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Budget de la recherche amputé: des Nobel dénoncent "un suicide scientifique et industriel"

Paris (AFP) – Sept prix Nobel français et un lauréat de la Médaille Fields ont déploré lundi la décision du gouvernement de procéder à d’importantes annulations de crédits pour la recherche, qui « s’apparentent à un suicide scientifique et industriel ».

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et son secrétaire d’Etat Thierry Mandon, répondent que ces annulations « n’auront aucun impact sur l’activité des organismes de recherche ».

« Il s’agit de mobiliser en particulier leurs fonds de roulement disponibles et leurs trésoreries, sans mettre en cause l’exécution des budgets prévus », déclarent-ils dans un communiqué conjoint.

Les fonds de roulement permettent notamment aux organismes de recherche de mettre de l’argent de côté pour des projets futurs.

La communauté scientifique est en émoi en raison d’un projet de décret annulant notamment 256 millions d’euros de la Mission interministérielle recherche et enseignement supérieur (Mires) dont 134 millions d’euros concernent les subventions allouées aux organismes de recherche.

Le CEA est mis à contribution à hauteur de 64 millions d’euros, le CNRS de 50 millions, l’Inria et l’Inra de 10 millions chacun.

Françoise Barré-Sinoussi (prix Nobel de médecine), Claude Cohen-Tannoudji (physique), Albert Fert (physique), Serge Haroche (physique), Jules Hoffmann (médecine), Jean-Marie Lehn (chimie), Jean Jouzel (climatologue, vice-président du Giec au moment où celui a reçu le Nobel de la Paix) et Cédric Villani (médaille Fields, la récompense la plus prestigieuse en mathématiques) ont fait part de leur consternation dans une tribune publiée dans Le Monde.

« Nous avons appris le même jour que les dépenses de recherche et développement de l’État fédéral allemand ont augmenté de 75% en dix ans et que le gouvernement français annulait 256 millions d’euros de crédits 2016 de la Mires ». Soit « un quart des économies nécessaires pour financer les dépenses nouvelles annoncées depuis le mois de janvier » par l’exécutif.

« Les mesures qui viennent d’être prises s’apparentent à un suicide scientifique et industriel », disent les huit chercheurs.

Ce « coup de massue » vient « confirmer les craintes régulièrement exprimées »: « La recherche scientifique française, dont le gouvernement ne cesse par ailleurs de louer la grande qualité (…) est menacée de décrochage vis-à-vis de ses principaux concurrents dans l’espace mondialisé et hautement compétitif de la recherche scientifique. »

« Ce coup d’arrêt laissera des traces et pour de longues années », disent-ils.

« Il n’y a pas de nation prospère sans une recherche scientifique de qualité. Puisse le gouvernement français entendre cet appel », concluent-ils.

Najat Vallaud-Belkacem et Thierry Mandon ont tenu « à répondre à cette inquiétude », via un communiqué, « en réaffirmant l’engagement de sanctuarisation des moyens de la recherche qui prévaut depuis le début du quinquennat » de François Hollande.

« Les dépenses des organismes de recherche et de leurs laboratoires ainsi que les conditions dans lesquelles les chercheurs exercent leur activité seront intégralement préservées », affirment-ils. « Aucun programme de recherche ne sera altéré par ce dispositif de régulation budgétaire en cours d’année ».

De son côté, le syndicat national de l’enseignement supérieur SNESUP-FSU a dénoncé « le manque de soutien à la recherche, dont le budget continue d’être une variable d’ajustement pour les dépenses supplémentaires décidées par le gouvernement ».

Le budget de l’Enseignement supérieur et de la recherche « doit être une priorité non seulement dans le discours gouvernemental mais aussi dans les actes », souligne le SNESUP-FSU dans un communiqué.

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008, répond aux questions des journalistes, le 19 août 2010 à la sortie d'une réunion à Matignon à Paris. © AFP

© AFP/Archives PIERRE VERDY
Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine en 2008, répond aux questions des journalistes, le 19 août 2010 à la sortie d’une réunion à Matignon à Paris

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