EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

Attention aux trop rapides interprétations d’un suffrage – Edito 06/06/2017

J’en entendais certains dans les médias remarquer que si l’on additionnait les suffrages exprimés pour le Tavini, le Tahoera’a et par exemple Heiura les Verts entre autres petits partis, l’on se rendait compte qu’une majorité de polynésiens envisageait à présent que l’on remette en question la forme de la relation avec l’Etat français. Une nature de liens davantage distendue serait à présent plus communément acceptée dans les esprits.

Je ne vous cache pas avoir été surpris que l’on puisse se laisser aller à une conclusion aussi rapide en généralisant ce que semblait indiquer un instantané dans un contexte pourtant très particulier. Ainsi s’ils notent qu’une majorité de polynésiens serait pour une nouvelle relation avec l’Etat, n’oublions pas qu’il s’agit de ramener cette proportion à ceux qui se sont en effet exprimés samedi. C’est à dire seulement 42,07% des inscrits. A ce titre, lorsque moins de la moitié des électeurs se sont rendus aux urnes il est absolument primordial d’être prudent sur les enseignements à en tirer. En outre, mettre dans le même panier les indépendantistes et les partisans du statut de Pays associé est à double tranchant. Si en effet les deux envisagent des relations différentes avec l’Etat que celles que nous connaissons à présent, les ranger ensemble dans une catégorie fourre-tout n’a pas beaucoup de sens quand on connaît l’étendue abyssale des différences qui existent entre les deux conceptions. Les uns ne veulent plus être français, les autres veulent le rester mais avec encore plus de compétences dévolues aux institutions locales.

Au demeurant il y a même une petite forme de danger à faire des amalgames de cet acabit dans les médias alors que le niveau de compréhension requis par les quidams pour ne pas se mélanger les pinceaux est manifestement dans l’échelle haute. On prend en fait le risque de véhiculer l’idée que les Polynésiens en majorité ne veulent plus de la France. Il n’est pas bon de participer à ancrer ce concept manifestement faux dans l’inconscient collectif parce que l’on n’aura pas pris le recul nécessaire de livrer une analyse qui serait passée autrement que comme brouillonne. Il en va de la responsabilité de ceux qui sont invités sur les plateaux de télévision ou de radio pour livrer une expertise non partisane de veiller à ce que celle-ci soit suffisamment claire pour ne pas être reprise et instrumentalisée.

Et enfin, deuxième contre argument, il ne faut pas oublier que les électeurs polynésiens ont cette faculté toute particulière de suivre corps et âme jusque dans les urnes le leadership d’un Metua à qui ils ont délégué leur libre arbitre. Et comme ces derniers ont tendance à concevoir la politique comme une expression à géométrie variable d’un opportunisme idéologique vous comprendrez qu’il est cavalier dans ces conditions de prêter à une pseudo majorité de polynésiens une quelconque nouvelle forme d’aspiration politique.

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