avocate de 12 des salariés. 

Au pénal, les salariés poursuivis pour violences encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Au civil, Air France leur réclame un euro symbolique. Le jugement sera mis en délibéré. 

Chemise arrachée, le directeur des ressources humaines d'Air France Xavier Broseta tente de fuir un mouvement de foule, le 5 octobre 2015 à Roissy-en-France. © AFP

© AFP/Archives KENZO TRIBOUILLARD
Chemise arrachée, le directeur des ressources humaines d’Air France Xavier Broseta tente de fuir un mouvement de foule, le 5 octobre 2015 à Roissy-en-France

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