
Bras armé du Pays dans ses investissements sportifs, l’IJSPF mène de front plusieurs grands chantiers pour préparer Tahiti 2027. Mais l’institut gère aussi une centaine d’autres installations réparties tout autour de la Polynésie, qui sont utilisées au quotidien par les scolaires, les clubs ou le grand public. Des équipements dans un état « catastrophique » d’après Nahema Temarii : un tiers seulement respectent les normes incendie, la plupart ne répondent pas aux normes sportives régionales. La ministre a demandé à l’institut de ne pas attendre les Jeux pour agir et risquer de « laisser pourrir les autres infrastructures socio-éducatives ». Des chantiers ont déjà été lancés.
Bassins olympiques éphémères à Mamao, montage et démontage de la tour des juges à Teahupo’o, réhabilitation de la piste du stade Pater, construction d’une salle de squash dans le même complexe… Depuis quelques mois, l’Institut de la jeunesse et des sports de Polynésie (IJSPF) tient une place de choix dans la rubrique marchés publics du Journal officiel. Il faut dire que l’établissement public, déjà central dans l’organisation de l’épreuve de surf des Jeux Olympiques, a été désigné comme bras armé du Pays pour mener les chantiers et les investissements de Tahiti 2027.
Et il reste encore beaucoup à faire : réhabilitation des grands stades, constructions nouvelles, à Hitia’a pour l’athlétisme ou à Faa’a pour le ping-pong ou le badminton, rénovation des sites des « clubs bâtisseurs »…. La ministre des Sports Nahema Temarii, dans le studio de Radio1 mardi assurait que le gouvernement « fait tout ce qui est en son pouvoir pour être prêt dans les temps », que le Conseil des Jeux était « pleinement conscient depuis mon arrivée que toutes les structures ne seront pas prêtes un an avant les Jeux », comme c’est prévu – et rarement respecté – à chaque édition. Aux inquiétudes sur le rythme des études et des chantiers, la ministre répond en appelant à « avancer ensemble et à se fédérer », et en renvoyant la balle vers la mandature Fritch : « si on s’était occupé de ces Jeux avant qu’on arrive au gouvernement, on serait peut-être dans d’autres dispositions. »
« Il n’est pas question de laisser pourrir les autres infrastructures socio-éducatives »
Mais la ministre insiste aussi sur un point important. Ces grands investissements – 13 milliards de francs côté Pays, et 2,2 pour l’État qui, malgré la rigueur budgétaire à Paris, a confirmé ses financements – ne doit pas faire oublier les autres missions de l’IJSPF. « L’institut s’est consacré, l’année dernière et l’année d’avant, sur les Jeux olympiques et maintenant sur les Jeux du Pacifique, mais j’ai pris un engagement et j’y tiens : on ne peut pas attendre la fin de nos manifestations exceptionnelles pour s’occuper du quotidien, appuie-t-elle. Aujourd’hui, le diagnostic est triste : nos infrastructures sur l’ensemble du territoire ne sont pas en bon état ». Voir même dans un état « catastrophique », alors que ces équipements « sont très importants pour nos jeunes, nos sportifs, pour les publics scolaires ». Bref, « Il n’est pas question de laisser pourrir les autres infrastructures socio-éducatives », insiste-t-elle.
Il faut dire que l’IJSPF et sa centaine d’agents gèrent et entretiennent, en plus de leurs missions de formation, d’appui aux grandes manifestations et de développement du haut-niveau, un patrimoine très important, très divers et surtout très dispersé. Pater, Napoléon Spitz à Fautaua, Aorai Tini Hau pour le va’a, Henri Hiro ou Oremu à Faa’a, Punaruu, Taina, Auae, Vaiete… Dans la seul zone urbaine cohabitent une dizaine de grands complexes sportifs, complétés, à Tahiti, par des sites spécialisés – sports mécanique à Vaitarua, surf à la Taharu’u… – des installations attachées à des établissements scolaires (Taiarapu Nui, collège de Taravao, Vaihi à Hitia…) et des terrains et plateaux sportifs divers jusqu’à Tautira. S’ajoutent les sites de Moorea, et surtout dans les îles : complexes sportifs à Uturoa ou Haamene aux Raromatai, à Hakau ou Patoa aux Marquises, à Rapa et Tubuai aux Australes, là encore complétés par des équipements plus petits disséminés sur 9 îles et 4 archipels. Tous sauf les Tuamotu-Gambier. Au total, l’institut qui fête ses 45 ans cette année gère 37 complexes et une centaine d’installations.
