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Brexit: retour à un calme précaire sur les marchés en Asie

Tokyo (AFP) – Les marchés revenaient à un certain calme lundi en Asie mais restaient sous pression, quatre jours après le vote britannique en faveur du Brexit qui a fait virevolter les devises et semé la panique sur les places boursières mondiales.

« Il est important de garder à l’esprit qu’on n’en a pas fini avec les retombées du Brexit », a commenté dans une note Stephen Innes, courtier chez Oanda Asia Pacific. « Nous allons probablement ressentir les secousses pour les semaines, voire les mois, à venir, mais il est difficile d’anticiper leur fréquence et leur amplitude ».

Vendredi, la nouvelle d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne avait pris les investisseurs par surprise, et la monnaie britannique était tombée à des niveaux inédits depuis 1985, jusqu’à 1,3229 dollar.

Toujours secouée, elle repassait sous la barre de 1,35 dollar dans les échanges asiatiques lundi, tombant à 1,3356 dans la matinée à Tokyo, contre 1,3670 dollar en fin de semaine dernière.

La monnaie unique cédait elle aussi du terrain vis-à-vis du billet vert, tombant à 1,0984 dollar, contre 1,1112 dollar. 

Comme l’once d’or, le yen, valeur refuge qui s’était envolée vendredi, restait à des niveaux élevés: le dollar s’affichait autour de 101,65 yens, contre 104,68 yens à la veille des résultats du vote britannique, tandis que l’euro valait 112 yens, contre 118,77 yens.

« Je pense que la livre va continuer à sombrer, tout comme l’euro, tandis que le dollar et le yen vont avoir les faveurs des cambistes. Le marché n’a pas digéré l’impact du référendum britannique », a estimé Marito Ueda, responsable des changes chez FX Prime à Tokyo, interrogé par l’AFP.

Devant ce regain de la monnaie américaine, la banque centrale chinoise (PBOC) a fixé lundi le niveau de référence du yuan à son plus bas niveau depuis fin 2010 face au dollar afin d’éviter une appréciation trop forte de sa monnaie dommageable pour ses exportations. Il s’agit de la plus forte diminution journalière depuis la spectaculaire dévaluation d’août 2015 qui avait ébranlé les marchés.

– ‘Nombreuses incertitudes’ –

Du côté des Bourses, la tonalité était globalement négative, mais on était loin du chaos de vendredi: Séoul perdait 0,24%, Singapour 0,37%, tandis que Hong Kong se repliait de 0,73% à la pause. 

Tokyo faisait figure d’exception, vraisemblablement porté par des espoirs d’intervention des autorités sur le marché des changes. L’indice vedette Nikkei gagnait ainsi près de 2% dans l’après-midi après un plongeon de 7,92% vendredi.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a promis de « ne pas ménager ses efforts pour que le Brexit n’affecte pas négativement l’économie japonaise et ses entreprises », alors que les firmes exportatrices sont durement touchées par l’envolée de la devise nippone.

Après un début d’année calamiteux sur fond d’inquiétudes liées au ralentissement de l’économie chinoise, les analystes craignent une nouvelle débâcle des places boursières mondiales.

Vendredi, les banques centrales, prêtes à fournir des liquidités pour contrer des mouvements extrêmes de changes, n’ont pas réussi à apaiser les craintes. Si Londres a paradoxalement tiré son épingle du jeu (-3,15%), Paris a décroché de 8,04%, Francfort de 6,82%, Madrid et Milan de plus de 12%. A New York, le Dow Jones a lâché 3,39% et le Nasdaq 4,12%.

« Les incertitudes sont nombreuses sur le calendrier du Brexit », a souligné Toshihiko Matsuno, analyste chez SMBC Friend Securities. « Il va probablement falloir attendre octobre pour y voir plus clair ».

Le Royaume-Uni doit gérer les demandes pressantes des dirigeants et responsables de l’Union européenne d’accélérer un divorce que le Premier ministre David Cameron veut laisser régler à son successeur, qui sera nommé début octobre lors du congrès de son parti.

« Au-delà, il y a d’autres problèmes », prévient M. Matsuno, craignant que le Brexit ne provoque une réaction en chaîne dans d’autres pays européens.

Affecté lui aussi, le pétrole, dont les cours avaient déjà perdu 5% vendredi, continuait de glisser. « Les fondamentaux du marché expliquent qu’il n’y aura pas de recul important des cours du brut, puisque le Royaume-Uni représente moins de 2% de la demande mondiale, mais les investisseurs vont rester sous pression tant que la volatilité des marchés financiers n’aura pas disparu », juge Sanjeev Gupta, analyste chez EY Services.

Le tableau des changes le 27 juin 2016 à la bourse de Tokyo. © AFP

© AFP KAZUHIRO NOGI
Le tableau des changes le 27 juin 2016 à la bourse de Tokyo

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