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Attentat dans une église près de Rouen: un prêtre tué, un assaillant connu de l’antiterrorisme

Saint-Etienne-du-Rouvray (France) (AFP) – Un prêtre a été égorgé mardi lors d’une prise d’otages dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, un attentat revendiqué par l’organisation Etat islamique (EI) et perpétré par deux jihadistes dont l’un avait été mis en examen pour des tentatives de rejoindre la Syrie.

L’assassinat d’un prêtre dans une attaque terroriste est une première en France. Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, avait 85 ans. Un autre otage a été très grièvement blessé.

Cet attentat intervient douze jours après l’attaque au camion qui a fait 84 morts et plus de 300 blessés le soir du 14 juillet sur la Promenade des Anglais à Nice, attaque revendiquée là encore par l’EI.

Les deux assaillants de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray étaient équipés « d’armes blanches », d’un « vieux pistolet inopérant » et d’un « dispositif factice » faisant penser à un engin explosif, selon une source proche du dossier.

Ils ont pénétré dans l’église à l’heure de la messe matinale et « pris en otages cinq personnes », selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet. Les policiers de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Rouen les ont abattus lorsqu’ils sont sortis.

Les tueurs auraient crié « Allah Akbar » en sortant, selon une source proche du dossier.

Ils se sont « enregistrés » au moment du crime, l’un a fait « un peu comme un sermon autour de l’autel en arabe » avant l’assassinat du prêtre, a témoigné sur RMC Sœur Danielle, une religieuse parvenue à s’enfuir et à donner l’alerte.

« Tout le monde criait +mais arrêtez, arrêtez, vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites+, puis (…) ils ont forcé (le prêtre) à se mettre à genoux ».

L’EI a affirmé que cette attaque avait été exécutée par deux de ses « soldats ».

– Voyages avortés en Syrie –

L’un des deux assaillants a été formellement identifié comme étant Adel K., selon une source proche de l’enquête. Connu des services antiterroristes, ce Français, jeune majeur, avait tenté de rallier la Syrie par deux fois en 2015. Une première via l’Allemagne, alors qu’il était mineur, mais il avait été interpellé. Une seconde alors qu’il était majeur via la Suisse, puis la Turquie où il avait été arrêté.

Remis à la France, il avait été mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, puis libéré sous bracelet électronique.

Au moins un homme a été placé en garde à vue dans le cadre de l’enquête, confiée à la Sous-direction antiterroriste (SDAT) et à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sous l’égide de la section antiterroriste du parquet de Paris. Deux perquisitions ont été menées à Saint-Etienne-du-Rouvray, notamment au domicile d’un des auteurs présumés.

Le procureur de Paris, François Molins, tiendra une conférence de presse à 21H00.

Plusieurs jihadistes dans le viseur de la justice sont originaires de Normandie, notamment Maxime Hauchard, converti à l’islam, identifié fin 2014 comme l’un des bourreaux de l’EI, qui a grandi près de Rouen.

Mardi, Saint-Etienne-du-Rouvray semblait comme en état de siège. Un vaste périmètre de sécurité barrait tout accès au centre de cette ville ouvrière. L’imam de Saint-Etienne-du-Rouvray, Mohammed Karabila, s’est dit « effaré » par le meurtre d’un « ami ».

– ‘Pardonne-leur’ –

A l’unisson de la communauté catholique, sous le choc, le Pape a fustigé « un meurtre barbare » et condamné « de la manière la plus radicale toute forme de haine ».

Ému, mardi soir, sur le perron de l’Elysée, l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, a cité la « parole de Jésus, +pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font+ ».

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a dénoncé un « acte horrifiant et terrifiant ». Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a également condamné un « assassinat odieux ».

« Tuer un prêtre, c’est profaner la République », a déclaré lors d’une allocution depuis l’Elysée François Hollande, qui s’était rendu sur place dans la matinée avec le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Le président réunira mercredi à 08H45 à l’Élysée un Conseil de sécurité et de défense après avoir reçu les représentants des différents cultes.

« L’objectif » de l’attentat est de « jeter les Français les uns contre les autres, s’attaquer à une religion pour provoquer une guerre de religions », a également jugé le Premier ministre Manuel Valls.

Comme après l’attentat de Nice, l’opposition n’a pas tardé à critiquer la politique antiterroriste du gouvernement.

« Nous devons être impitoyables », a déclaré l’ex-président Nicolas Sarkozy, récusant « les arguties juridiques » qui conduisent selon lui à « une action incomplète » contre le terrorisme.

La présidente du FN Marine Le Pen a dénoncé la « responsabilité (…) immense » de « tous ceux qui nous gouvernent depuis 30 ans ».

Les lois votées donnent « la capacité d’agir », a rétorqué François Hollande, et « restreindre nos libertés n’apporterait pas d’efficacité à la lutte contre le terrorisme ».

Dans sa propagande, l’EI appelle régulièrement ses partisans à cibler les dirigeants « croisés » occidentaux et « le royaume de la Croix », expression semblant désigner l’Europe.

Une attaque contre un lieu de culte chrétien était redoutée en France, notamment depuis l’échec d’un projet d’attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif (Val-de-Marne), attribué à un étudiant algérien, Sid Ahmed Ghlam, arrêté avant d’avoir pu mettre son projet à exécution.

 

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