EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Dans un monde contrefait – Edito 09/06/2021

Il n’y a pas besoin de voyager jusqu’en Californie pour faire du shopping dans les fameux Flea Markets, les marchés aux puces à ciel ouvert, trustés par des latinos tout sourire, pour s’acheter des copies pas chères d’accessoires ou de vêtements d’une marque de luxe. Tout peut se trouver sur le net.

Ce qui sème le trouble c’est lorsqu’il s’avère de plus en plus souvent que la qualité de ces contrefaçons est équivalente, ou presque, à celle des originaux. Est-ce à dire que ce sont des cargaisons volées qui sont vendues sous le manteau ? Cela peut arriver bien entendu, mais pas dans ces proportions. Dans ce cas peut-on imaginer que les usines mandatées par des grandes marques pour fabriquer en sous-traitance leurs marchandises surproduisent secrètement pour écouler les stocks supplémentaires au black ? Ça aussi ça existe, mais pareil, pas au point que le marché soit inondé de la sorte.

En fait comme tous les pays ne sont pas au diapason en termes de protection de la propriété intellectuelle, que parfois ils ne sont même pas intéressés à faire semblant d’en saisir le concept, c’est quasiment pignon sur rue qu’une industrie de la contrefaçon est ainsi susceptible de prospérer. La Chine est dans ce domaine encore de nos jours un triste porte étendard.

Alors on pourra se dire que ces grands groupes de luxe ont les reins suffisamment solides pour le supporter. A force de nous rabâcher leurs insolents bénéfices records même par temps de pandémie mondiale, on peut avoir du mal à éprouver pour eux de la compassion. Réflexe trop simpliste, c’est faire fi des millions d’individus, parfois très humbles, qui vivent de tous les tenants et aboutissants liés à cette filière et du péril sur le long terme dans lequel ça les place. Y aurait-il des contrefaçons qui en vaudraient mieux que d’autres ? Lorsque des créateurs locaux, graphistes, designers, sculpteurs, se font piller leurs idées originales sans possibilité de recours à des milliers de kilomètres de chez eux, et alors que les produits contrefaits peuvent arroser leur propre marché, là on pourrait dire « eh eh pitié seulement à eux » …

En cette journée mondiale anti-contrefaçon, cela donne à réfléchir. J’en viens à me dire qu’il vaut mieux vivre à la hauteur de ses moyens réels, sans se la raconter, sans « fake », pour que notre humilité valorise le travail de ceux qui se sont décarcassés. Et puis le jour où on sera en mesure de s’offrir l’orignal de l’article qui nous fait rêver, ça aura autrement plus de saveur.

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