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Chypre: nouvelles négociations en Suisse pour réunifier l'île

Genève (AFP) – Les dirigeants chypriotes grec et turc ont entamé lundi à Genève des négociations cruciales, sous l’égide de l’ONU, pour tenter de réunifier l’île méditerranéenne divisée depuis plus de 40 ans, mais leur issue reste incertaine.

Le dirigeant chypriote turc, Mustafa Akinci, et le président chypriote grec, Nicos Anastasiades, sont arrivés, souriants, peu avant 09h00 (08h00 GMT) au Palais des Nations, siège de l’ONU à Genève, où ils ont été accueillis par le Conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour Chypre, Espen Barth Eide, et par la chef de la force de l’ONU chargée du maintien de la paix à Chypre, Elizabeth Spehar. 

Les deux dirigeants ne se sont pas serré la main devant les caméras et se sont assis autour de l’immense table de négociation avec les membres de leur délégation. 

Deux séries de discussions ont déjà été organisées en Suisse en novembre au Mont Pèlerin, sur les bords du Lac Léman, mais sans véritable avancée. 

Cette troisième rencontre doit durer trois jours et devrait être suivie, jeudi, d’une Conférence sur Chypre, élargie aux trois « garants » de la sécurité de l’île: la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni, ancienne puissance coloniale, qui y dispose de bases militaires, a indiqué le service d’information de l’ONU. 

« D’autres parties prenantes pourraient aussi y participer », selon l’ONU.

M. Eide, le médiateur norvégien, estime qu' »il existe une chance réelle que 2017 soit l’année où les Chypriotes décident eux-mêmes de tourner la page de l’Histoire ».

A son arrivée dimanche à Genève, M. Anastasiades s’est déclaré « confiant », tandis que M. Akinci a assuré être venu « dans un esprit positif ».

L’ONU n’a pas ménagé ses efforts pour remettre sur les rails le processus de négociations ouvert en mai 2015, et qui avait semblé s’effondrer lors de la dernière rencontre le 22 novembre au Mont Pèlerin, où les deux dirigeants s’étaient quittés sur un désaccord.

Les deux camps affichent toujours de profondes divergences sur les questions cruciales: arrangements territoriaux et de sécurité, restitution des propriétés spoliées, etc…

« Je serais étonné s’il y avait un accord global au vu des difficultés », a indiqué à l’AFP Andreas Theophanous, directeur du Centre pour les affaires européennes et internationales à Nicosie.

– Epineuse rétrocession –

Chypre, qui compte environ un million d’habitants, est divisée depuis 1974, lorsque l’armée turque a envahi la partie nord de l’île en réaction à un coup d’Etat de Chypriotes grecs qui visait à rattacher le pays à la Grèce et suscitait une vive inquiétude de la minorité chypriote turque.

La partition a provoqué le déplacement d’environ 162.000 Chypriotes grecs et de 48.000 Chypriotes turcs, selon un rapport de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo (PRIO).

Aujourd’hui, la République de Chypre, membre de l’Union européenne depuis 2004, n’exerce son autorité que sur la partie sud, où vivent les Chypriotes grecs. Les Chypriotes turcs habitent dans le nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) a été autoproclamée, mais n’est reconnue que par Ankara.

Une future solution de paix prévoit la création d’un Etat fédéral composé de deux entités, l’une chypriote grecque et l’autre chypriote turque. Une partie des territoires contrôlés par la RTCN serait rétrocédée aux Chypriotes grecs.

Les Chypriotes turcs, qui comptaient pour 18% de la population de l’île avant la partition, contrôlent actuellement plus de 36% du territoire.

Le désaccord persiste sur l’importance de la rétrocession.

Au cours des dernières négociations, M. Anastasiades aurait proposé que la future entité chypriote turque obtienne 28,2% du territoire, M. Akinci réclamant 29,2%.

Le nombre de déplacés Chypriotes grecs autorisés à revenir dans le nord fait aussi l’objet de divergences.

Le sujet très sensible dans chacune des communautés revêt une importance cruciale car tout accord de paix sera soumis à un référendum de chaque côté de l’île. En 2004, un précédent plan de paix établi sous l’égide de l’ONU avait été rejeté par les Chypriotes grecs.

Les deux dirigeants se sont engagés à présenter le 11 janvier des cartes sur le partage territorial des deux entités.

– Divergences de taille –

D’autres divergences de taille demeurent. Les Chypriotes grecs réclament par exemple le départ des milliers de soldats turcs stationnés au Nord, tandis que les dirigeants chypriotes turcs souhaitent le maintien d’une présence militaire turque même réduite.

Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l’Université de Nicosie, s’attend au « début d’une série de pourparlers finaux avec la participation des puissances garantes et d’observateurs de l’UE et du Conseil de sécurité ».

« La grande question est de savoir combien de temps durera le processus, ajoute-t-il. La phase finale des discussions ne peut pas être étirée trop longtemps ».

« Tant qu’ils accompliront des progrès considérables (…), nous considérerons la Conférence comme un succès », a assuré à l’AFP une source diplomatique proche des négociations.

Le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci (c) et le Conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU pour Chypre, Espen Barth Eide, lors de son arrivée à Genève, le 9 janvier 2017. © AFP

© AFP FABRICE COFFRINI
Le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci (c) et le Conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU pour Chypre, Espen Barth Eide, lors de son arrivée à Genève, le 9 janvier 2017

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