EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Cancer : quand les malades polynésiens écopent d’une double peine – Edito 28/01/2019

Lorsque l’on vous diagnostique un cancer, quel qu’il soit, et même quand vous le voyiez venir, immanquablement, c’est comme si vous vous preniez un 33 tonnes dans la figure. Dans une sorte d’état second, quasi léthargique, comme si le temps s’écoulait plus lentement, on est rapidement envahi par des pensées funestes. Toutes ces images qu’il nous a été donné de voir dans les médias sur les souffrances des cancéreux, vous vous les appropriez d’un coup et vous vous projetez, sur un lit d’hôpital, un cathéter planté dans le bras, vous ne bougez plus, votre famille en larmes vous entoure. Votre esprit navigue parfois encore plus loin, vous imaginez leur vie sans vous, vous extrapolez sur ce que pourrait être le legs spirituel que vous leur ferez. Puis tout aussi rapidement que cette projection glaçante vous est venue, la gnaque arrive et la remplace.

Vous vous souvenez de tout ce que vous ne voulez absolument pas abandonner dans ce monde, l’amour pour ceux qui comptent pour vous, vos enfants par exemple, l’irascible détermination de lutter pour les voir grandir et veiller sur eux l’emporte sur le reste. Vos rêves de gosse se bousculent dans votre cerveau. Non, il n’est pas question que tout ce que vous avez fait jusqu’à présent, tout ce que vous avez encaissé, tous les obstacles que vous avez franchis s’avèrent vides de sens, juste à cause de cette sentence qui se voudrait irrévocable. Alors, vous voici déterminé à lutter, à tout encaisser, à tout essayer pour éviter que le sort ne vienne à vous priver de ce que vous méritez.

Même le pessimisme de votre pronostic vital pour la version de la maladie qui pousse en vous ne saurait vous faire baisser les bras. On en a suffisamment d’exemples partout, tout le temps, des statistiques on peut les faire mentir. Les dés ne sont jamais complètement jetés. Et on le voit avec les recherches qui sont faites grâce au Téléthon, l’homme est bel et bien capable de trouver de nouveaux traitements. La France est dans le peloton de tête de l’Union Européenne pour la recherche clinique. Avec 18 000 essais rien qu’au dernier trimestre 2017, avec plus de 6 000 études initiées sur la période 2014-2016, notre mère patrie se place en fer de lance pour vérifier l’innocuité et l’efficacité de nouveaux médicaments ou dispositifs médicaux. Ceux-là même qui permettent aux malades de retrouver l’espoir en intégrant ces campagnes d’essais cliniques.

Mais par la voix de quelqu’un qui vit précisément cette situation et qui s’est confié à moi, je viens d’apprendre que ça, les polynésiens n’y ont pas droit. La CPS ne prend pas en charge les « Evasans » (ndla : nom donné aux évacuations sanitaires aériennes en Polynésie) pour les intégrer et ce même si votre dossier médical vous en ouvrirait normalement les portes si vous viviez dans l’hexagone. Donc si vous n’avez pas les moyens de prendre l’avion, comme une majorité de polynésiens, vous passe sous le nez ce qui pourrait représenter votre dernière chance de survie. Cela en revient à subir une double condamnation, et on ne saurait l’accepter juste parce que nous vivons sous les cocotiers.

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