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Des policiers disent leur ras-le-bol lors d'une manif de nuit sur les Champs-Elysées

Paris (AFP) – Plusieurs centaines de policiers ont manifesté de manière exceptionnelle à Paris, mardi soir, sans mot d’ordre syndical, pour exprimer leur ras-le-bol après l’attaque contre leurs collègues à Viry-Châtillon (Essonne), faisant fi du devoir de réserve rappelé par leur hiérarchie. 

Des SMS ont circulé en fin d’après-midi lundi annonçant la formation d’un cortège de l’Essonne qui « montera ce soir, face à l’hôpital Saint-Louis (…) pour y être à 23H30 et pourra être rejoint par les départements voisins ».

« Face à une hiérarchie carriériste, des élites syndicales enlisées dans leurs conflits, et une justice complètement désintéressée par notre sort, nous devons nous souder. Entre bleus », était-il écrit.

A « minuit et demi, ils étaient environ 400 dont un large contingent venu du 91 » devant l’hôpital parisien où est hospitalisé un adjoint de sécurité de 28 ans, très grièvement brûlé aux mains et au visage après l’attaque au cocktail molotov de son véhicule le 8 octobre dans le quartier de la Grande Borne (cité sensible de Grigny, limitrophe de Viry-Châtillon), selon une source policière.

Vers une heure du matin, le cortège a pris la direction des Champs Elysées. En tenue civile, dans des véhicules banalisés ou appartenant à la flotte officielle de la police, gyrophares allumés, ils ont perturbé pendant plus d’une demi-heure la circulation autour de l’Arc de Triomphe ainsi que sur l’avenue la plus célèbre du monde aux alentours de 01H00 du matin, avant de se disperser, a constaté un journaliste de l’AFP. Au préalable, ils avaient entonné la Marseillaise au pied de l’Arc de triomphe.

« Nous sommes à bout », a lâché l’un d’eux.

« On s’est organisé nous-mêmes, par les réseaux sociaux et le bouche à oreille », a expliqué à l’AFP une source policière. Avant le départ « le DDSP (directeur départemental de la sécurité publique, ndlr) est venu tenir son discours », selon la même source. Le rassemblement policier se tenant sur un parking, le directeur, « nous a comparé à des gitans, et nous a menacés de révocations et de conseils de discipline », a précisé la même source, ajoutant que les policiers ont alors tourné le dos à leur supérieur.

– ‘devoir de réserve et de loyauté’-

D’autres rassemblements avaient déjà eu lieu en Essonne les jours précédents notamment devant la préfecture et le siège de la DDSP à Evry, puis devant le commissariat de Savigny-sur-Orge (où travaille l’adjoint de sécurité blessé), selon une source policière.

« D’autres rassemblements, sans doute plus ponctuels et désordonnés devant des lieux symboliques, sont à prévoir », prévient cette source.

Mardi matin, le préfet de police, Michel Cadot a rappelé aux policiers leur « code de déontologie » et leur « devoir de réserve et de loyauté à l’égard des institutions de la République » dans une note dont l’AFP a eu copie.

« L’organisation de rassemblements durant le temps de service et avec des matériels administratifs, ayant pour objectif d’attirer l’attention sur des revendications ne serait pas acceptable », écrit le préfet.

Une note semblable avait été éditée par le directeur général de la police nationale, Jean-Marc Falcone, dès lundi, alors que circulaient les SMS, « en vain apparemment », selon une source policière.

« On peut comprendre le ras-le-bol des policiers qui exercent dans ces quartiers et ne voient pas depuis des années les décisions politiques faire changer la situation sur le terrain », a réagit Christophe Rouget du syndicat SCSI qui avait appelé le 11 octobre à manifester devant les commissariats en solidarité avec leurs collègues attaqués, et avaient réclamé plus de moyens et davantage de fermeté.

Outre cette attaque dans l’Essonne, les forces de l’ordre ont également fait face ces derniers jours à un guet-apens suivi d’échauffourées avec une centaine de jeunes dans le quartier sensible du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie (Yvelines) ou encore une manifestation de soutien à de jeunes nationalistes corses qui a violemment dégénéré à Bastia, plusieurs dizaines de personnes jetant des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre et leurs véhicules.

Environ 500 policiers se sont rassemblés sur les Champs-Elysées dans la nuit du 17 au 18 octobre 2016. © AFP

© AFP STRINGER
Environ 500 policiers se sont rassemblés sur les Champs-Elysées dans la nuit du 17 au 18 octobre 2016

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