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Alstom: Hollande prend les commandes pour sauver Belfort

Paris (AFP) – Le maintien de la production de locomotives Alstom à Belfort est désormais un « objectif » fixé par François Hollande, à charge pour le gouvernement de sauver cette activité menacée par une pénurie de commandes.

« Le président de la République nous a fixé un objectif, celui de faire en sorte qu’à Belfort les activités ferroviaires d’Alstom soient maintenues », a déclaré Michel Sapin sur le perron de l’Elysée lundi matin, à l’issue d’une réunion de crise sur l’avenir de l’usine franc-comtoise du groupe, dont l’Etat est le principal actionnaire avec 20% des droits de vote.

L’arrêt de la production de trains à Belfort d’ici 2018, annoncé mercredi par le constructeur ferroviaire, est devenu un enjeu national à huit mois de l’élection présidentielle.

Le groupe prévoit de déplacer sa production de locomotives de Belfort vers Reichshoffen en Alsace d’ici 2018, sans fermeture de site ni plan social, mais avec « une proposition de transfert » vers ses autres usines françaises pour les 400 salariés concernés.

Accusé de négligence d’un bord à l’autre de l’échiquier politique, l’exécutif a tenté de reprendre la main en convoquant dès jeudi le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, sermonné à Bercy pour le « caractère soudain et non concerté » de sa décision.

« La méthode employée par Alstom est inacceptable », a encore insisté dimanche Manuel Valls. « Nous n’étions pas au courant des décisions prises par l’entreprise », a affirmé lundi Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement.

L’Etat est pourtant l’actionnaire de référence du groupe, avec 20% des droits de vote depuis février, grâce à des actions prêtées par Bouygues et qu’il pourra racheter d’ici fin 2017. Cet accord était la principale contrepartie obtenue lors de la vente de la branche énergie d’Alstom à l’américain General Electric en 2014.

Fort de cette position, le gouvernement a imposé « une phase de négociation » à M. Poupart-Lafarge « avant toute décision définitive » sur l’usine de Belfort. Les premières consultations sont prévues « dès le début de la semaine ». Le calendrier des rencontres n’est pour le moment pas connu.

– « Intérêt commun » –

« Nous allons travailler avec les élus, les organisations syndicales, la direction d’Alstom et l’ensemble de ceux qui, en capacité de passer un certain nombre de commandes en France, peuvent permettre d’assurer le plan de charge qui permettra de sauver les activités ferroviaires d’Alstom à Belfort », a précisé M. Sapin.

La SNCF, principal client d’Alstom dans l’Hexagone, n’était cependant pas représentée à l’Elysée, a indiqué à l’AFP un porte-parole de la compagnie ferroviaire.

L’entreprise publique, lourdement endettée, est indirectement à l’origine de cette crise: c’est en effet sa filiale Akiem (codétenue avec Deutsche Bank) qui a récemment choisi l’allemand Vossloh pour un contrat de 44 locomotives diesel.

« Il y a des procédures d’appel d’offres. Nous allons simplement expliquer que notre intérêt commun, à la SNCF, à la RATP, aux régions, c’est de maintenir une filière ferroviaire forte », a expliqué lundi à mi-journée sur RTL Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie.

Le gouvernement a pour sa part promis d’acheter 30 nouveaux trains Intercités, mais ces commandes profiteront à d’autres usines d’Alstom et « ne seront malheureusement pas la solution pour l’avenir de Belfort », a reconnu le secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies, vendredi.

Les nombreux succès à l’export alignés ces derniers mois ne seront pas d’un plus grand secours: aux Etats-Unis (28 TGV) comme en Inde (800 locomotives) et en Afrique du sud (580 trains), la fabrication locale était une condition-clé pour remporter ces marchés.

En Europe, les importants contrats décrochés en Italie bénéficient aux usines du groupe dans la péninsule, tandis que les trains vendus aux Pays-Bas sont assemblés en Allemagne et en Pologne.

Un bâtiment du site Alstom de Belfort, le 7 septembre 2016. © AFP

© AFP/Archives Sebastien Bozon
Un bâtiment du site Alstom de Belfort, le 7 septembre 2016

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