EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Animation de photos de défunts : le malaise Deep Nostalgia – Edito 16/03/2021

Je fais partie, comme des dizaines de millions d’autres personnes, de ceux qui ont testé l’application Deep Nostalgia de la start-up israélienne My Heritage. Encore la semaine dernière des records ont été battus, puisque ce fut le plus grand succès mondial de téléchargement de programme gratuit. Peut-être l’avez-vous vous-même essayée, ou vu des rendus publiés par d’autres sur les réseaux sociaux. Le principe est simple, utiliser ce qu’on appelle le Deep Learning en informatique, associé à une puissante intelligence artificielle, pour animer un visage figé sur une photographie.

Techniquement c’est assez prodigieux d’avoir un résultat en une poignée de secondes. Ce n’est pas toujours parfait, en fonction de la qualité de la prise de vue originale, de la position de la tête du sujet, du fait qu’il porte des lunettes ou non, ou encore que son système pileux soit particulièrement fourni ou pas. Mais le plus souvent c’est extrêmement troublant. Je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai testé avec le portrait d’une proche malheureusement disparue depuis plus de 15 ans, et je le regrette. Évidemment qu’il m’en faut plus pour être traumatisé cependant on touche ici du doigt le côté potentiellement « malaisant » du progrès technologique.

Si les expressions faciales qui sont artificiellement générées par l’application sont programmées pour qu’au final elles apparaissent bienveillantes, sympathiques, il n’en demeure pas moins qu’elles sont fausses. On prête à une personne disparue une attitude en mouvement qu’elle n’avait pas quand le cliché a été pris. Je ne veux pas insinuer qu’elle tirait obligatoirement la tronche et qu’elle s’était mise à sourire juste au moment de faire la photo, mais ces expressions ne lui appartiennent pas. En foi de quoi, cela appelle, en tout cas chez moi, des questionnements moraux, philosophiques mêmes, sur le bien-fondé, sur notre légitimité, à nous servir de l’image d’autrui et à en devenir une sorte de marionnettiste.

Vous connaissez l’expression « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Aussi, quand hier sur mon fil d’actualité Facebook je suis tombé sur la publication d’un jeune de Tahiti voulant rendre hommage à un de ses potes disparu beaucoup trop prématurément, et qu’il avait utilisé Deep Nostalgia pour illustrer son hommage, j’ai eu une boule au ventre. Heureusement j’ai vu que la maman du défunt avait laissé un commentaire prouvant qu’elle ne l’avait pas mal pris, mais qui en disait long sur le trouble ressenti face au réalisme du rendu publié. Imaginez cependant l’espace d’un instant, si cela n’était pas aussi bien passé, ce qui avait de fortes chances de se produire. Le progrès mis à ce point librement dans les mains de ceux qui manquent soit de bon goût, soit de discernement à un grave potentiel dérangeant, pour ne pas dire plus. Et nous sommes là dans une utilisation qui se veut à la base « positive » de l’outil, qu’en sera-t-il lorsque la technologie sera dévoyée par des esprits plus tordus ? Car oui, ça arrivera …

Article précedent

LA PASSION DU VIN 16/03/2021

Article suivant

La minute de l'entrepreneur 16/03/2021

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire

PARTAGER

Animation de photos de défunts : le malaise Deep Nostalgia – Edito 16/03/2021