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De Louisville à Kinshasa, le monde célèbre Mohamed Ali

Louisville (Etats-Unis) (AFP) – De Scottsdale, où il s’est éteint, à Louisville, sa ville natale où auront lieu ses obsèques vendredi, en passant par le théâtre de l’un de ses mythiques combats, Kinshasa, le monde entier célébrait samedi Mohamed Ali, boxeur de légende aux poings et convictions en acier.

Personnalité marquante du XXe siècle, sur et hors des rings, Mohamed Ali est décédé vendredi à l’âge de 74 ans, après un long combat contre la maladie de Parkinson.

« Ses dernières heures, ils les a passées avec ses proches, il n’a pas souffert », a confié le porte-parole de la famille Ali. « Ils étaient tristes, mais +the champ+ (le champion, NDLR) aurait été très fier d’eux. »

L’ancienne terreur des rings sera inhumée vendredi dans une cimetière de Louisville, dans le centre-est des Etats-Unis, après une procession funéraire qui traversera sa ville natale pour permettre au plus grand nombre de faire leurs adieux. L’ancien président Bill Clinton prononcera l’éloge funèbre de celui qu’il considérait comme son ami.

« Mohamed Ali était +The Greatest+. Point final. », a résumé Barack Obama.

Dès le lever du jour, à Scottsdale, devant l’hôpital où il est décédé, et à Louisville, des monuments ont été improvisés avec des fleurs et souvenirs. 

Non loin de la petite maison de son enfance, fleurie par les passants, le maire de Louisville a présidé une cérémonie d’hommage, saluant un « homme d’action et de principes » qui a grandi dans cette ville du Kentucky, marquée pendant sa jeunesse par la ségrégation qui séparait encore aux Etats-Unis les Noirs des Blancs. 

En silence, une garde d’honneur a ensuite mis les drapeaux en berne.

« Après un combat de 32 ans contre la maladie de Parkinson, Mohamed Ali est décédé à l’âge de 74 ans. Le triple champion du monde des lourds est mort dans la soirée », avait annoncé vendredi soir le porte-parole de la famille, Bob Gunnell.

Le boxeur est mort d’un choc septique provoqué par des causes naturelles, a précisé ce dernier samedi, révélant que Mohamed Ali avait été hospitalisé dès lundi soir, et non jeudi comme annoncé initialement par la famille.

« Il se trouvait alors en bonne santé. Nous nous attendions à ce qu’il aille bien, car Mohamed s’est battu pour s’en sortir tant de fois », a-t-il expliqué. 

– Un style unique –

L’annonce de son décès a aussitôt déclenché une vague d’émotion, le monde de la boxe saluant à l’unanimité sa mémoire: « Dieu est venu chercher son champion », a déploré Mike Tyson.

L’histoire veut que Cassius Clay, petit-fils d’esclave, se soit mis à la boxe, enfant, pour se venger d’un gamin qui lui avait volé son vélo. 

Et très vite, à la force impressionnante de ses poings, il collectionne les victoires et les titres, celui de champion olympique à Rome en 1960, puis de champion du monde WBA en 1964 en battant Sonny Liston par KO au 7e round.

Le lendemain, il décide de changer de nom et se fait appeler Cassius X en l’honneur du leader des « Black Muslims », Malcolm X. Un mois plus tard, il se convertit à l’islam et prend le nom de Mohamed Ali.

Grâce à son style unique, les bras souvent ballants le long du corps, il conservera son titre mondial jusqu’en 1967, date à laquelle il refuse d’aller faire la guerre au Vietnam.

Il échappe à la prison mais est interdit de ring, vilipendé par une majorité de l’opinion publique américaine mais tenu par d’autres comme un pilier de la contre-culture et un champion de la cause des noirs qui se battent alors pour l’égalité des droits.

 « Je mesure peut-être 2,18 m, mais je ne me suis jamais senti aussi grand que lorsque j’étais dans son ombre », a déclaré la légende du basket Kareem Abdul-Jabbar, rappelant que « Mohamed avait volontairement sacrifié les meilleures années de sa carrière et s’était battu pour ce qu’il croyait juste ».

Déchu de ses titres, interdit de boxer pendant trois ans et demi, il redevient champion du monde en 1974, réunifiant les titres WBA et WBC lors de sa victoire par KO (8e round) sur George Foreman lors du mythique « Rumble in the jungle (combat dans la jungle, ndlr) » à Kinshasa, au Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo).

« Une partie de moi s’en est allée, la plus grande partie », a commenté Foreman alors qu’à Kinshasa, les Congolais se souvenaient du plus grand champion de tous les temps: « On a passé toute notre jeunesse avec Mohamed Ali, c’est lui qui nous a façonnés », rappelait Martino Kavuala, ancien boxeur amateur de 63 ans.

Il a ensuite perdu son titre aux points face à Leon Spinks le 15 février 1978 et l’a récupéré en prenant sa revanche le 15 septembre de la même année.

– ‘Comme Martin Luther King’ –

Retraité en 1979, il est contraint de remettre les gants deux ans plus tard, à 39 ans, faute d’avoir su gérer sa fortune.

C’est le combat de trop. En octobre 1981, il est tristement humilié par son compatriote Larry Holmes, trop fort pour lui (abandon, 11e reprise). Ali n’est alors plus « le plus grand » mais il s’entête. En décembre de la même année, une défaite face à Trevor Berbick sera son dernier combat.

Après 56 victoires en 61 combats, dont 22 en championnats du monde et 37 avant la limite, Ali raccroche définitivement les gants.

En 1996, il apparaît, malade et affaibli par la maladie de Parkinson, lors de la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques d’Atlanta où, tremblant, il avait difficilement embrasé la vasque olympique.

En 2005, il avait reçu la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute décoration civile aux Etats-Unis.

Barack Obama a appelé son épouse Lonnie pour lui présenter ses condoléances et a salué, dans un message émouvant, son rôle dans la lutte pour les droits civiques: « Il a été aux côtés de (Martin Luther) King et (Nelson) Mandela, il s’est élevé quand c’était difficile, il a parlé quand d’autres ne le faisaient pas. »

Ses apparitions en public étaient de plus en plus rares, la dernière remontait à avril à Phoenix, lors d’un dîner de charité pour lever des fonds pour la recherche contre la maladie de Parkinson.

« Il (Dieu) m’a donné la maladie de Parkinson pour me montrer que je n’étais qu’un homme comme les autres, que j’avais des faiblesses, comme tout le monde. C’est tout ce que je suis: un homme », avait déclaré le boxeur en 1987.

« Mohamed Ali ne mourra jamais », a assuré Don King, le promoteur du « Rumble in the jungle ». « Il est comme Martin Luther King. Son esprit vivra à jamais ». 

Mohamed Ali, le 19 octobre 1974, à Kinshasa, 11 jorus avant son combat légendaire contre George Foreman. © AFP

© AFP/Archives STRINGER
Mohamed Ali, le 19 octobre 1974, à Kinshasa, 11 jorus avant son combat légendaire contre George Foreman

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