Radio1 Tahiti

Elle tente de se supprimer avec sa famille en mettant le feu à la maison

Un couple comparaissait ce mardi devant le tribunal correctionnel pour mise en danger d’autrui et violences conjugales en présence d’un mineur. Lors d’une dispute devant leurs enfants, le couple avait échangé des coups et la femme avait tenté de mettre le feu à la maison, pour en finir avec la vie. Elle a écopé de trois ans de prison avec sursis et son mari à un an de prison avec sursis.

Heirani, 44 ans, a la rancune tenace. Trompé par sa femme au début de leur relation, il y a 18 ans, il n’a cesse de ressasser cet épisode et en remet une couche à chaque fois lors des fréquentes disputes qu’il a avec son épouse, Sarah. D’ailleurs cette péripétie est à l’origine de la plupart de leurs prises de bec. Mais en février 2024, c’est allé trop loin et il y aurait pu avoir des victimes. Sarah, 46 ans, déficiente intellectuelle légère à l’âge mental estimé entre 9 et 12 ans d’après un expert, n’en peut plus. Elle s’empare d’un bidon de pétrole de 5 litres arrose le sol de son fare et y met le feu. S’étant renversé du liquide par mégarde, elle commence à s’enflammer. Dans la maison, il y a ses trois enfants, dont l’ainé est autiste. Heirani intervient et réussit à éteindre les flammes sur elle, se brulant lui aussi au passage. Il sort le bidon de pétrole et les enfants de la maison. Plus de peur que de mal. Les pompiers arriveront à temps pour circonscrire l’incendie.

L’origine de cet accès de folie ? Encore et toujours cette fameuse tromperie.  Sarah est artisane, c’est elle qui ramène de l’argent à la maison. En rentrant de son travail, ce jour là, elle trouve son mari avec une bouteille de rhum et un stick de paka à la main. Elle est fiu. Elle travaille pour subvenir aux besoins familiaux et Heirani, sans emploi, n’a de cesse de dilapider l’argent en alcool et paka. Le ton monte, comme à son habitude Heirani lui reproche de l’avoir trompé, et des coups sont échangés. Elle n’en peut plus, elle craque. Elle met le feu à la maison.

« Mon but était de bruler la maison, de me tuer, tuer mon mari et mes enfants, j’étais à bout. »

« Pourquoi vous avez fait cela ? » interroge le juge, « j’en ai ras le bol, c’est toujours la même chose » rétorque Sarah, « il me fait toujours le même reproche. » Elle confie que plusieurs fois elle a voulu mettre fin à ses jours, préparer une corde pour se pendre, mais « je n’en ai jamais eu le courage. » Le juge cherche à comprendre, « pourquoi vous voulez mourir ? », « il m’oblige à avoir des rapports sexuels et je ne veux pas et à chaque fois il me rappelle ma tromperie pour me forcer. » Elle avouera aussi que cette fois elle était bien décidé à en finir, « mon but était de brûler la maison, de me tuer, tuer mon mari et mes enfants, j’étais à bout. »

Le juge toise Heirani. « Vous avez entendu ? elle est désespéré pour faire cela, malheureuse », « c’est plutôt moi le malheureux, elle m’a trompé », « mais il y a longtemps » s’étonne le magistrat. « Ça reste là » assure Heirani avec aplomb.

« Elle veut se supprimer, ok. Mais vouloir supprimer toute sa famille, c’est autre chose ! »

Sur Sarah, l’expert déclarera qu’elle est vulnérable, immature et qu’au moment des faits son discernement était altéré. Il lui déconseille de reprendre la vie commune. Cela fait deux ans qu’Heirani et elle ont divorcé. Son casier judiciaire est exempt de condamnation. Ce qui n’est pas le cas d’Heirani qui accumule conduite en état d’ivresse et violences conjugales.

Pour la procureure, ce sont « des faits gravissimes. Elle a mis en danger ses enfants. Elle est malheureuse d’accord, elle veut se supprimer, ok. Mais vouloir supprimer toute sa famille, c’est autre chose ! » Pour autant, « elle a enduré beaucoup de choses et son mari la frappe. Les deux sont responsables. » Elle réclame 3 ans de prison avec sursis et un suivi psychiatrique pour Sarah et deux ans de prison dont un avec sursis à l’encontre de Heirani.

Pour la défense de Heirani, son avocate avance qu’il s’est mis en danger pour sauver Sarah des flammes et demande qu’il n’y ait pas de peine ferme contre lui. Quant à l’avocat de Sarah, il s’interroge sur ce qu’une « femme âgée mentalement de 12 ans, une maman, une épouse victime de ces violences sur une période de 18 ans devrait-elle être reconnue coupable ? » Il demande la relaxe ou au maximum qu’elle soit condamné à du sursis. Sarah a été condamnée à une peine de trois ans avec sursis quant à Heirani à un an avec sursis.