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Brésil : Lula, accusé de corruption, passe à la contre-attaque

Sao Paulo (AFP) – L’emblématique ex-président brésilien Lula doit répondre jeudi à Sao Paulo aux lourdes accusations du parquet qui l’a désigné comme le « chef suprême » du gigantesque réseau de corruption au sein de Petrobras.

Mercredi, d’un air théâtral, le jeune procureur Deltan Dallagnol avait martelé que « Lula se trouvait en haut de la pyramide et, sans son pouvoir de décision, ce réseau de corruption aurait été impossible », lors d’une longue conférence de presse à Curitiba (Parana, sud).

L’avocat de l’ex-syndicaliste et ouvrier métallurgiste, devenu l’ancien chef d’Etat le plus populaire du pays, a aussitôt réagi et qualifié la charge du procureur de « tour de prestidigitation » et de « farce » qui « manque de preuves ».

M. Dallagnol, 36 ans, a transmis au juge Sergio Moro, de cette même ville de Curitiba, le dossier d’inculpation de Lula, 70 ans, pour corruption et blanchiment d’argent.

C’est à ce juge, ennemi notoire de Lula et chargé du dossier sur les enquêtes de « l’Opération Lavage rapide » (portant sur le scandale Petrobras) qu’il reviendra de décider s’il accepte ou non l’inculpation de l’icône de la gauche brésilienne.

M. Dallagnol a affirmé que dans le cadre de cette affaire qui constitue « le plus grand scandale de corruption de l’histoire du Brésil », Lula avait reçu quelque 3,7 millions de réais (1,1 million de dollars au taux de change actuel) sous forme de « pots-de-vin » versés par l’entreprise de BTP OAS, en vue de refaire un appartement triplex, entre autres.

OAS est l’une des principales entreprises impliquées dans le réseau de corruption. Les sommes totales détournées de trois contrats Petrobras-OAS s’élèveraient à 87 millions de réais, selon le procureur Dallagnol.

– Evincer Lula de 2018 – 

Lula a toujours rejeté les accusations à son encontre, affirmant notamment ne jamais avoir été propriétaire de cet appartement.

Ses ennuis judiciaires représentent un nouveau coup dur pour la gauche brésilienne, après la destitution par les sénateurs, pour maquillage des comptes publics, de Dilma Rousseff, remplacée le 31 août par son ancien vice-président Michel Temer, l’homme fort du PMDB (centre droit), jusqu’à la fin de son mandat fin 2018.

Si Lula était condamné, il ne serait plus en mesure de se présenter à un troisième mandat en 2018.

Son avocat, Cristiano Zanin Marins, a affirmé que l’accusation s’était « perdue dans un spectacle déplorable » dont la « nature est politique » et vise uniquement à retirer Lula de la course présidentielle de 2018.

L’éditorial du journal Folha souligne d’ailleurs jeudi cet écart entre une accusation large mais des preuves minimes : « Pour le moment, on a l’impression que sans réussir à présenter des preuves plus robustes contre Lula, le ministère public fédéral tente de combler les lacunes avec la rhétorique ».

Lula avait déjà été inculpé le 29 juillet de tentative d’entrave à la justice. Le 26 août, la police brésilienne avait formulé à son encontre, toujours dans ce dossier, des accusations de corruption passive et de blanchiment d’argent, en plein procès en destitution au Sénat de sa dauphine politique Dilma Rousseff.

Ses avocats avaient alors dénoncé une accusation « politique », ne croyant pas à une « coïncidence ».

Fin juillet, Lula avait déposé une requête auprès du Comité des droits de l’homme de l’ONU à Genève contre les « abus de pouvoir » dont il se disait victime.

Pour ses rivaux, tels que le sénateur de droite Ronaldo Caiado, les accusations « démontent la farce selon laquelle Lula défendait les pauvres », alors que l’ex-président s’est fait connaître pour ses programmes sociaux qui ont sortis près de 30 millions d’habitants de la pauvreté.

Pour les proches de Lula, comme le député du PT, Paulo Pimenta, l’ex-président « est persécuté politiquement par le parquet de Curitiba et le juge Sergio Moro » et les accusations sont le « chapitre final du coup d’Etat contre Rousseff ».

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva à Sao Paulo le 9 septembre 2016. © AFP

© AFP/Archives Miguel Schincariol
L’ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva à Sao Paulo le 9 septembre 2016

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