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Australie: les conservateurs peinent à obtenir la majorité

Sydney (AFP) – Le suspense était total samedi soir quant à l’issue des législatives australiennes, la coalition conservatrice sortante peinant à franchir la barre de la majorité absolue des sièges nécessaire pour former un gouvernement face à l’opposition travailliste. 

Pour l’emporter, le Premier ministre sortant Malcolm Turnbull, 61 ans, doit recueillir 76 sièges sur les 150 que compte la chambre des représentants. 

Mais, après plus de la moitié des bulletins dépouillés, les premiers résultats montrent qu’une partie des électeurs se sont détournés de sa coalition conservatrice, laissant planer le spectre d’un Parlement sans majorité tranchée tandis que le décompte se poursuivait tard dans la nuit.

La chaine nationale ABC, qui a l’habitude d’annoncer les vainqueurs des élections en Australie, a estimé peu probable que le résultat du scrutin soit connu samedi.

« Je suis prêt à faire une prédiction. Nous ne saurons pas qui a gagné ce soir », a déclaré Anthony Green, analyste électoral respecté de la chaîne, alors que quatre millions de votes par correspondance restaient à dépouiller.

M. Turnbull ambitionne de légitimer le « putsch » interne à son Parti libéral – principale formation de la coalition sortante – qui lui avait permis d’évincer en septembre Tony Abbott, dont il était ministre.

Selon les projections d’ABC, l’opposition travailliste de l’ancien leader syndical Bill Shorten, 49 ans, n’obtiendra pas plus de 70 sièges mais les conservateurs rateront la majorité absolue d’un siège, à 75.

Plus de quatre heures après la fermeture des bureaux de vote, la Commission électorale australienne octroyait 71 sièges à M. Turnbull, 66 à M. Shorten tandis que les partis minoritaires ou  candidats indépendants en ont remporté cinq.

Sur fond de lassitude face à l’éternelle alternance entre libéraux et travaillistes, ces élus minoritaires pourraient jouer un rôle déterminant dans la formation du prochain gouvernement. 

« Les sortants pâtissent toujours d’un retour de bâton de l’électorat, nous le savons », a commenté le ministre des Finances Scott Morrison, tentant de faire bonne figure.

Le prochain scrutin devait intervenir avant janvier 2017. Mais Malcolm Turnbull avait choisi de l’avancer pour asseoir sa majorité au Sénat, où certaines de ses réformes ont été bloquées par des élus minoritaires. 

La coalition conservatrice sortante bénéficiait d’une confortable majorité à la chambre basse et l’opposition travailliste a estimé que M. Turnbull s’était disqualifié.

– Cap économique –

« Peut-il rester le leader en ayant perdu autant de sièges? », a demandé la chef adjointe du Parti travailliste Tanya Pliberserk sur Nine Network. 

Après une campagne insipide, M. Turnbull a joué sur le choc provoqué par la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne pour jouer la carte de la stabilité alors que les principaux médias australiens se sont rangés sous sa bannière.

M. Turnbull, un ancien banquier d’affaires multimillionnaire, a  martelé l’impératif de maintenir le cap face aux craintes des répercussions économiques mondiales du Brexit.

« Nous devons résister, nous devons avoir un plan qui réponde aux nécessités de l’époque, une époque de défis et d’opportunités », a souligné celui qui fut également journaliste et avocat.

Les travaillistes ont mené une campagne classique, promettant des investissements dans la santé et l’éducation, davantage de justice fiscale et le développement des énergies renouvelables.

« Ce qui va trancher cette élection ce sont les intérêts des classes ouvrière et moyenne », a dit Bill Shorten.

Malcolm Turnbull avait également défendu sa politique migratoire très controversée.

L’Australie repousse systématiquement les bateaux de clandestins l’approchant. Ceux qui arrivent à débarquer sont détenus dans des camps offshore sans aucun espoir d’obtenir l’asile sur le sol australien.

Fustigée par les défenseurs des droits de l’Homme, cette politique présentée par Canberra comme nécessaire pour dissuader les réfugiés d’entamer de périlleuses traversées ne devrait pas évoluer en cas de victoire travailliste.

Autre question fondamentale, le réchauffement climatique, illustré cette année par le pire épisode de blanchissement de corail sur l’emblématique Grande Barrière.

On disait M. Turnbull plus sensible aux sujets environnementaux que son prédécesseur. Mais il n’a pas varié d’un iota, confirmant des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qui sont, de l’aveu même de l’organe consultatif australien sur le climat, largement insuffisants. 

Quelque 15,6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour choisir également 76 sénateurs. 

Depuis l’arrivée du travailliste Kevin Rudd en 2007 à la tête du gouvernement, après une décennie de « règne » du libéral John Howard, la politique australienne est tumultueuse.

Kevin Rudd a été renversé par la travailliste Julia Gillard en 2010 avant de lui reprendre le pouvoir en 2013, et de le céder à nouveau quelques mois plus tard lors des législatives à Tony Abbott, lui-même renversé en septembre dernier par M. Turnbull.

Le Premier ministre Malcolm Turnbull et son épouse Lucy glissent leurs bulletins dans l'urne, à Sidney le 2 juillet 2016 . © AFP

© AFP WILLIAM WEST
Le Premier ministre Malcolm Turnbull et son épouse Lucy glissent leurs bulletins dans l’urne, à Sidney le 2 juillet 2016

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