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Dax: procès d'un « faucheur de chaises », « contre-procès » de l'évasion fiscale

Dax (France) (AFP) – Des centaines de personnes et des candidats à l’élection présidentielle ont organisé, lundi à Dax (Landes), où le militant altermondialiste Jon Palais est jugé pour vol de chaises dans une agence de la BNP, le « contre-procès » de l’évasion fiscale pratiquée selon eux par les banques.

« C’est aux banques et à leurs dirigeants d’être devant les tribunaux pour fraude organisée », a ainsi lancé Yannick Jadot, candidat d’EELV, déplorant que « la société civile » doive s’occuper de la question en lieu et place des pouvoirs publics.

Près d’un millier de personnes avaient répondu à l’invitation de divers mouvements de défense de l’environnement ou altermondialistes pour transformer ce procès de Jon Palais en « journée festive et revendicative » dans la sous-préfecture des Landes, a constaté une correspondante de l’AFP.

Dans les halles de Dax qu’ils avaient réservées pour l’occasion, des militants déguisés en « banquiers », avec cigares et chapeaux haut-de-forme ou billets de banque géants proclamant « stop à l’évasion fiscale », déambulaient ainsi entre fresque géante et concerts dans l’attente d’un défilé jusqu’au palais de justice, où le procès de Jon Palais doit se tenir dans l’après-midi.

Le militant landais de 37 ans est poursuivi pour « vol en réunion » de 14 chaises dans une agence BNP Paribas à Paris, en octobre 2015, et encourt une peine de 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende. Il sera défendu par Eva Joly, l’ex-juge anti-corruption devenue avocate, et sa fille Caroline Joly.

« On est dans une démarche de désobéissance civile avec des actions à visage découvert. Les réquisitions ont permis à des gens de transformer leur colère en action non violente constructive » pour « dénoncer l’impunité des banques qui organisent l’évasion fiscale par des montages financiers », a déclaré Jon Palais à l’AFP.

– « Connivence » et « pantouflage » –

Le concept de « réquisition citoyenne de chaises » (« Rendez les milliards, nous rendrons les chaises! ») avait été lancé en février 2015 dans une agence HSBC de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) après le scandale des Swissleaks, par le mouvement basque Bizi (« Vivre ») auquel appartient Jon Palais.

Une quarantaine d’actions collectives de « fauchages de chaises », dont celle faisant l’objet du procès, avaient ensuite été menées dans d’autres banques, par ANV-COP21, Attac, les Amis de la Terre ou Alternatiba… Les fameuses chaises avaient finalement été laissées sur la voie publique, à disposition des forces de l’ordre, à l’occasion de l’ouverture du procès à Paris pour fraude fiscale de l’ex-ministre Jérôme Cahuzac.

Identifié comme un des leaders du mouvement, Jon Palais est le premier à être poursuivi. Le président des Amis de la Terre, Florent Compain, a annoncé qu’il serait lui aussi jugé pour des faits similaires le 11 avril à Bar-le-Duc (Meuse), sur plainte de la BNP également.

Plusieurs candidats à l’élection présidentielle ou leurs représentants (notamment un représentant de Benoît Hamon, candidat à la primaire PS) ont participé dans la matinée à une table ronde dénonçant la fraude et l’évasion fiscale qui génèrent un manque à gagner pour les finances publiques évalué entre 60 et 80 milliards d’euros en France, et 1.000 milliards en Europe chaque année.

Yannick Jadot a notamment fustigé le « pantouflage » et les passerelles qui existent entre les banques et les cabinets ministériels. Pierre Larrouturou (candidat Nouvelle Donne recalé à la primaire PS) a dénoncé la « connivence grave entre banquiers et politiques ».

M. Jadot a même explicitement visé un de ses concurrents dans la campagne présidentielle, s’interrogeant sur « qui finance aujourd’hui la campagne d’Emmanuel Macron », ancien ministre de l’Économie, lui-même issu de la banque d’affaires Rothschild.

Quant à Philippe Poutou, candidat du NPA, il a critiqué « la rapacité des possédants qui augmente, quitte à détruire les services publics et la Sécurité sociale », dénonçant une « machine de l’État au service des plus riches » et réclamant l’instauration d’un « monopole public bancaire ».

BNP Paribas assure n’être présente « dans aucun paradis fiscal de la liste de l’OCDE, la seule reconnue mondialement ». Un porte-parole du groupe a expliqué à l’AFP que ce n’était « pas le vol de chaises en soi qui l’avait conduit à porter plainte mais l’intrusion à caractère offensant et violent à l’encontre des clients et collaborateurs de l’agence ».

Le secrétaire général du syndicat Solidaires Finances Publiques, Vincent Dreze, le 8 décembre 2016 à Bayonne. © AFP

© STR/AFP/Archives IROZ GAIZKA
Le secrétaire général du syndicat Solidaires Finances Publiques, Vincent Dreze, le 8 décembre 2016 à Bayonne

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