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Belfort, "ville morte" pour défendre les salariés d'Alstom

Belfort (AFP) – « Si l’Alstom ferme, on est tous foutus »: des milliers de personnes ont défilé samedi à Belfort pour tenter de sauver le site historique du fabricant de TGV et ses 400 emplois menacés, à l’occasion d’une journée « ville morte » où la quasi-totalité des commerçants ont fermé boutique en signe de solidarité.

Dans cette ville de 50.000 habitants, où l’usine Alstom est installée depuis 1879, les manifestants, dont quelques familles avec enfants, étaient 3.500 selon la police, « plus de 5.000 » selon la mairie. Ils marchaient derrière des banderoles proclamant « Tous unis pour Alstom Belfort » et « Soutien aux Alsthommes ».

De nombreux salariés, directement concernés par la menace de transfert d’activité, ouvraient le cortège, avec à leurs côtés des dizaines d’élus locaux, portant leur écharpe tricolore.

« Nous ne sommes pas décidés à courber l’échine, l’histoire de Belfort s’est faite dans la Résistance! » s’est exclamé au micro le maire (LR) Damien Meslot, sous les applaudissements nourris de la foule rassemblée sous un soleil éclatant.

« Nous demandons au PDG (du groupe industriel) et au gouvernement de donner les commandes nécessaires à la survie du site », d’où est sorti le premier TGV en 1971, et où 400 emplois sont menacés sur 480 au total.

« Nous sommes engagés dans un bras de fer que nous allons gagner! » a lancé de son côté Pascal Novelin, délégué CGT du site industriel, lui aussi très applaudi.

– « Pire qu’une cité-dortoir » –

« Des perspectives, il y en a: le Grand Paris, le TGV du futur, le développement du fret et du ferroutage, plutôt que de mettre des bus sur la route comme l’a fait (l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel) Macron », a ajouté le syndicaliste, soulignant que l’entreprise n’avait « aucun souci financier ».

Arrivés devant la préfecture, les élus ont entonné la Marseillaise, tandis que les militants CGT scandaient « Alstom c’est Belfort, Belfort c’est Alstom ».

Sur le trajet de la manifestation, la quasi-totalité des commerçants indépendants avaient baissé leur rideau, en signe de solidarité, et arboraient sur leurs vitrines des affiches « Soutien aux Alsthommes », distribuées par la mairie.

« On ne perd rien en fermant une heure, par contre on perdra beaucoup si Alstom s’en va », a résumé Lucette, patronne d’un bureau de tabac qui a suivi volontiers ce mot d’ordre. 

En cas de fermeture du site industriel, « les commerces implantés près de l’usine vont fermer les uns après les autres. La ville va se vider, elle deviendra pire qu’une cité-dortoir », s’inquiète la buraliste.

Selon la mairie, environ 80% des commerces étaient fermés de 14H00 à 15H00. Seules certaines enseignes nationales sont restées ouvertes. Et aux alentours de la manifestation, les rues désertées donnaient effectivement à Belfort un air de « ville morte », a constaté une journaliste de l’AFP.

– « Que la force soit avec Belfort » –

« À Belfort, toutes les familles ont quelqu’un qui travaille ou a travaillé chez Alstom », a résumé Jean-Claude Roche, 61 ans, l’un des manifestants, lui-même employé de l’usine dans sa jeunesse.

« Que la Force soit avec Belfort! », proclamait de son côté un salarié resté anonyme, qui défilait casqué, dans un costume de soldat de « Star Wars »: « Je suis un Stormtrooper qui se rebelle contre l’empire d’Alstom à Paris. »

Des fédérations professionnelles représentant les artisans (UPA, CAPEB) défilaient également, sous le slogan « Sauvons Alstom avant que nos entreprises déraillent ».

Il s’agissait de la deuxième journée de mobilisation importante, après une première manifestation le 15 septembre, qui avait rassemblé quelque 2.000 personnes. 

L’annonce début septembre du transfert de la production de trains d’Alstom Belfort à Reichshoffen, en Alsace, menace 400 des 480 postes du site belfortain, où ne subsisterait que l’activité de maintenance. 

Cette mobilisation survient alors que le gouvernement a promis de présenter « dans les jours qui viennent » des solutions pour maintenir la production de trains chez Alstom Belfort, et qu’un comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire est convoqué lundi au siège du groupe à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).

Un second CCE, celui-là ordinaire, suivra mardi matin. Les 9.000 salariés des douze sites français sont appelés à la grève le même jour et une manifestation est prévue à Saint-Ouen à 11H00. Les salariés belfortains s’y rendront dans un TGV spécialement affrété par l’intersyndicale (CFE-CGC, CGT, CFDT, FO).

Manifestation d'opposants à la fermeture du site d'Alstom, le 24 septembre 2016 à Belfort. © AFP

© AFP SEBASTIEN BOZON
Manifestation d’opposants à la fermeture du site d’Alstom, le 24 septembre 2016 à Belfort

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