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Chine: éducation « patriotique » et uniforme militaire

Zunyi (Chine) (AFP) – En uniformes militaires bleus, avec brassards rouges et casquettes maoïstes arborant une étoile écarlate, des écoliers pratiquent le kung fu malgré un froid mordant: perdu dans les montagnes chinoises, leur établissement géré par l’Armée populaire dispense une « éducation patriotique ».

La petite école a été fondée il y a plus d’un siècle, juste avant la chute de l’Empire, dans une région isolée du Guizhou, province escarpée et difficile d’accès du sud-ouest du pays mais haut lieu de l’histoire du Parti communiste chinois.

Or, cet établissement du district montagneux de Wenshui est passé en 2008 sous la coupe de l’Armée populaire de libération (APL) qui en a fait une « école primaire de l’Armée rouge », financée par les familles des dirigeants de l’époque révolutionnaire.

Au programme habituel se sont ajoutés des cours intensifs de « culture rouge », dans lesquels les 136 élèves de l’école apprennent des chansons nationalistes, étudient dans le détail les débuts du Parti et l’histoire de l' »Armée rouge » –nom donné aux forces communistes chinoises avant 1937.

Les conditions restent spartiates: comme tous les bâtiments du sud de la Chine, les locaux de l’école ne sont pas équipés d’un chauffage central.

Et en dépit des vents glaciaux qui balaient en hiver les collines environnantes, les enfants font des exercices physiques à l’extérieur dans la cour durant une heure tous les jours.

Et ce même si la plupart des élèves marchent déjà une demi-heure tous les matins pour se rendre à l’école, sur les chemins rendus boueux par une pluie fine et persistante typique du climat local.

Au déjeuner, ils font la queue pour remplir leurs plateaux-repas de riz, patates, haricots et poulet, qu’ils doivent ingurgiter dans un silence total.

Ils sont ensuite invités à se masser les contours des yeux du bout des doigts pendant cinq minutes, afin de se détendre avant les cours de l’après-midi: une pratique traditionnelle en médecine chinoise. 

Inculquer aux enfants un « état d’esprit martial » peut leur apprendre « comment être autonomes, avoir confiance en soi, et le souci de s’améliorer », assure le directeur de l’école, Mu Chunyong.

« L’esprit de l’Armée rouge est un avantage formidable pour ces jeunes! Cela les habitue à travailler dur et à se contenter de peu », explique-t-il.

– Enseignement ‘martial’ –

Certes, le Guizhou est l’une des provinces les plus pauvres et les moins développées du pays. Mais même là-bas, la plupart des familles ont vu leurs conditions de vie s’améliorer considérablement au cours des deux dernières décennies.

Face à ce surplus de « confort », « il est d’autant plus important » de rappeler aux enfants les rigueurs du passé, car « si vous ne leur instillez pas le sens de l’histoire, ils seront incapables d’apprécier à leur juste valeur leur niveau de vie actuel », insiste le directeur Mu.

Il existe plus de 200 « écoles de l’Armée rouge » un peu partout à travers le pays, têtes de pont de l' »enseignement patriotique » que promeut le Parti communiste au pouvoir pour renforcer sa légitimité.

Mais leurs détracteurs dénoncent volontiers un « lavage de cerveaux » –qui pousse d’ailleurs les classes moyennes aisées à privilégier les écoles privées, un secteur en plein essor, au détriment des établissements publics.

Certaines de ces écoles militaires sont baptisées du nom de grandes figures historiques du régime communiste, et beaucoup d’entre elles sont construites dans de « vieilles localités révolutionnaires ».

C’est-à-dire dans des zones considérées comme le berceau du mouvement communiste dans les années 1920 et 1930, le plus souvent dans des régions rurales.

C’est aussi le cas de l’école de Wenshui, qui a pris le nom du général Yang Dezhi: dans les années 1930, le site avait abrité des soldats de l’Armée rouge, qui débutaient alors le long et périlleux périple de leur « Longue marche » vers le nord pour fuir les assauts des troupes nationalistes.

C’est par ailleurs dans la ville voisine de Zunyi que Mao Tsé-toung, futur fondateur de la République populaire, avait consolidé en 1935 son emprise sur le Parti communiste en accaparant la tête du mouvement.

Des écoliers chinois pendant le lever de drapeau, à l'école élémentaire Yang Dezhi dans la province du Guizhou, le 7 novembre 2016. © AFP

© AFP Fred DUFOUR
Des écoliers chinois pendant le lever de drapeau, à l’école élémentaire Yang Dezhi dans la province du Guizhou, le 7 novembre 2016

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