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Décentralisation : le Pays « montre l’exemple » pour décharger la zone urbaine

Douze ans de projet, 1500 postes, 22 services et 6 ministères à relocaliser hors de Papeete, 27 milliards de francs d’investissement, sans compter les aménagements prévus à Taravao… Le « plan de décentralisation » annoncé ce mardi a de quoi impressionner par son ambition et ses chiffres. Mais l’exécutif a surtout tenté de déminer d’avance un débat d’autant plus inévitable qu’il est lancé à six mois des municipales. Jordy Chan et Moetai Brotherson ont voulu rassurer la zone urbaine, qui perdra pas accès à ses services publics, la Presqu’île, qui ne sera pas dénaturée, ou encore les fonctionnaires qui n’auront pas, d’après l’exécutif, à déménager en masse… 

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Un projet si « structurant » – le plus important, en termes d’investissement, « depuis la construction du Taaone » – méritait bien un exécutif au complet. Et ils étaient tous là, à la présidence, ce mardi matin, à l’exception de Nahema Temarii et de Warren Dexter, excusé, pour présenter le plan de décentralisation du Pays. Un plan préparé depuis de longs mois en « interministérialité », qui « implique tous les secteurs », comme le répète le président Moetai Brotherson. Mais qui est surtout porté par un ministre : celui des Grands Travaux, qui avait d’ailleurs vu ajouté à son titre le portefeuille de la « décentralisation » en février dernier.

C’est donc Jordy Chan qui était au micro devant la presse ce mardi, comme il l’avait été la veille, en comité de majorité, avant de l’être, l’après-midi même, devant les maires de Tereheamanu. Avec le même argumentaire : la zone urbaine de Papeete, qui regroupe 90% des administrations de Tahiti, 80% des emplois et 50% des résidents, est « saturée », « asphyxiée », paralysée par la congestion routière, le manque de foncier, ou le coût du logement. En dehors de la zone Paea – Mahina, les « inégalités spatiales » – l’accès aux infrastructures publiques, notamment – sont « alarmantes », les habitants perdent « en moyenne deux heures par jour » dans les bouchons pour rejoindre les centre d’activité… Bref c’est toute l’île qui doit être « rééquilibrée ». La solution est connue de longue date : créer un « vrai » second pôle d’activité, au Sud, autour de Taravao. Or, explique le ministre, l’administration du Pays, avec ses bâtiments vétustes en zone urbaine, qui doivent pour beaucoup être rénovés ou reconstruits, ses nouveaux outils numériques qui permettent de travailler à distance, et son millier d’agents qui résident loin de Papeete mais doivent rejoindre la capitale chaque matin, a « l’opportunité de montrer l’exemple » :

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Aucun doute, la « décentralisation » économique passera par la déconcentration des services administratifs, un terme qui n’est, étrangement, jamais cité alors qu’il parait plus adapté au plan présenté par le gouvernement.

Douze ans, trois phases et 27 milliards d’investissement

Car il s’agit bien de déconcentrer : 22 services et six ministères, totalisant 1500 postes de la fonction publique territoriale doivent être éloignés de Papeete d’ici 2037, avec trois fournées de déménagements dont la première, la plus importante, aura lieu dans sept ans, en 2032. D’ici là, il faudra avoir construit de nouveaux bâtiments, des « pôles administratifs fonctionnels » plus « adaptés, accessibles et accueillants » que ceux qui abritent aujourd’hui ces services : l’aménagement du territoire, puis de l’économie et le travail, et les services supports partiront à Taravao, pour un total d’un millier d’agents, le secteur primaire à Papara et l’éducation à Mahina (tout le détail ici). Il faudra aussi avoir terminé le chantier, particulièrement long en Polynésie, de la dématérialisation de l’administration, et développé, par anticipation, les communes réceptrices de ces services pour éviter de répéter les erreurs d’aménagement de la zone urbaine de Papeete, comme l’explique le président.

Jordy Chan, lui, insiste sur le caractère vital, pour l’économie polynésienne, de ce rééquilibrage évoquée depuis des décennies mais « jamais concrètement lancé ». Pourquoi ne pas avoir repris l’idée, plusieurs fois mise sur la table par le passé, de créer un autre port de commerce international à Faratea pour engendrer de l’activité à la Presqu’île ? Parce « c’était une lubie », répond le ministre : les études ont « depuis longtemps » montré qu’il faudrait « multiplier par 10 » la consommation ou la population de Tahiti pour amortir un investissement estimé à « plus de 100 milliards de francs ».

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La déconcentration des services, elle, est estimée, sur ses trois phases à 27 milliards. « Des montants importants », reconnait Moetai Brotherson, mais avec un « phasage dans le temps ». Le président assure pouvoir dégager ces sommes sur la période de douze ans, par les « efforts de désendettement » en cours et « sans renier » d’autres grands projets de campagne.

Déminer les débats à Papeete, à la Presqu’île et chez les fonctionnaires

Mais le gouvernement était surtout là pour rassurer ce mardi, et déminer par avance un dossier qui, à six mois des municipales, a de quoi créer du débat. D’abord du côté de l’agglomération de Papeete qui, avec son port et son aéroport, sa cité administrative et judiciaire, ses grandes zones d’industrie et d’activité, son offre culturelle ou ses équipements sportifs, « ne risque pas », même à long terme, d’être détrônée par Taravao. Le « principe numéro 1 » de ce plan de décentralisation table en outre sur un « maintien du service public en zone urbaine », avec des guichets importants conservés pour les administrations qui reçoivent du public (DICP, DTT, DAF, SEFI ou ISPF font notamment partie des services qui doivent être relocalisés à la Presqu’île).

Il s’agit ensuite de rassurer du côté des communes d’accueil, dont le gouvernement, malgré un ambitieux programme d’aménagement côté transports, logements, environnement, équipements culturels, sportifs veut « conserver les atouts ». Les « idées directrices » ont déjà été posées auprès des communes concernées, la définition des plans précis, se fera « avec elles », notamment à Taravao où un schéma d’agglomération doit être finalisé, en plus des travaux sur les PGA encore inexistants à la Presqu’île. Rassurant, enfin, envers les fonctionnaires, auprès de qui le Pays a prévu une importante campagne de communication ces prochains jours, et dont les syndicats représentatifs ont, eux aussi, eu le droit à une présentation du projet en Conseil supérieur de la fonction publique tout récemment. « Ce qu’on souhaite c’est que les postes délocalisés soient en priorité pourvus par des agents qui résident à proximité des locaux, à condition bien sûr qu’ils soient compétents dans ce poste, reprend le ministre. Donc on ne s’attend pas à un déménagement de 1500 agents. Il y aura certainement des déménagements, mais ça ne sera pas la totalité ». 

Un grand sujet de débat, à six mois des municipales 

Le gouvernement malgré toutes ces précautions, s’attend-il  à des débats houleux autour de ce grand projet, présenté à un peu plus de six mois des municipales ? « Sans discussion, ça ne serait pas drôle », répond Moetai Brotherson, qui assure que la première étape du débat, celle du comité de majorité – pas toujours la plus facile au Tavini – a laissé les élus de Tarahoi « très contents » :

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À voir si les tavana, élus d’opposition et autres candidats aux scrutins de mars prochains partagent cet enthousiasme.