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Esteville, où repose l'abbé Pierre, entretient la flamme du souvenir

Esteville (France) (AFP) – Village de quelque cinq cents âmes, perdu dans les champs de Seine-Maritime au nord-est de Rouen, Esteville, où repose l’abbé Pierre, mort il y a dix ans, entretient activement la flamme du souvenir du fondateur d’Emmaüs, incarnation du catholicisme social engagé. 

A l’écart des grandes voies de circulation, la petite commune est un lieu de pélerinage pour qui veut rendre hommage ou mieux connaître l’inlassable défenseur des humbles et des sans logis, qui fut une personnalité immensément populaire en France et très respectée à l’étranger.

La commémoration de l’anniversaire de la disparition de l’illustre prêtre, le 22 janvier 2007, à l’âge de 94 ans, devait être marquée dimanche par une marche entre le Centre Abbé Pierre-Emmaüs où il habitait à la fin de sa vie et le cimetière où il est enterré, sans pierre tombale, au milieu d’une vingtaine de compagnons, à côté de l’église.

« Une clé d’un nouveau logement construit par Emmaüs l’an dernier sera symboliquement déposée sur sa tombe afin de montrer que son oeuvre se poursuit », explique Philippe Dupont, directeur du centre Emmaüs.

Puis une messe doit être célébrée dans l’après-midi par l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, en la petite église Saint-Firmin, où l’abbé a célébré quelques offices après son arrivée à Esteville, en 1964.

« A l’époque, il se déplaçait dans une 4L toute cabossée avec volant à droite », se souvient le maire, Roger Léger, 77 ans.

Quand il prend possession de la propriété d’Esteville, qui lui fut léguée en avril 1964, l’abbé Pierre, âgé de 52 ans, pense déjà à ses vieux jours et à ceux de ses compagnons d’Emmaüs. Il y vivra d’abord par intermittence puis de façon prolongée sur la fin de sa vie.

D’abord communauté de compagnons bâtisseurs, le lieu deviendra maison de retraite puis centre d’hébergement.

Depuis 2012 le centre se décrit à la fois comme « lieu de mémoire et lieu de vie ». Il a déjà reçu 34.000 visiteurs.

– bricoleur impénitent –

La partie muséale, d’une scénographie très étudiée, retrace l’épopée d' »Henri Grouès dit l’abbé Pierre », scout puis moine, résistant maquisard dans le Vercors, député en Lorraine après la Libération (apparenté MRP), militant pacifiste, fondateur en 1949 du mouvement Emmaüs puis d’Emmaüs international, qui compte aujourd’hui 350 organisations dans 37 pays.

Son combat, les « couche-dehors » et notamment son coup d’éclat de l’hiver glacial 1954 avec son appel sur les ondes de radio Luxembourg provoquant « l’insurrection de la bonté », un immense mouvement de générosité poussant le gouvernement de l’époque à agir, sont abondamment relatés.  

Les pièces les plus émouvantes sont sa petite chapelle, dans laquelle il disait la messe, et sa chambre, restée quasiment intacte, et qu’il occupait encore trois semaines avant d’être emmené à l’hôpital du Val de Grâce où il décèdera d’une infection pulmonaire.

« Ce n’est pas une chambre mise en scène, elle correspond à 99% à celle qu’il a laissée », assure M. Dupont.

Incroyable bric-à-brac, elle est lieu de repos, bureau, bibliothèque, cabinet de toilette et … atelier. Infatigable bricoleur, il confectionnait tous ses meubles, évidemment avec des pièces de récupération. « Je me meuble en style Louis-caisse » plaisantait-il.

Seuls détails mis en scène, sa bure marron et une ses cannes ont été posées sur le lit, et sa redingote grise placée sur le dossier de sa chaise. Pour les besoins de la visite une cloison a été abattue, remplacée par une vitre à mi-hauteur.

Cette chambre raconte tellement de choses sur le personnage qu’elle va faire bientôt l’objet d’un documentaire.

Le centre ne cultive pourtant pas la nostalgie et tente de faire vivre son message auprès des scolaires et organise des expositions.

Dix ans après sa mort, « son héritage est énorme », constate l’écrivain René Poujol, citant son action pour le logement, les banques alimentaires, le recyclage, l’économie sociale et solidaire, sa lutte pour la paix et les peuples opprimés.

Il a été « un vagabond de l’amour », « un géant de la charité », estime pour sa part l’archevêque de Rouen.

  

    

   

L'abbé Pierre le 03 mars 2005 dans les locaux de l'association Droit au logement (DAL) à Paris. © AFP

© AFP/Archives ERIC FEFERBERG
L’abbé Pierre le 03 mars 2005 dans les locaux de l’association Droit au logement (DAL) à Paris

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