EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Des cancers et des polynésiens : la France doit-elle passer à la caisse ? – Edito 20/03/2018

Le 4 février 2016, il y a un peu plus de deux ans donc, je vous proposais un édito qui s’appelait « Aidons une maman à retrouver son enfant ». C’est une des seules fois où je me suis à ce point impliqué dans une cause privée de ce type car j’étais extrêmement touché. Je vous racontais ainsi l’histoire du petit Jacob à qui on avait diagnostiqué une leucémie lymphoïde. La CPS ne prenant en charge que le transport d’un parent avec l’enfant dans le cas d’un Evasan, le papa était parti, et il fallait aider le financement du voyage de la maman et du petit frère. Un formidable élan de solidarité avait été déployé afin d’y contribuer.

C’est le cœur terriblement lourd que j’ai appris ce week-end que Jacob était devenu un petit ange et qu’il avait quitté le monde des hommes. Fatigué de se battre il avait voulu revenir au Fenua pour s’y reposer à jamais. C’est tellement dur, tellement injuste la mort d’un petit, mais il faut absolument ici le voir comme une délivrance pour lui après deux ans de traitements lourds avec des chimiothérapies qui sont déjà tellement compliquées à supporter pour des adultes.

Jacob était un aito, même s’il n’a pas gagné son combat contre la maladie, sa valeur de guerrier n’en est pas pour autant entamée tant il a fait preuve d’un courage absolument inouï. Aux yeux de tous, et de son petit frère en particulier il restera un incroyable exemple dont on peut être fier.

Comme l’a relevé Moetai Brotherson à l’Assemblée Nationale hier, la leucémie est en effet une maladie radio induite. Touché par le décès de ce petit, il a ainsi décidé d’introduire deux propositions de loi.  La première consiste à rajouter au dispositif existant de la loi Morin, la prise en compte des « victimes indirectes ». La seconde vise à permettre une prise en charge complète des frais médicaux et paramédicaux des victimes reconnues des essais nucléaires français, non plus par les systèmes de protection sociale des territoires, mais bien par l’État français, avec un financement prélevé sur le secteur du nucléaire civil.

C’est une proposition très pertinente même si dans l’absolu que ce soit EDF ou l’État qui paye il faut que quelqu’un s’y colle car cela a trop duré. En dehors des leucémies, il est devenu par ailleurs particulièrement nauséabond de feindre le manque de bol à propos du nombre de cas de cancers de la thyroïde dans ce pays même pour ceux qui sont nés ou arrivés au Fenua après les expérimentations. Que cela me soit arrivé à 30 ans sans antécédents familiaux est une chose, mais lorsque hier j’apprenais que c’était le fils d’un ami âgé de 21 ans qui avait été diagnostiqué et qui allait devoir vivre ce que j’ai vécut, c’est effarant et injuste. J’espère au moins que lui il supportera le nouveau Lévothyrox qui me lamine comme des milliers d’autres depuis des mois. Une cerise sur le gâteau dont nous nous serions bien passés. Je ne vais pas sombrer dans la rancœur et verser dans les accusations de crime contre l’humanité, mais cela suffit de cacher cette vérité que l’on ne saurait voir, qu’elle prenne ses responsabilités, il est temps que la France paye.

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