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Equateur: inlassable quête des sauveteurs pour trouver des survivants

Manta (Equateur) (AFP) – Des sauveteurs venus de tout l’Equateur, mais aussi d’autres pays comme le Mexique fouillaient inlassablement dans la nuit de lundi à mardi les ruines de Manta, en quête de survivants, 48 heures après le séisme dévastateur.

« Si quelqu’un m’entend, qu’il crie ou fasse un bruit ! ». Une fois, deux fois, le pompier hurle, juché sur un monticule de décombres. 

« Silence ! », lancent les autres pour faire taire les pelles mécaniques, entrées en action un peu partout dans cette station balnéaire de 253.000 habitants, sur la côte Pacifique équatorienne.

Là se trouvait un petit hôtel. Au rez-de-chaussée, deux magasins d’alimentation et de friandises. « Nous avons entendu un raclement. Il y a de la vie », précise à l’AFP Freddy Arca, capitaine des pompiers de la ville de Portovello, arrivé lundi à l’aube avec 15 volontaires.

« Nous savons qu’il y a un homme, sa femme et leur bébé de deux mois. Il se peut qu’il y ait neuf autres personnes », ajoute-t-il sur fond de coups de masses, tronçonneuses et perceuses qui reprennent leur bruit assourdissant.

Le couple dirigeait l’hôtel Arecife. Mais de Stalin René Hidrovo, 23 ans, Maria Belen Delgado, 18 ans, et de leur fillette Elmy, les pompiers n’ont jusque là trouvé que des papiers d’identité.

– Trouver des morts en cherchant des vivants –

« Il semble qu’ils soient restés bloqués au milieu, en tentant de sortir », ajoute Ruben Gallard, le propriétaire de l’établissement qui se démène pour orienter les secours. Cet Argentin de 58 ans, marié à une Equatorienne, a « tout perdu ». « Il ne nous reste même pas de vêtements », dit-il.

Non loin, deux jeunes femmes, les yeux rouges d’avoir trop pleuré, vont et viennent, nerveuses. « Mon frère Irvin est dessous. Il était en vacances avec son épouse », lâche Samanta Herrera, 27 ans, accourue dans la nuit de samedi depuis Los Rios Quevelo, à trois heures de route. « Les pompiers ne sont là que depuis ce matin. L’Equateur n’est pas préparé pour une telle catastrophe! », se révolte-t-elle.

Sa belle-soeur, Paola Alercon, 30 ans, se raidit à chaque cri des pompiers. Partie faire des courses juste avant le séisme, elle a ensuite tenté d’appeler son mari. « Le portable ne sonnait plus. » Depuis, elle n’ose s’éloigner et dort par intermittence, dans la voiture.

A nouveau, les pompiers s’arrêtent. Le capitaine demande au plus mince de se glisser dans l’ouverture dégagée au marteau-piqueur entre deux plaques de béton. L’homme remontera, livide. « En cherchant les vivants, il a trouvé deux morts. Mais on entend encore le raclement », explique Freddy Arca.

Au coin de la rue, deux jeunes sont assis, devant un autre hôtel effondré comme des dizaines de bâtiments de la ville. Ils lisent le quotidien local La Marea (La Marée), rempli d’images des dégâts causés samedi soir par ce séisme de magnitude 7,8. « 65 morts à Manta », titre la Une. En fin d’après-midi, le bilan avait augmenté à 93, selon le parquet.

– Un espoir de vie, fragile –

Dans les ruines de l’hôtel Arecife, les pompiers sont sur le point de renoncer: ils n’entendent plus un bruit. Ils se regroupent pour prier. 

Arrivent alors six secouristes de Cadena, ONG spécialisée de Mexico. Leur chien Enzo, un berger malinois, se met à fureter dans les décombres, mais revient toujours autour de l’ouverture creusée par les pompiers. Une secouriste s’approche, équipée d’un « localisateur de vie », sorte de scanner. « Nous avons capté des vibrations, la respiration d’une personne, un signal de vie », dira ensuite à l’AFP la cheffe d’équipe, Joanne Joloy, 25 ans.

La nuit est tombée sur Manta, privée d’électricité. Des militaires patrouillent les rues, enjambant câbles et décombres, pour éviter les pillages. Matraque en main, ils empêchent aussi les habitants de prendre des risques en tentant d’entrer dans leurs maisons branlantes. Par moment, de légères répliques sèment la panique. Les gens s’éloignent en courant des immeubles fissurés.

A la lueur des phares des ambulances et de projecteurs, dans le ronronnement des groupes électrogènes, alors qu’alentour l’odeur de corps en état de décomposition se fait plus prégnante, Freddy Arca et ses pompiers continuent. Près de 15 heures qu’ils espèrent dégager un survivant. Le temps passant, l’espoir s’amenuise.

Des sauveteurs au milieu des décombres le 18 avril 2016 à Portoviejo . © AFP

© AFP JUAN CEVALLOSDes sauveteurs au milieu des décombres le 18 avril 2016 à Portoviejo

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