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Alstom devient l'enjeu d'un bras de fer entre son PDG et l'exécutif

Paris (AFP) – Dossier empoisonné à huit mois de la présidentielle, Alstom est devenu mardi l’enjeu d’un bras de fer entre son PDG Henri Poupart-Lafarge et l’exécutif. Le premier reste inflexible sur son projet de quasi-fermeture de l’usine de Belfort, le second a promis de tout faire pour la pérenniser. 

Malgré les pressions du gouvernement, M. Poupart-Lafarge affirme, dans un message envoyé mardi aux salariés que la pénurie de commandes rend « aujourd’hui impossible (…) un avenir pérenne pour les activités du site de Belfort ».

Au même moment, depuis Bucarest, François Hollande a redit que « tout sera fait pour que le site de Belfort soit pérennisé » pour « plusieurs années ». La veille, le chef de l’Etat a promis d’aider à « apporter des commandes » au groupe pour maintenir le berceau historique du groupe ferroviaire. Pour le président, le dossier est empoisonné, après la promesse non tenue de maintenir les hauts fourneaux de Florange, au début du quinquennat.

Il est « hors de question que le site de Belfort ferme », a ajouté Manuel Valls, lors d’un déplacement à Verdun, ajoutant à l’adresse des salariés du groupe qu' »ils peuvent avoir confiance dans l’action du gouvernement pour pérenniser le site, l’emploi et l’avenir d’Alstom ».

La décision d’arrêter la production de locomotives de l’usine historique touche plus de 400 salariés, et trois fois plus d’emplois indirects.

Le secrétaire d’Etat à l’Industrie, Christophe Sirugue, doit recevoir à 14h00 des représentants des différentes organisations syndicales. 

Le PDG d’Alstom, à qui le gouvernement veut imposer une « phase de négociation » avant « toute décision définitive », recevra parallèlement mardi à 16h00 le maire Damien Meslot et une délégation d’élus de Franche-Comté. 

L’annonce du transfert de la production de locomotives de Belfort à Reichshoffen (Bas-Rhin) d’ici à 2018, mercredi dernier, nourrit les critiques, à droite comme à gauche, sur la faiblesse du gouvernement en matière de politique industrielle. 

L’Etat, qui détient 20% des voix au conseil d’administration d’Alstom, assure toujours avoir été mis devant le fait accompli. 

Christophe Sirugue a assuré mardi que l’Etat n’avait pas été « informé du tout » de la volonté d’Alstom d’arrêter la production ferroviaire sur son site de Belfort, ce qu’il a qualifié de « faute » de la part du groupe.

« Invraisemblable » que l’Etat ait « l’air de découvrir le problème », a ironisé mardi Alain Juppé (LR), tandis que Benoît Hamon (PS) évoquait une « chronique de l’impuissance volontaire ». 

« Je suis choqué de voir les cris d’orfraie sur le sujet » car Alstom avait « tiré la sonnette d’alarme depuis des années », a renchéri le numéro un du Medef Pierre Gattaz. 

L’annonce tombe particulièrement mal pour l’exécutif. François Hollande, toujours englué dans une impopularité record, voit en effet parasité son discours sur l’amélioration de la situation économique, le fameux « ça va mieux ».

Face aux critiques de la droite, il a tenté de reporter la faute sur son ex-ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui assure qu’il n’a jamais été question de cette fermeture lors de ses discussions avec le groupe.

A Belfort, lundi soir, plusieurs centaines de salariés et habitants ont manifesté sans se faire beaucoup d’illusions. « C’est le moment des élections et ils sont tous pareils. Ils vont tous venir faire les beaux, et finalement, ça va fermer quand même », estimait un salarié.

– Cinq projets en discussion –

Du fait de la spécialisation des usines d’Alstom, les dernières commandes décrochées par le constructeur doivent profiter à d’autres sites.

Le gouvernement va « travailler avec les élus, les organisations syndicales, la direction d’Alstom et l’ensemble de ceux qui, en capacité de passer un certain nombre de commandes en France, peuvent permettre d’assurer le plan de charge qui permettra de sauver les activités ferroviaires d’Alstom à Belfort », a expliqué le ministre de l’Economie, Michel Sapin.

Tous les feux sont maintenant braqués sur le groupe public SNCF, principal client d’Alstom dans l’Hexagone.

Mais le groupe est lourdement endetté et le pari est délicat alors que ces marchés publics font normalement l’objet d’appels d’offres ouverts à des concurrents étrangers souvent moins chers.

Selon le secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies, cinq projets en cours de discussion pourraient sauver le site de Belfort en comblant le « trou de commandes qui va de 2018 à 2022 ». Il a notamment cité une négociation en cours avec la SNCF pour la liaison Paris-Turin-Milan ou encore un appel d’offres de 3,5 milliards d’euros lancé par le Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France, ndlr). 

Les syndicats misent aussi sur la 5e génération de TGV, développée par la SNCF et Alstom d’ici fin 2017. 

Manifestation devant la mairie de Belfort contre la fermeture du site d'Alstom, l 12 septembre 2016 . © AFP

© AFP Sebastien Bozon
Manifestation devant la mairie de Belfort contre la fermeture du site d’Alstom, l 12 septembre 2016

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