AFPINTERNATIONAL

Air France: sursis et relaxes au procès de la "chemise arrachée"

Bobigny (AFP) – Les images de deux dirigeants d’Air France, l’un torse nu, l’autre la chemise en lambeaux, avaient fait le tour du monde: trois ex-salariés de la compagnie ont été condamnés mercredi à des peines de 3 à 4 mois de prison avec sursis, et deux ont été relaxés.

Poursuivis au tribunal de Bobigny pour des dégradations commises sur le portail d’accès au siège de la compagnie aérienne à Roissy, au nord-est de Paris, dix autres salariés de la compagnie se sont vu infliger une amende de 500 euros.

A la barre, « les quinze d’Air France » ont écouté sans broncher le président égrainer les décisions de la cour.

Fin septembre, le procureur avait requis des peines de 2 à 4 mois de prison pour les cinq poursuivis pour violences.

Mais la cour a décidé de relaxer deux d’entre eux car des doutes subsistaient sur leur implication dans les violences qui avaient émaillé la manifestation du 5 octobre 2015.

Avocate de 11 des prévenus, Lilia Mhissen, pour qui le « dossier est vide », a jugé « scandaleuses » ces condamnations. Elle a indiqué à l’AFP qu’elle conseillerait à ses clients de faire appel.

« Air France est tout à fait satisfaite », « c’est un jugement équilibré qui confirme que la violence doit être sanctionnée », a réagi à l’opposé Franck Raimbault, directeur juridique Air France, à la sortie de l’audience.

Pour lui, ce jugement « va surtout permettre à Air France », qui a obtenu un euro symbolique de dommages et intérêts, « de tourner la page du triste épisode du 5 octobre 2015 », survenu lors d’un Comité central d’entreprise, l’instance réunissant direction et représentants élus des salariés.

Les faits s’étaient produits à l’occasion d’une manifestation contre un projet de restructuration menaçant plusieurs milliers d’emplois, qui avait dégénéré.

Violemment pris à partie alors qu’ils exposaient le plan, Xavier Broseta, DRH d’Air France à l’époque, et Pierre Plissonnier, responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées, torse nu pour le premier, la chemise en lambeaux pour le second.

Les images des deux cadres escaladant un grillage pour échapper aux manifestants ont été reprises abondamment par médias et réseaux sociaux, et ont terni un peu plus la réputation de la France en matière de dialogue social.

– « Criminalisation de l’activité syndicale »? –

A l’issue d’une enquête fondée notamment sur l’exploitation des images de la vidéosurveillance et des médias, quinze personnes, dont sept adhérents de la CGT, avaient été renvoyées devant le tribunal correctionnel.

« La justice n’est pas indépendante, elle s’est rangée du côté des puissants », a affirmé à l’AFP Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT Air France.

Les cinq qui étaient poursuivis pour violences sont tous adhérents à la CGT, qui comptait deux autres adhérents sur le banc des prévenus.

« Le jugement est loin d’être satisfaisant » car « le doute bénéficie toujours au prévenu, et là ce n’est pas le cas », selon M. Fortea.

Au procès fin septembre, le président du tribunal avait reconnu que tous les participants à ces violences n’avaient pu être identifiés.

Les peines prononcées constituent « une reconnaissance de la criminalisation de l’activité syndicale », a lancé Christophe Malloggi, secrétaire général de FO Air France.

Les prévenus ont « déjà été sanctionnés au niveau de l’entreprise » puisque que quatre des cinq prévenus pour violence ont été licenciés pour faute lourde, dont le délégué du personnel, a-t-il rappelé.

La défense avait dénoncé une enquête « à charge » qui aurait été guidée par le souci de trouver à tout prix des « boucs émissaires ». Une thèse battue en brèche par les avocats des parties civiles, pour qui les infractions étaient « clairement imputables aux personnes poursuivies ».

Avant l’incident, l’annonce d’un nouveau plan de restructuration, alors que 10.000 postes avaient déjà été supprimés entre 2005 et 2015, avait été très mal vécue par des salariés qui estimaient avoir déjà fait beaucoup d’efforts.

Pour la première fois, les syndicats redoutaient des licenciements secs.

Les dirigeants à l’origine du plan social élaboré en octobre 2015 sont tous partis. Le plan de 2.900 suppressions de postes a été amendé depuis.

Depuis un an, le climat social s’est légèrement amélioré mais des tensions avec certaines catégories du personnel, en particulier chez les navigants, ont donné lieu à plusieurs grèves coûteuses pour l’entreprise et son image.

Les ex-salariés d'Air France et leur avocate Lilia Mhissen à l'extérieur du tribunal le 30 novembre 2016 à Paris . © AFP

© AFP PHILIPPE LOPEZ
Les ex-salariés d’Air France et leur avocate Lilia Mhissen à l’extérieur du tribunal le 30 novembre 2016 à Paris

f037d166a47455046439941d733c28e8de44d58e
Article précedent

Hollande rappelle la "nécessité d'être tous à son poste"

ae5761d0847cfe60a991b0592b7938a7431b63d2
Article suivant

Etats-Unis: Steve Mnuchin, banquier de Wall Street, nommé au Trésor

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire


Dernières vidéos

PARTAGER

Air France: sursis et relaxes au procès de la "chemise arrachée"