
Six membres d’une même famille étaient jugés en appel, ce jeudi, dans l’affaire de l’attaque mortelle de chiens survenue en 2020 à Pirae. Des prévenus accusés d’homicide involontaire et de dissimulation de preuves dont le parquet dénonce ce jeudi un manque de compassion pour l’octogénaire décédée et ses proches, toujours bouleversés. « Ça fait six ans qu’on attend, j’en peux plus ! », lance l’un d’eux. Le parquet a requis pour le fils aîné, initialement relaxé, une peine de cinq ans d’emprisonnement dont deux avec sursis. Pour l’oncle, également relaxé lors de la première audience, l’avocate générale a demandé un an avec sursis. Le délibéré sera rendu le 17 avril prochain.
« On est sur des faits qui sont absolument terribles et je n’ai rien entendu de la part des prévenus pour la victime ». Ce jeudi, la représentante du parquet ne manque pas de souligner l’impassibilité des individus qui défilent à la barre. Et pourtant, ces derniers, six membres d’une même famille, sont poursuivis pour homicide involontaire par agression d’un chien pour certains, et complicité d’altération de document ou objet concernant un crime ou un délit pour d’autres, pour une affaire datant de 2020.
Le 12 mai, une dame âgée de 87 ans faisait sa marche quotidienne sur le stade de l’AS JT, à Pirae. Soudain, une meute de six chiens a violemment attaqué la promeneuse. Alertés par les aboiements et les cris de la victime, deux hommes avaient alors tenté de lui porter secours, en vain. Il avait fallu attendre l’arrivée des forces de police qui étaient parvenues à faire fuir les chiens avec leur véhicule. Malheureusement, il était déjà trop tard. La scène avait été d’une telle violence que l’octogénaire n’avait même pas pu être identifiée par sa propre fille. Rapidement, les propriétaires des animaux avaient pu être identifiés et certains avaient été suspectés d’avoir tenté de dissimuler des preuves de l’implication d’un des chiens, « Biggy ».
Si la majorité des prévenus avaient été condamnés à du sursis sous contrôle judiciaire lors du jugement en 2024, le père et sa belle-fille, propriétaires des quatre chiens dont l’ADN avait été retrouvé sur la victime, avaient été reconnus coupables d’homicide involontaire. Ils avaient respectivement écopé de trois ans d’emprisonnement avec sursis et de 18 mois de prison avec sursis. En revanche, le fils aîné, propriétaire de Biggy, avait été relaxé. Des peines insuffisantes pour les proches de la victime qui avaient alors fait appel.
Trace de sang sur une patte
Une des questions de ce second procès était donc de savoir si oui ou non, Biggy était impliqué dans l’attaque mortelle et quel était le degré d’implication des membres de la famille dans la disparition des preuves, s’il y en a. Le canidé, « de type pitbull », est considéré comme un « meneur » de la meute, explique le parquet, et avec des antécédents d’agressivité envers les humains. « Est-ce que Biggy avait déjà mordu quelqu’un auparavant? », interroge l’avocate générale qui, face à l’hésitation de la mère à la barre, répond à sa place :« oui, deux fois, dont un mécanicien ». « Il n’avait appelé personne, il était entré sans prévenir », tente de défendre la prévenue. « Donc à chaque fois c’est la faute des victimes si vos chiens mordent des personnes? », lance la parquetière en haussant le ton.
Le jour du drame, la mère de famille, son frère et le fils cadet auraient discrètement fait sortir le chien du domicile familial proche du stade et l’auraient lavé avec de la javel. Comme le jour d’audience, le trio nie toute implication de Biggy et assure ne pas avoir été mis au courant de ce qu’il c’était produit le matin même : le fils aîné avait demandé à sa famille d’acheter du shampooing, de la javel et que le chien soit emmené chez un proche à Punaauia. « Sans poser de question? », demande le président à chacun d’entre eux. La tête baissée, ils répondent chacun leur tour d’une manière presque inaudible : « non ». Si tous avaient assuré que le chien n’avait aucune trace de sang sur lui – à contrario de tous les autres -, le fils cadet, âgé de 20 ans à l’époque, avait déclaré qu’il avait une « petite » trace sur une patte. Appelé à la barre, le jeune homme balbutie et ne semble plus être sûr de ses déclarations.
« Ça fait six ans qu’on attend »
Lors d’une courte suspension, l’un des avocats de la défense décide d’aller voir les deux proches de la victime présentes. Sans savoir ce qui a été dit, l’une des deux s’effondre en pleurant : « Ça fait six ans qu’on attend, j’en peux plus ! ». Le parquet rappelle au pénaliste qu’il n’a aucun droit d’aller échanger avec la partie civile. Ce dernier, se rassoit alors sans broncher. « La victime n’est pas là pour témoigner. C’est bien là, la gravité des faits », reprend la procureure sur un ton toujours aussi sévère. Le fils aîné, dans le box, esquisse quelques sourires tout au long de l’audience. « Je ne comprends pas la relaxe qui a pu être prononcée » sur le propriétaire de Biggy, poursuit la magistrate.
« Le quantum des peines prononcées était insuffisant au regard de la gravité des faits et des parcours des prévenus », certains ayant des antécédents de trafic de stupéfiants et de vols. « Les faits d’homicide involontaire sont bien établis, souligne la représentante du parquet. Lorsqu’on est propriétaire d’un chien on se doit de le garder au domicile, surtout quand on sait qu’il peut être dangereux et qu’on ne peut pas le contrôler. On est sur une dangerosité évidente et des manquements : les chiens n’étaient jamais attachés et jamais surveillés; ils pouvaient sortir comme ils voulaient », rappelle-t-elle. « Chaque citoyen doit pouvoir se promener et se sentir en sécurité ».
Dans ses réquisitions, le parquet demande que les six prévenus soient reconnus coupables. « Il faut prendre en considération la gravité exceptionnelle de ces faits et le retentissement à la fois pour la famille de la victime et la société polynésienne », précise la magistrate qui demande une peine de cinq ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis pour le propriétaire de Biggy. Concernant le père et la belle-fille, l’avocate générale a demandé de confirmer leur condamnation et de prononcer à leur encontre une peine de quatre ans d’emprisonnement dont deux ans avec sursis pour lui et trois ans avec sursis pour elle. Si l’homme a vu sa peine s’alourdir dans les réquisitions, celle de la jeune fille reste la même. Quant au reste de la famille, le parquet a requis une peine de 18 mois d’emprisonnement assortie d’un sursis pour le petit frère et un an avec sursis pour l’oncle et la mère pour dissimulation de preuve. Lors de la première audience, le jeune homme s’en était sorti avec quatre mois d’emprisonnement avec sursis et l’oncle avait été relaxé. Le délibéré sera rendu le 17 avril prochain.
