
Le gouvernement a acté mercredi le classement de l’ancien hôtel de ville d’Arue au titre des monuments historiques de Polynésie. Une étape décisive pour la sauvegarde de cette ancienne demeure coloniale construite en 1892, qui avait un temps, vu son état délabré et dangereux, été promise à la destruction, avant d’être sauvée après de nouvelles expertises, en 2025. L’heure est maintenant à la rénovation, un chantier un temps estimé à 150 millions de francs, mais qui pourrait coûter davantage. « Il s’agit pour nous de retourner voir l’État et le Pays qui ont dit qu’ils allaient nous accompagner financièrement », précise la tavana d’Arue Teura Iriti.
L’arrêté classant la Saintonge comme monument historique, « en vue de sa protection et de sa conservation », a été publié au Journal Officiel mercredi. Une décision attendue par la commune d’Arue, dont le conseil municipal en avait fait la demande en 2025. Cette décision de préserver la Saintonge était intervenue après plusieurs années de débat : le bâtiment, qui servait d’hôtel de ville depuis 1979, avait été interdit au public puis vidé de ses services en 2020, promis à la destruction et à une reconstruction en 2022. Après une mobilisation notamment portée par l’ancien élu d’opposition Léo Marais, la mairie avait reconsidéré ses plans, et trouvé l’appui du Pays et de l’État pour mener de nouvelles expertises, qui avaient conclu à la possibilité de sauver la façade et la structure du bâtiment. « Nous avons voulu aussi avoir l’avis de la population, des différents acteurs de la commune d’Arue et nous sommes tombés d’accord de la préserver, de la garder et de la restaurer », précise Teura Iriti. Selon la tavana, cet arrêté va permettre d’obtenir de l’aide pour ce chantier de restauration, mais il implique aussi que la Saintonge ne pourra plus faire l’objet de réparations sans l’autorisation préalable du gouvernement, au travers de la commission du patrimoine.
Budget à mettre à jour et partenaires à trouver
« Aujourd’hui, il s’agit pour nous de retourner voir l’État et le Pays qui ont dit qu’ils allaient nous accompagner financièrement, indique la première édile. Le gros du travail arrivera et j’espère aussi que ça donnera des formations et du travail à nos jeunes, puisque je pense qu’il y a des ouvriers qualifiés en la matière qui viendront restaurer ce bâtiment », explique encore la tavana qui ajoute « qu’une petite formation serait la bienvenue, comme l’avait évoqué notre ancien élu de la commune d’Arue, Léo Marais ».
Un réaménagement de l’intérieur est toujours prévu par la commune qui souhaite rendre la Saintonge accessible au public. « Les travaux qui vont être faits seront : les façades, la toiture, et sûrement les plafonds. À l’intérieur, on a déjà vu avec les concessionnaires, la façon d’aménager, en respectant bien sûr les structures de l’époque », assure la tavana. « Il s’agit pour nous de faire une grande salle d’expositions aussi. On n’a pas encore défini ce qu’on veut mettre à l’intérieur mais ils sont très ouverts à ce niveau là. La seule chose c’est qu’on respecte l’ossature du bâtiment. »
Concernant le budget estimé, « à l’époque, on parlait de 150 millions. Aujourd’hui, il va falloir demander une étude précise pour connaître le montant financier », explique Teura Iriti.
Construction en 1892
La Saintonge est une ancienne demeure coloniale située à Arue. Construite en 1892 pour Victor Raoulx, un entrepreneur installé à Tahiti, la maison est devenue l’un des bâtiments historiques les plus emblématiques de la côte est de Tahiti, indique la commune sur son site internet. La propriété a par la suite appartenu à la famille Krainer. En 1978, la commune rachète la propriété pour y installer la mairie. L’année suivante, le président français Valéry Giscard d’Estaing inaugure officiellement les lieux.
En novembre 2022, le conseil municipal d’Arue avait adopté le principe d’une déconstruction de La Saintonge qu’il avait fallu fermer au public en 2020. L’opposition municipale, autour de Léo Marais, avait protesté, tandis que le 3e adjoint Jacky Bryant, lui, était favorable à la démolition pour rendre le lieu à sa destination première, un marae. Après une mobilisation citoyenne, une promesse de consultation citoyenne finalement pas menée, et surtout à la lumière de nouvelles expertises menées avec le Pays et l’État, le même conseil municipal avait acté la préservation et de la restauration de la façade et de la structure du bâtiment, et d’un réaménagement de l’intérieur.