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Brexit: les Européens refusent à Londres un divorce "à la carte"

Bruxelles (AFP) – Divorcer rapidement et sans douleur: les dirigeants de l’Union européenne ont exhorté mardi le Royaume-Uni à assumer le Brexit et s’engager au plus vite, sans négociation « à la carte », vers la sortie du bloc dont l’avenir est en jeu.

Cinq jours après le référendum choc qui a vu 52% des Britanniques voter pour larguer les amarres avec l’UE, Londres a émis l’espoir d’une procédure « aussi constructive que possible » et d’une « relation la plus étroite possible » une fois la séparation effective.

« Même si nous sommes en train de quitter l’UE, nous ne tournons pas le dos à l’Europe », a assuré le Premier ministre David Cameron à son arrivée à un sommet européen crucial à Bruxelles, en faisant valoir que les 27 autres Etats membres restaient « des voisins, des amis, des alliés, des partenaires ».

L’UE est « prête à commencer la procédure de divorce dès aujourd’hui », a souligné le président du Conseil européen, Donald Tusk, en proposant la tenue d’un sommet « informel » à 27 sur l’avenir de l’Union en septembre, probablement à Bratislava, la Slovaquie prenant vendredi la présidence tournante de l’UE.

Pour la chancelière allemande Angela Merkel, « l’UE est assez forte pour surmonter le départ de la Grande-Bretagne et continuer à aller de l’avant même à 27 ».

Avant de rejoindre Bruxelles, Mme Merkel a douché tout espoir de Londres de pourparlers « à la carte » sur l’avenir de ses relations avec l’UE. « Celui qui sort de la famille ne peut pas s’attendre à ce que tous ses devoirs disparaissent et que ses privilèges soient maintenus », a-t-elle tranché devant les députés allemands.

L’inquiétude sur les conséquences du divorce à venir est manifeste chez les Européens, forcés de « tirer les leçons » du Brexit avec le souci d’éviter une contagion à d’autres Etats membres.

– ‘L’Europe suffisamment forte’ –

L’Allemagne, la France et l’Italie refusent toute négociation tant que Londres n’aura pas formalisé sa demande de sortie. Les trois poids lourds fondateurs de l’UE — principales économies de la zone euro — veulent aussi donner une « nouvelle impulsion » au projet européen.

« Tout le monde a les yeux tournés vers l’Europe. L’Europe doit prendre ses responsabilités, elle est suffisamment forte pour agir », a plaidé le président français François Hollande.

Ainsi, David Cameron aura fort à faire pour fournir les « explications » de son humiliant échec lors d’un dîner avec ses collègues mardi.

Selon un diplomate de haut rang, « quelques principes devraient ressortir de cette discussion: prendre acte du résultat du référendum, insister sur le fait que dans cette situation le traité de Lisbonne définit un cadre juridique ordonné », à savoir l’article 50 ou « clause de retrait » d’un Etat membre.

Du côté de l’exécutif européen, le président de la Commission Jean-Claude Juncker n’a pas mâché ses mots, appelant le Royaume-Uni à « clarifier le plus rapidement possible » sa situation. « Pas de notification, pas de négociation », a-t-il argué.

Résumant l’avis général, le Premier ministre belge Charles Michel ne veut pas d’une « prise d’otage » des Européens par Londres.

Quant aux députés européens, ils ont adopté une résolution enjoignant Londres de notifier son départ de façon « aussi rapide que possible ».

Selon une source gouvernementale britannique, David Cameron va réaffirmer à Bruxelles qu’enclencher la procédure de séparation incombera à son successeur, dont le nom devrait être connu d’ici le 2 septembre.

Ce n’est que mercredi, au deuxième jour du sommet bruxellois, que les dirigeants évoqueront à 27, donc sans M. Cameron, l’avenir des relations avec le Royaume-Uni.

« Le but doit être d’arriver à un résultat commun au plus tard pour le 60e anniversaire du traité de Rome en mars de l’année prochaine », a expliqué Mme Merkel, en référence au texte fondateur de la construction européenne.

– L’Ecosse déterminée à rester –

Eviter une contagion du Brexit préoccupe les dirigeants de plusieurs Etats, comme la France, l’Italie ou les Pays-Bas, où l’extrême droite et les mouvements populistes ont le vent en poupe.

« Le Royaume-Uni ne sera pas le dernier Etat membre à quitter l’UE », a prédit devant ses collègues l’eurodéputé europhobe britannique Nigel Farage.

Le Brexit a toujours du mal à passer chez ceux qui ont voté contre au Royaume-Uni. La tourmente politique y est d’autant plus dévastatrice que revient au premier plan la menace d’une sécession de l’Ecosse, favorable à 62% au maintien dans l’UE.

La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon s’est dite « complètement déterminée » à défendre, malgré le Brexit, la place de sa région dans le bloc des 28. Elle va d’ailleurs venir plaider sa cause mercredi à Bruxelles.

A Londres, l’opposition travailliste est au bord de l’implosion, avec une motion de défiance contre son chef Jeremy Corbyn, accusé d’avoir trop tièdement défendu le maintien dans l’UE.

Le ministre conservateur des Finances George Osborne a jugé inévitable un surcroît d’austérité pour parer à l’impact économique du Brexit sur le pays.

Outre-Atlantique, le président américain Barack Obama, qui s’était prononcé en faveur du maintien de Londres dans l’UE, a mis en garde contre une « hystérie » internationale autour du Brexit.

La chancelière Angela Merkel s'exprime devant la chambre basse du Parlement allemand à Berlin lors d'une session spéciale consacrée au Brexit le 28 juin 2016. © AFP

© AFP John MACDOUGALL
La chancelière Angela Merkel s’exprime devant la chambre basse du Parlement allemand à Berlin lors d’une session spéciale consacrée au Brexit le 28 juin 2016

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