« Au moins la sécurité »… Si possible l’éclairage
« Si on ajoute les infrastructures communales, celles qui relèvent des associations, les sports sont plutôt bien lotis en Polynésie, c’est ce que montre un recensement qui est en cours de finalisation, reprend Nahema Temarii. Mais on a pas été très bon pour maintenir ces équipements. » La faute selon la ministre à un manque d’investissement chronique mais aussi un manque d’organisation et de communication au sein de l’IJSPF. « C’est compliqué pour nos agents de terrain, quand ils sont dans les îles éloignées, de faire des demandes, auxquelles la direction de l’époque ne répondait, de ce que j’ai ouï dire, jamais. Donc aujourd’hui il est question de faire remonter ces besoins et de venir apporter au moins la sécurité quand on ouvre au public. »
D’après les données versées au débat budgétaire, fin 2024 seules 15% des installations sportives du Pays sont aujourd’hui totalement aux normes : 68 % ne respectent pas la réglementation incendie – un chiffre que le gouvernement veut faire baisser à 55% cette année – 78% des installations ne sont pas aux normes handisports et 55% ne répondent pas aux exigences sportives régionales.
Des travaux de rénovation, d’agrandissement ou de modernisation ont donc été lancés, pour certains, d’ailleurs, sous l’ancienne mandature. Ainsi le pôle de combat de Punaruu – accolé au stade – ouvrira cette année, la réhabilitation du complexe sportif de Afaahiti ou de la salle omnisports de Pueu ont bien avancé, le complexe sportif de Patoa, à Nuku Hiva, a subi une transformation profonde, Rapa ou Oremu ont des travaux plus petits, et des améliorations sont en cours ou à l’étude à Paihoro (nouveau portail pour le site de Vaitarua), Taravao (extension de la salle omnisports)… ou à Moorea. Un investissement conséquent – plus de 160 millions de francs – avait été acté voilà quelques années pour enfin éclairer le stade John Teariki de Afareaitu, les pylônes vont bien être posés, mais le Pays attend des réponses de la mairie sur la capacité du réseau électrique chancelant de l’île soeur. « On va faire l’installation, mais on ne sait toujours pas si on peut brancher », regrette la ministre.
D’autres besoins sont déjà recensés, sur des mises aux normes, ou des améliorations pour permettre de donner à ses équipements un maximum d’intérêt. La question des éclairages revient souvent, les clubs sportifs, à la Presqu’île ou ailleurs, se plaignant de devoir s’exercer « dans les phares des voitures » à la nuit tombée. « On a lancé des études sur cette question » et pour le reste « on va faire les choses dans l’ordre », assure la ministre, qui a, en outre, demandé à l’IJSPF de ne pas oublier son « J » : mis à part le Fogep de Vairao, dédiée au campisme, aucune infrastructure du Pays n’est spécifiquement dédié à la Jeunesse. Une réflexion à mener pour l’IJPSF, dans le cadre de l’application du Schéma directeur de la jeunesse, qui vient d’être validé en commission de l’assemblée. Et de potentiels chantiers supplémentaires, qui attendront, probablement, eux, la fin des Jeux.
| Du mouvement au cabinet de Nahema Temarii
Le cabinet de la ministre des Sports, de la Jeunesse, de la Prévention contre la délinquance et de l’Artisanat s’apprête à changer à la fois de directeur et de cheffe de cabinet. Deux piliers de l’action de la ministre, et deux sièges jusqu’à présent occupés par Lionel Lao et Pure Nena. Un arrêté a déjà signifié la fin de mission du premier au 31 mars. Lionel Lao, comme l’avait déjà ébruité la page Les Cancans de Maohi Nui, a pris du galon dans l’administration et devrait rejoindre le cabinet de la présidence, qu’il avait quitté pour les Sports au début du mandat. Il devrait être remplacé, suivant la même page Facebook, proche des partis autonomistes, par Tamara Drapé-Pommier, dans le conseil privé depuis deux ans après être passée par le cabinet de Nicole Bouteau ou l’ICPF. Pure Nena prend lui congé de son poste ce vendredi, pour des raisons personnelles et familiales d’après sa ministre. Les « Cancans », qui décidement suivent de près les activités de Nahema Temarii, assurent qu’une place de directeur adjoint de l’IJSPF lui est promise. La fonction doit effectivement être créée très prochainement par le conseil d’administration de l’institut, confirme la ministre, justement pour aider l’actuel directeur à mener les différentes missions qui lui sont confiées de front. Mais un appel à candidature sera lancée et le poste attribué « dans les règles », ajoute-t-elle, tout en précisant qu’un connaisseur des dossiers du moment serait un « atout ». |