EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Communiqueriez-vous avec une forme de vie insignifiante ? – Edito 21/04/2021

On est en droit de s’extasier sur la manière dont les fourmis gèrent leur modèle de société. C’est net et précis, censé, organisé, limite « intelligent » même si utiliser ce qualificatif pour un insecte serait osé. D’autres s’y sont pourtant totalement réussis, et c’est le cas de l’auteur français Bernard Werber dont le roman « Les fourmis » fête d’ailleurs cette année son trentième anniversaire. Foncez si vous ne connaissez pas, c’est un régal.

Mais quelle que soit l’admiration qui peut découler de notre observation de ces êtres vivants, est-ce que pour autant nous prenons des égards particuliers lorsqu’ils s’avèrent gênants ? Factuellement, si vous trouvez une fourmilière sur un terrain que vous souhaitez aménager, que vous estimez qu’elle vous gêne, allez-vous tenter de communiquer avec les représentants fourmis de la colonie pour leur proposer un déménagement en douceur avec d’éventuelles compensations ? Il y a peu de chance en effet.

De la démesure de notre corpulence par rapport à la leur ; du fait d’avoir su développer une forme de conscience qui nous prédispose à estimer que cela fait de nous des êtres supérieurs, propriétaires de ce monde ; que le fait de savoir écrire et développer des technologies qui ressemblent à de la magie aux yeux de certains de nos propres congénères, on estime qu’on en est exempté. Quel que soit le degré d’émerveillement que susciteraient ces petits êtres, ou d’autres, il ne nous viendrait donc pas à l’idée de tenter de communiquer ou d’entamer une quelconque relation diplomatique avec eux.

Hier la Chine annonçait investir plus de 3 milliards de dollars dans un supercalculateur dédié au sondage de l’espace profond. Aussi même si je suis fasciné par le fait que nous ne soyons peut-être pas les seules formes de vie intelligente dans l’univers, ce n’est pas pour autant que je les appelle de tous mes vœux à venir nous visiter. Pourquoi ? Parce que potentiellement les fourmis ce serait nous. Oh, je sais bien qu’une tripotée de cinéastes ou romanciers s’est déjà collée à cette thèse depuis longtemps avec leurs histoires de premiers contacts qui tournent au vinaigre et à l’éradication de notre espèce pour nous piller nos ressources. Mais sans tomber dans la caricature catastrophiste il serait néanmoins de bon ton de faire profil bas, de rester discret. Parce que depuis l’époque où Ronald Reagan à la tribune de l’ONU se lamentait de l’incapacité de l’humanité à faire front commun pour de grandes causes, et qu’il faudrait peut-être une menace extérieure à la Terre pour nous forcer la main, ça n’a pas beaucoup changé. Et si ladite menace arrivait maintenant, le temps de rationaliser nos rapports internationaux à l’échelle de l’enjeu, les Aliens auraient toute latitude pour nous faire la misère.

Les plus optimistes ont trop tendance au fond à idéaliser un modèle d’extraterrestre qui s’avèrerait en substance être la quintessence de l’être intelligent parfait. Un anthropomorphisme chimérique. Mais pourtant on le sait déjà que l’intelligence n’est pas systématiquement synonyme d’empathie … On devrait se méfier pour ne pas se trouver forts dépourvus quand la bise sera venue.

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