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Corée du Sud: la présidente a maintenant les chamans sur le dos

Séoul (AFP) – Comme si la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye n’avait pas suffisamment d’ennuis avec un retentissant scandale politique centré sur son amie de 40 ans, elle a à présent des milliers de chamans en colère sur le dos.

Les adeptes de cette tradition spirituelle vieille de centaines d’années sont furieux que celle-ci ait été associée au scandale de corruption qui implique choi Soo-Sil, la confidente de la présidente.

Mme Choi, fille d’un religieux de l’ombre, a été dépeinte par les médias sud-coréens sous les traits d’une Raspoutine et comme la « conseillère chamanique » de Mme Park.

« Nous sommes furieux. Elle nous fait tous passer pour des charlatans corrompus », dit à l’AFP Lee Won-Bok, qui dirige l’association nationale Shaman Korea. « Qu’elle soit vraiment une chamane ou pas, elle a terni la réputation de tous les chamans de ce pays ».

Mme Choi a été arrêtée pour fraude et abus de pouvoir, accusée d’avoir utilisé son amitié avec Mme Park pour extorquer de l’argent à des industriels et de s’être mêlée des affaires de l’Etat.

Le chamanisme est très prégnant dans la culture coréenne. Même si leur pays est en pointe des technologies, de nombreux Coréens consultent ces intermédiaires avec le monde des esprits, sur des sujets multiples.

– Poulet décapité avec les dents –

Pour les non initiés, les rituels peuvent être rébarbatifs: le chaman peut planter un trident dans la tête d’un cochon mort, arracher la tête de poulets vivants avec les dents. Mais les objectifs visés, la paix pour l’âme d’un défunt ou de la chance pour un projet, sont anodins.

D’après M. Lee, les chamans sont environ 300.000 et ont suivi un parcours initiatique exigeant. 

Leur association est vent debout pour défendre leur intégrité. Des centaines d’entre eux ont signé une pétition pour demander aux médias d’arrêter de présenter Mme Choi comme une chamane.

Mme Choi ne s’est jamais décrite publiquement comme une chamane. Les spéculations médiatiques semblent largement inspirées par l’idée qu’elle aurait repris le flambeau de son défunt père.

Choi Tae-Min était un pasteur charismatique qui aurait exercé comme chaman avant de fonder son propre mouvement religieux dans les années 1970, mêlant bouddhisme, christianisme et chamanisme.

Le pasteur avait endossé le rôle de mentor de la présidente après l’assassinat de sa mère en 1974. Une note diplomatique américaine publiée par Wikileaks faisait état de rumeurs selon lesquelles il « contrôlait totalement Mme Park, corps et âme ».

A la mort de son père en 1994, Mme Choi est restée proche de Mme Park et les médias ont raconté, ce qu’a catégoriquement démenti l’intéressée, que des rituels chamaniques se pratiquaient à la présidence sud-coréenne.

– ‘Royaume chamanique’ – 

Le ton moqueur de la plupart des médias –qui présentent Mme Park comme la marionnette d’un « royaume chamanique »– irrite les gens comme Yang Jong-Sung, directeur du Musée du chamanisme de Séoul.

Cela lui rappelle l’ère coloniale japonaise (1910-1945), lorsque les chamans était traités d’escrocs. « Le chamanisme a joué un grand rôle dans nos sociétés pendant des siècles et puis c’est devenu une superstition qu’il fallait éradiquer », explique-t-il à l’AFP.

Mais la pratique a survécu aux Japonais, à la guerre de Corée (1950-53), et elle prospère dans la Corée moderne. 

« Les périodes électorales sont de grands moments pour nous. Les candidats veulent savoir s’ils ont des chances d’être élus », poursuit M. Yang.

« Mais notre rôle s’arrête là (…) On ne se mêle pas des affaires de l’Etat et on extorque pas d’argent aux entreprises ».

Min Hye-Gyeong, chamane influente, se décrit comme « la servante » des gens ordinaires qui recherchent des bénédictions pour leurs récoltes ou leur santé: « Une grosse partie de notre travail c’est d’apaiser la douleur des petites gens ».

« C’est rageant que le scandale politique ait fait de nous la cible de railleries », dit-elle, vêtue de robes aux couleurs vives, en brandissant des sabres et en virevoltant au son lancinant de la flûte et des tambours, pour une cérémonie à la mémoire de l’époux d’une veuve de 70 ans.

Des chamanes pratiquent des rituels le 8 novembre 2016, dans un centre chamanique à  Yangju, nord de Séoul. © AFP

© AFP Ed JONES
Des chamanes pratiquent des rituels le 8 novembre 2016, dans un centre chamanique à Yangju, nord de Séoul

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