ACTUS LOCALESJUSTICE Cour d’assises : 18 ans ferme pour le père incestueux Pascal Bastianaggi 2025-10-29 29 Oct 2025 Pascal Bastianaggi Ce mercredi se tenait la dernière journée du procès d’assises d’un père incestueux accusé de viols sur sa fille. Des faits qui ont commencé par des attouchements alors que la victime avait huit ans et qui ont perduré jusqu’à ses 13 ans. Après trois jours d’un procès lourd où l’accusé n’a pas eu un seul mot pour sa victime, si ce n’est des griefs, la cour l’a condamné à 18 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 12 ans. La cour lui a aussi retiré l’autorité parentale sur tous ses enfants. À lire : Cour d’assises : accusé de viols incestueux, il crie au complot Cour d’assises : le frère de la victime tiraillé entre vérité et loyauté filiale Alors que la journée d’hier se concluait par la plaidoirie des parties civiles où Me Da Silveira demandait aux jurés de reconnaître les victimes en tant que telles, ce mercredi la journée a débuté par les réquisitions de l’avocate générale. Une représentante de l’accusation qui ne laisse pas le temps au doute de s’immiscer dans la tête des jurés. « Il y’a-t-il des doutes dans ce dossier ? Non, sa culpabilité est établie pour des faits de viols et de violences sur sa fille. » Elle martèle : « elle ne ment pas. » Elle poursuit, « elle a toujours été cohérente et a toujours maintenu ses déclarations. Son père l’a violée, l’a frappée. » Évoquant les examens et les entretiens de Corinne* avec des médecins et psychologues, elle assure, « on a un élément médical qui confirme les faits : le déchirement de son hymen. On a l’examen psychologique qui démontre qu’elle ne fabule pas. » Elle poursuit sa liste d’éléments à charge : « on a deux témoins, le petit frère et la petite sœur. La petite a mimé les actes d’une relation sexuelle imposée. C’est un viol. Il n’y a pas d’ambiguïté possible. » À cette phrase l’accusé qui jusque-là était resté stoïque se met à maugréer. L’avocate générale l’ignore et enfonce le clou : « la culpabilité de l’accusé est établie. Mais il n’y a pas que des faits de viols, il y a aussi la violence qui les accompagne. Ce sont des viols aggravés et il risque 20 ans. » Elle marque un temps, balaye du regard l’assemblée et assène, « pour lui la peine juste sera une peine qui sera lourde. » S’attaquant à René* qui continue à râler et lever les yeux au ciel, elle mime l’accusé : « je suis innocent, je n’ai rien fait » et poursuit vindicative : « pendant six ans, il a violé sa fille, soit durant la moitié de sa vie. Imaginez ce qu’elle a subi. Il n’a aucun contrôle sur ses pulsions. C’est toute une fratrie qui subit les agissements de leur père.» « Il faut rompre le lien avec le père et renouer les liens entre frères et sœurs » Puis le coup de grâce : « c’est un accusé égocentré. il n’a aucune empathie. Tout ce qui l’intéresse? c’est lui. Il n’a pas de pathologie mentale, il est responsable de ses actes (…) Il n’a eu aucune remise en question durant ces 3 jours. » Elle explique aux jurés les conséquences qu’ont eu les actes de cet homme sur sa fille, sa situation, « Corinne est en train de gâcher sa vie. » Toutefois, une note d’espoir : « elle attend la décision que vous allez prendre. Peut-être que cette audience va la rapprocher d’adultes viables. » À ce sujet elle remarque, « je n’ai jamais vu des éducateurs assister pendant trois jours à un procès pour soutenir la victime. Elle est entourée. » Elle conclut, « j’ai la conviction qu’il ne faut pas reconstruire cette famille. Il faut rompre le lien avec le père et renouer les liens entre frères et sœurs. Il faut que la décision que vous prononcerez protège les enfants. » Elle réclame 18 années de prison avec une période de sureté des deux-tiers, assorties d’un suivi socio-judiciaire de 8 années. Si jamais à sa sortie de prison il enfreignait le suivi socio-judiciaire, il y retournera pour six ans. « Ce qui le dessert, c’est sa personnalité » Me Hina Lavoye se lève et se place face aux jurés. Avant d’entamer sa plaidoirie, elle explique son rôle d’avocate de la défense. « Je ne suis pas là pour plaider l’innocence à tout prix, mais pour porter la parole de l’accusé. » Elle passe à l’offensive. « Dans ce dossier chacun a sa vérité. » Désignant l’accusé, elle constate, « ce qui le dessert, c’est sa personnalité et on a un a priori sur lui. Il est très maladroit et virulent. Il ne cherche pas à plaire. Sa personnalité heurte tout le monde, il ne se livre pas, même devant les psys et on ne connaît rien de son enfance.» Elle poursuit, « on est dans un dossier de misère sociale » et rappelle les conditions insalubres dans lesquels la famille vivait : « la maison est un taudis et parfois il n’y avait à manger, que du pain et de l’eau. » « Ils dorment tous dans la même pièce, et le petit frère et la petite sœur n’ont vu et entendu qu’une seule fois Corinne subir des attouchements », tente l’avocate qui essaie d’instiller le doute dans l’esprit des jurés en mettant en avant certains points du dossier qui, selon elle, sont sujet à caution. Comme le trou où selon la victime son père allait éjaculer après l’avoir violée. « Un coup elle dit que c’est dans du plastique, un coup dans le trou. On se retrouve avec des contradictions. » Elle conclut, « j’ai essayé de porter sa parole, sa vérité, et je vous demande l’acquittement. » « Ma vie est difficile et il faut réfléchir avant de me mettre en prison » C’est à l’accusé de prendre la parole en dernier. Comme il fallait s’y attendre, un discours autocentré, pas un mot pour sa fille, si ce n’est des reproches. « Tout ce que j’ai entendu c’est étouffant. » Désignant sa fille du menton, il déclare : « Je ne crois pas à ce qu’elle dit (…) Moi je mens pas, on m’a bien éduqué. Je n’ai jamais violé de filles ici. » Reconnaissant quelques coups, il s’en explique : « C’est vrai, je tape pour corriger. Mais quand je tape il y a des causes. Je tape pas par vengeance ou avec de la haine dans le cœur, juste pour corriger.» Il revient sur sa vie carcérale : « On a failli violer mon cul en prison. J’ai peur. Ma vie est difficile et il faut réfléchir avant de me mettre en prison » Il regarde sa fille. « Je t’ai nourrie, je t’ai élevée, maintenant tu ressembles à une femme et tu mens. » Puis désignant son fils ainé, il assure, « lui c’est mon champion. » Il regarde les jurés et lance, énigmatique, « si vous avez de la peine pour moi demandez la réponse à Dieu. J’ai dit à Dieu que j’avais rien fait. » Après en avoir délibéré la cour l’a condamné à 18 années de réclusion criminelle avec une période de sureté de douze ans. Une peine assortie d’un suivi socio judiciaire de cinq ans. Il sera inscrit au fichier des délinquants sexuels et son autorité parentale lui a été retirée. Le condamné a immédiatement dit qu’il voulait faire appel du jugement. *prénoms d’emprunt