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Amir Fehri, une voix atypique contre le harcèlement scolaire


Ce Tunisien de 17 ans, écrivain précoce et talentueux, était l’invité, ce matin, du collège de Tipaerui, puis de l’université. Face aux élèves comme aux élus, il parle de paix, d’éducation, défend une lutte collective contre les harcèlements scolaires. Ambassadeur culturel pour la Ligue arabe et promoteur de la francophonie, il appelle aussi, en creux, à une meilleure écoute de la jeunesse.

Intarissable, Amir Fehri. Ce matin, à l’université, le jeune Tunisien a été interrogé sur son parcours, ses origines kurdes-irakiennes, ses avis, renseignés, sur la géopolitique du Moyen-Orient ou sur le rôle de la langue dans le développement… Autant de sujets sur lesquels cet ambassadeur de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et la science (Alecso), une émanation de la Ligue arabe fonctionnant sur le principe de l’Unesco, répond avec enthousiasme. Mais c’est bien sur la question du harcèlement scolaire qu’il a un message à faire passer. Devant les collégiens ou les étudiants, il défend une thèse simple : la « paix », sujet trop souvent réservé aux diplomates et dirigeants, est l’affaire de tous. Et commencerait dans les écoles où chacun, de l’élève au professeur, doit tout faire pour s’assurer que chaque élève, chaque camarade, ne vive pas sa scolarité « la boule au ventre ». Car pour Amir Fehri, qui serait de son point de vue un contre-exemple, la violence – fusse-t-elle morale – dans l’enfance obscurcit l’horizon de toute la société. « Ce qui se passe au cours de notre jeunesse, influence, au final ce qui se passe au niveau géopolitique », assure-t-il devant l’amphithéâtre.

Pour appuyer ce discours, il peut compter sur son statut de « prodige de l’écriture », loin d’être usurpé. À 9 ans, il gagnait déjà des concours d’écriture internationaux, et publiait, à tout juste 13 ans, son premier ouvrage – Les contes de Meer – distingué de plusieurs prix. Il en a depuis écrit deux autres. Le dernier, Harcèlement : les journées mouvementées d’un écolier, paru en 2018 et qui pourrait rapidement se retrouver dans les rayonnages des bibliothèques polynésiennes, retrace le parcours d’un élève surdoué traité très durement par ses camarades. Un récit autobiographie pour ce sauteur de classe polyglotte qui a obtenu son bac, mention très bien, à 15 ans.

Un rassemblement régional de la jeunesse en 2021 ?

Deux ans plus tard, la thématique de la paix à l’école est toujours au centre de son discours. Amir ne s’attarde pas sur les propositions concrètes, évite soigneusement les propos incisifs ou clivants, et multiplie les éloges pour la Polynésie dont « les valeurs devraient être prises en exemple ». La meilleure façon de faire voyager le message, peut-être. Le Tunisien, qui a fait le tour du monde ces deux dernières années, a été reçu par des dirigeants de l’Onu ou de l’Unesco, a participé à un sommet de la Francophonie, dont il se dit ambassadeur, a été présenté à Emmanuel Macron ou au Premier ministre libanais, s’est entretenu avec de nombreux dirigeants arabes ou européens… À Tahiti comme ailleurs, il remercie « infiniment » ses interlocuteurs et sert du « Votre Excellence » à Tearii Alpha ou Christelle Lehartel, qui l’avaient reçu, ces derniers jours, et sont venus l’écouter ce matin. La ministre de l’Éducation voit dans ce conférencier atypique un « outil » éducatif. « Il est venu vers nous, on va en profiter, ça permet à nos enfants de voir ce qui se passe à l’extérieur », explique la responsable.

Si le « prodige » discute avec tout le monde, c’est aux questions de sa génération qu’il veut surtout répondre. À l’université, il dispense des conseils, enregistrés sur smartphone, pour réagir à des situations de harcèlement, se prête au jeu des selfies et échange son numéro WhatsApp. Car Amir Fehri compte bien revenir au fenua. Au gouvernement, il a même proposé de l’aider à organiser un grand rassemblement régional de la jeunesse, le 21 mai prochain, à l’occasion de la « Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement ». Dans « un endroit ouvert », Covid oblige, il y verrait bien 2 000 à 2 500 jeunes, représentants de différentes îles, pays ou archipels, se rassembler pour discuter de leurs aspirations et « adresser leurs idées aux dirigeants ». Sous quel patronage ? Avec quel financement ? Et quels objectifs ? Le Pays, prudent sur la question vu le contexte sanitaire, n’a pas fermé la porte, mais a demandé plus de précisions sur le projet.

Amir a non seulement répondu aux questions, mais aussi proposé à certains d’échanger au plus long terme sur les thématiques d’éducation. ©C.R.

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