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Benoîte Groult, écrivaine et grande figure du féminisme

Paris (AFP) – « Je ne suis née à moi-même que vers 35 ans », expliquait l’écrivaine féministe Benoîte Groult, décédée dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 96 ans, qui s’était fait connaître dans les années soixante-dix par un livre au titre provocateur, « Ainsi soit-elle ».

« Elle est morte dans son sommeil comme elle l’a voulu, sans souffrir », a indiqué à l’AFP sa fille, Blandine de Caunes. 

La romancière est décédée à Hyères (Var) où elle résidait.

« Elle a eu une tellement belle vie », a dit sa fille. « Il y a le choc de la mort mais c’est mieux ainsi car elle n’allait pas très bien ».

Venue à l’écriture à la quarantaine, après avoir fait ses gammes avec sa soeur Flora (« Le Journal à quatre mains », « Le Féminin pluriel », et « Il était deux fois »), elle avait signé seule en 1972 un premier roman, « La Part des choses ».

Trois ans plus tard, à 55 ans, Benoîte Groult avait publié « Ainsi soit-elle », un essai virulent sur la condition imposée aux femmes. Ce livre-manifeste était devenu un éclatant succès de librairie avec un million d’exemplaires vendus et de multiples traductions.

Née le 31 janvier 1920 à Paris de parents plutôt mondains (son père est décorateur, sa mère, soeur du couturier Paul Poiret, est elle-même styliste), Benoîte Groult, connaît une enfance aisée dans le Paris des années folles. Famille fantasque et atmosphère excentrique façonnent une adolescente réservée, voire complexée car sans cesse rabaissée par une mère qui ne la juge ni assez belle, ni assez brillante.

Licence de lettres à la Sorbonne, professorat au cours Bossuet à Paris pendant la guerre, suivi de dix ans de journalisme à la Radio télévision française (1954-1964) et dans divers magazines: Benoîte Groult mène la vie d’une jeune femme de son époque et de son milieu social. Trois maris (dont le journaliste Georges de Caunes et l’écrivain Paul Guimard), trois enfants.

– ‘course d’obstacles’ –

« Je me sentais une citoyenne de seconde zone, absente au monde et j’ai effectivement mis du temps à me réveiller », expliquera-t-elle plus tard. Elle dit elle-même être devenue féministe en 1968, au contact d’autres femmes dont « les confidences et les doléances étaient les mêmes que les miennes ». 

En 1975, elle publie « Ainsi soit-elle » et multiplie interviews, conférences et prises de position. « J’étais devenue la féministe de service », dira-t-elle.

Elle devient membre du jury du prix Femina puis participe à la fondation d’un mensuel féministe, « F Magazine », dont elle sera l’éditorialiste jusqu’en 1982.

En 1984, elle est chargée par Yvette Roudy, la ministre socialiste des Droits de la femme, de présider la Commission de terminologie pour la féminisation des noms. 

« Quand il n’y a pas de mots pour nous, c’est que nous n’existons pas », expliquait-elle. Elle se heurte à l’opposition de l’Académie française et se fait traiter de « précieuse ridicule ». Quatorze ans plus tard, quand le débat est relancé, elle se déclare ravie de l’évolution des mentalités.

D’une plume alerte, mordante, elle écrit ensuite plusieurs romans dont « Les Trois-quarts de l’été » (1983), récit attrayant dénonçant la phallocratie, puis « Les Vaisseaux du coeur » (1988), une histoire d’amour qui sera un autre succès de librairie. 

« C’est par l’écriture que je me suis construite de livre en livre », expliquera-t-elle dans « Histoire d’une évasion » (1997), qui mêle souvenirs personnels et parcours des femmes.

En 2006, avec « La Touche étoile », elle s’attaque à un autre tabou, la vieillesse et la mort librement consentie. 

Elle se fait prosélyte pour l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) et juge « notre pays rétrograde ». Pour elle, « le refus de la naissance choisie et de la mort choisie, c’est la même idéologie contre la liberté ».

En 2008, elle publie son autobiographie, intitulée « Mon évasion » où elle confie qu’avec le recul, elle a « l’impression d’avoir vécu une interminable course d’obstacles ».

En 2013, toujours infatigable, elle publie une biographie d’Olympe de Gouges, la première féministe de l’Histoire.

Benoîte Groult dans sa maison à Hyères, le 7 avril 2007. © AFP

© AFP/Archives CATHERINE GUGELMANN
Benoîte Groult dans sa maison à Hyères, le 7 avril 2007

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