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Avec la fermeture de la Fabric, péril sur la vie nocturne londonienne

Londres (AFP) – « Repose en paix », peut-on lire sur un mot déposé devant ses portes closes. Déjà endeuillée par la fermeture de plusieurs clubs de musique ces dernières années, la nuit londonienne a perdu son fleuron, la Fabric. Et avec elle, une partie de sa magie.

C’est en empruntant une petite rue derrière le marché à viande de Smithfield market, non loin des gratte-ciel de la City, que les noctambules se rendaient à la Fabric. Signe de la réputation que s’était bâtie le club depuis son ouverture en 1999, la file d’attente y atteignait parfois des longueurs décourageantes.

Ne restent plus aujourd’hui que les bouquets de fleurs et mots laissés par d’anciens clients éplorés, comme Ophélie, qui regrette la disparition d’un « lieu de retraite pour qui cherchait la paix dans la passion de la musique ».

Le couperet est tombé début septembre.

Après la mort par overdose de deux jeunes gens, le conseil municipal d’Islington, dont dépend la Fabric, révoque la licence de l’établissement, lui reprochant « une culture de l’usage de la drogue » que ses employés étaient « incapables de contrôler ».

Dans le monde de la nuit londonienne, et au-delà, c’est la stupeur. Goldie, un célèbre DJ, menace de faire « fondre » sa médaille de l’ordre de l’empire britannique.

– ‘Triste moment’ –

Grand rival de la Fabric, le club Ministry of Sound parle d’un « triste jour » pour le monde de la nuit, tandis que la polémique enfle sur le bien-fondé de la décision du conseil d’Islington.

Le journal The Independent l’accuse même d’avoir ourdi de longue date la fermeture de la Fabric, un club qui, écrit-il, gagnait de l’argent mais ne lui en rapportait pas.

Quant aux overdoses, « il est complètement faux de dire qu’il y avait une culture de l’usage de la drogue », s’emporte Alan Miller, président de la Night Time Industries Association, l’organisation qui représente le secteur.

Le club, affirme-t-il à l’AFP, était même une référence en matière de sécurité.

Même constat pour Fiona Measham, professeure de criminologie à l’université Durham et responsable de The Loop, un organisme de prévention contre la drogue dans les boîtes de nuit et festivals.

La Fabric, explique-t-elle à l’AFP, prenait ses « responsabilités », avec, entre autres, des fouilles strictes et la présence de personnel paramédical.

Mais le risque zéro n’existe pas. « On ne peut pas fouiller les cavités corporelles. Vous aurez toujours de la drogue dans les clubs, comme vous en aurez toujours en prison », ajoute-t-elle.

Le problème est encore plus sensible à Londres, capitale européenne de la consommation de cocaïne, et classée deuxième pour l’ecstasy, selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies.

Il suffit de mettre le nez dehors la nuit pour s’en rendre compte. Dans un des établissements les plus réputés de la ville, un journaliste de l’AFP a pu constater la présence de dealers, devant le club comme à l’intérieur.

« Regardez la tête des gens! Ici, tout le monde est défoncé! », proclamait un clubber en train de fumer un joint sur la terrasse de la boîte de nuit.

Mais pour Alan Miller, imputer aux clubs la responsabilité de la consommation de drogue relève d’une « hypocrisie » dont la Fabric a fait les frais. Au détriment de Londres qui perd un de ses joyaux, connu et respecté dans le monde entier.

Un « superclub » qui avait réussi à rester dans la culture « underground, non par snobisme ou pour faire semblant, mais grâce à son authenticité » et à sa « passion » pour la musique, explique à l’AFP Duncan Dick, journaliste du magazine spécialisé Mixmag.

– ‘Sauvons notre culture’ –

La Fabric, c’était trois « dancefloors » installés dans un ancien entrepôt à viande dont elle avait conservé l’architecture labyrinthique, les murs en briques et les poutres métalliques.

C’était aussi la crème des DJ, et un système de basses à même le sol faisant circuler le son à travers le corps des clubbers.

Bref, résume Duncan, « un des meilleurs clubs du monde », dont la disparition pose question pour l’attractivité de Londres, alors que la ville vient de décider de faire circuler son métro de nuit le week-end.

D’autant que la Fabric n’est pas un cas isolé.

« Au cours de trois dernières années, une dizaine des plus gros clubs londoniens ont été fermés et n’ont pas été remplacés », victimes de régulations trop strictes et des prix de l’immobilier, regrette Alan Miller.

L’hémorragie doit cesser, dit-il, « si nous voulons voir de nouvelles générations qui repoussent les frontières de nos expériences musicales, mais aussi des gens dans la mode, dans le cinéma ou ailleurs qui trouvent l’inspiration sur nos dancefloors ».

Reste un espoir pour les noctambules: la procédure d’appel lancée par la Fabric, soutenue par des dons en ligne.

Avec trois mots d’ordre: « Sauvons la Fabric », « Sauvons la vie nocturne », « Sauvons notre culture ». 

Vue sur le club londonien la Fabric, le 12 septembre 2016. © AFP

© AFP JUSTIN TALLIS
Vue sur le club londonien la Fabric, le 12 septembre 2016

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