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Bière, jus, sodas… La Brasserie de Tahiti arrête sa production « pour une durée indéterminée »

© Cédric Valax

La Brasserie de Tahiti a arrêté toute sa production de bière, jus de fruits, boissons gazeuses, et même la mise en bouteille de l’Eau Royale, en fin de semaine dernière. Il s’agit pour l’entreprise, une des plus importantes du territoire, de limiter les pertes d’exploitation en cette période de confinement doublée d’une interdiction de vente d’alcool. Une « hibernation » qui, si elle durait, pourrait aboutir à la suspension de beaucoup de contrats de travail parmi les quelque 400 salariés. Gilles Helme, délégué syndical A Ti’a I Mua, tire la sonnette d’alarme.

Cinquième société du territoire en termes de chiffre d’affaires, la Brasserie de Tahiti fait partie des plus ébranlées par la crise actuelle. Le confinement, débuté le 21 mars, et l’interdiction de la vente d’alcool, trois jours plus tard, l’auraient privé de près de 60% de son chiffre d’affaires. L’entreprise, déjà engagée dans un effort de réduction de ses charges depuis le début de la crise, a donc annoncé, à la veille de l’annonce du prolongement de ces deux mesures, la fermeture de l’ensemble de ses lignes de production.

En plus de la bière, l’usine de la Punaruu, a donc stoppé, jeudi soir, sa production de jus de fruits et de boissons gazeuses qui ne seront commercialisés que sur la base de stocks disponibles. Si la mise en bonbonne de la Premium Water (qui alimente les fontaines à eau) est maintenue, l’usine de l’Eau Royale à Arue a elle aussi stoppé son activité. Des mises à l’arrêt « pour une durée indéterminée », a annoncé la direction à son personnel, parlant d’une décision « très difficile » et qui n’a « jamais été prise dans l’histoire de la Brasserie de Tahiti ».

Les congés payés avant la suspension des contrats

Du côté des syndicats, pourtant, on s’attendait à une telle décision. « L’objectif, c’est de préserver les emplois », pointe ainsi Gilles Helme, délégué syndical de A Ti’a I Mua, qui se dit « en contact permanent » avec la direction. À l’entendre, une partie du personnel est aujourd’hui en télétravail ou en temps partiel, mais beaucoup d’autres, parmi les équipes techniques, ont posé leurs congés payés… Au terme desquels la brasserie suspendra les contrats.

Si la crise sanitaire pèse sur les ventes de beaucoup d’entreprises du pays, la « baisse vertigineuse de l’activité » de la brasserie est surtout due à l’interdiction de la vente d’alcool, mise en place puis prorogée par le Pays pour limiter les rassemblements nocturnes et juguler les violences domestiques. Pour le syndicaliste, les autorités doivent tout de même réfléchir à un assouplissement de la règle pour éviter la suspension des contrats.

Des produits pourraient être détruits à cause des dates limite de consommation

La société Brasserie de Tahiti représente à elle seule près de 400 salariés – sans compter les nombreux sous-traitants – mais elle est aussi le « navire amiral » d’un des premiers groupes du pays (Plastiserd, Tahiti Sign, Polynésie Froid, Jus de fruits de Moorea, Manutea…). Pour Gilles Helme, c’est au moins 900 familles qui sont mises en danger par cette « hibernation » forcée.

La direction de la brasserie a aussi précisé que certains produits stockés dans ses entrepôts pourraient atteindre leur date limite de consommation dans les semaines à venir, et donc être détruits, faute de pouvoir être vendus. « Ça voudrait dire qu’on a produit pour rien, pointe le syndicaliste. Ça compliquerait encore la situation de l’entreprise ».

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7 Commentaires

  1. hucault gilles
    13 avril 2020 à 18h27 — Répondre

    si la brasserie n’a pas les moyens financiers pour tenir, avec tous les énormes profits qu’elle réalise depuis toutes ces années ??? non je suis inquiet pour tous ces salariés et ces familles qui vont se retrouver sans revenus, alors oui peu-être que les autorités devraient lâcher du lest sur cette interdiction de la vente d’alcool, même si quelque part ça a eu du bon….

  2. 14 avril 2020 à 6h35 — Répondre

    Arrêter la bière ça se comprend, l’alcool n’est pas indispensable, mais arrêter l’eau et les jus de fruits ça ne parait pas être d’actualité tout de même, la Brasserie de Tahiti doit revoir cette décision car sa « survie » n’est pas en danger, soyons sérieux.

  3. Rousseau Annie
    14 avril 2020 à 7h53 — Répondre

    La brasserie exagére. Avec es centaines de millions acquis depuis des années, elle devrait faire face. Quelle mentalité dans l’adversité générale.

  4. Microstring
    14 avril 2020 à 9h19 — Répondre

    Quand les syndicats entre dans les combines de ce groupe totalitaire, on est en droit de s’interroger.
    Arrêter la production des jus de fruit et de l’eau en bouteille ressemble à du chantage…

  5. NICOLAS
    14 avril 2020 à 16h11 — Répondre

    Bjr les confinovarius au sevrage de degrés « imposés » par les excités du Week End !!!

    La suite ??? CQFD ; élémentaire Mon cher WATSON ???? inutile d’ être Bac + si j’ achète rien et que je vends rien CA = zéro

  6. Ia Ora GK
    14 avril 2020 à 16h20 — Répondre

    Euh… « des plus ébranlées » … il lui reste 40% de son CA donc je dirai que c’est une des moins ébranlées 😊

  7. 14 avril 2020 à 16h58 — Répondre

    Une question qui n’a pas de réponse pour l’instant, bien qu’il semble que le confinement prolongé jusqu’au 29 avril soit également le sort réservé au plaisir d’un verre de vin partagé avec sa famille durant les repas, la punition est collective et pour cause. Très sévère pour ceux qui ont le respect des règles et qui n’ont pas l’intention de perpétrer un braquage, car j’ai vu un magasin d’alimentation en bas de mon immeuble, dont les rayonnage dédié aux alcools, a été proprement vidé de peur de recevoir une visite de tristes personnages assoiffés.

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