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Etat d'urgence: Hollande bat le rappel pour une "garde nationale"

Paris (AFP) – Après l’Assemblée dans la nuit, le Sénat doit à son tour voter mercredi une prolongation de l’état d’urgence pour six mois, moins d’une semaine après l’attentat de Nice, alors que François Hollande appelle à la mobilisation des Français pour constituer une « garde nationale ».

Le Sénat débattra à 17H00 de la prolongation jusqu’à fin janvier de ce régime d’exception, en vigueur depuis les attentats du 13 novembre.

Une prolongation de trois mois avait été décidée par François Hollande quelques heures après l’attaque au camion, revendiquée par l’organisation État islamique, ayant fait 84 morts et 300 blessées le 14 juillet à Nice.

Peu avant 05H00 mercredi, au terme d’un examen marathon, les députés ont massivement adopté, par 489 voix contre 26 et 4 abstentions, ce quatrième projet de loi de prorogation, tout en la portant à six mois comme le demandaient Les Républicains.

Mais cet unanimisme au moment du vote global, dans un hémicycle bien plus garni que d’ordinaire, masque de profondes divergences droite-gauche, notamment sur le placement du curseur des réponses au terrorisme. 

Alors que Les Républicains ont encore réclamé de « changer le droit », Manuel Valls a rejeté toute « législation d’exception », notamment des centres de rétention pour les personnes suspectes.  

« Ce texte a été complété par tout ce qui peut accroître l’efficacité, sans rompre avec l’État de droit », a argumenté mercredi matin François Hollande lors d’une visite au Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier (Dordogne).

« Le risque serait de céder sur nos libertés, sans rien gagner sur notre sécurité. Jamais jusqu’au terme de mon mandat je ne considérerai l’État de droit comme un obstacle, car ce serait la fin de l’État », a insisté le président.

Le Sénat, à majorité de droite, va cependant chercher à muscler le texte issu de l’Assemblée, qui rétablit déjà les perquisitions administratives suspendues en mai, et prévoit la saisie et l’exploitation des données informatiques et des téléphones portables.

Le texte ayant peu de chances d’être adopté dans les mêmes termes au Sénat, une Commission mixte paritaire députés-sénateurs devra se réunir, peut-être dès mercredi soir. Le projet de loi pourrait être adopté définitivement jeudi en cas d’accord, voire vendredi en cas d’échec.

– Hollande : « La colère est légitime » –

Depuis l’attentat de Nice, troisième attaque meurtrière massive en 18 mois, le pays est marqué par l’émotion, mais aussi la tension, avec un raidissement de la classe politique à l’approche d’échéances électorales.

Mercredi, après un premier incident en commission, la discussion dans l’hémicycle a été souvent tendue. Elle a frôlé l’incident autour de propos de Laurent Wauquiez (LR) sur le sort à réserver aux « ennemis de la République », dénoncés par Manuel Valls comme une « stratégie » s’écartant de « la droite républicaine ». 

« La colère est légitime » mais celle-ci « ne peut dégénérer dans la haine et la suspicion », a averti M. Hollande, deux jours après les sifflets essuyés par son Premier ministre à Nice.

C’est dans ce contexte que le chef de l’État a appelé mercredi à s’investir dans les différentes réserves pour constituer une « garde nationale » de fait, une idée évoquée devant le Congrès après les attentats du 13 novembre.

Quinze mille réservistes opérationnels de gendarmerie et de police seront disponibles « d’ici la fin du mois », contre 12.000 actuellement, pour « assurer la sécurité des différents événements de l’été ». La Défense va « mobiliser les 28.000 titulaires d’un contrat d’engagement pour qu’ils se tiennent prêts pour les prochaines semaines ».

M. Hollande a en outre décidé de « recourir à la réserve opérationnelle de 2e niveau », soit « un vivier supplémentaire de 10.000 retraités de la gendarmerie ». Il a rappelé aussi sa demande, formulée en janvier, que le nombre de réservistes de l’armée passe à 40.000 en 2019, contre 28.000 actuellement.

Côté enquête, la totalité des 84 victimes tuées dans l’attentat ont été formellement identifiées. « Quinze personnes sont encore entre la vie et la mort », a indiqué M. Hollande. Les obsèques des victimes à travers la France devraient se poursuivre mercredi et toute la semaine.

La garde à vue d’un second suspect, un homme de 22 ans, destinataire d’un SMS évoquant des « armes » envoyé par le tueur de Nice quelques minutes avant l’attentat, a été prolongée mercredi matin au-delà de quatre jours. Cinq suspects étaient toujours entendus dans les locaux des services antiterroristes de Levallois-Perret, près de Paris. 

Aucun n’était connu des services de renseignement, de même que le tueur Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Son allégeance au groupe État islamique (EI), qui a revendiqué l’attentat, n’est pas démontrée à ce stade.

Le président Hollande (au c.) et le directeur général de la gendarmerie Denis Favier (à g.) devant des réservistes en formation à Saint-Astier (Dordogne), le 20 juillet 2016. © AFP

© AFP MEHDI FEDOUACH
Le président Hollande (au c.) et le directeur général de la gendarmerie Denis Favier (à g.) devant des réservistes en formation à Saint-Astier (Dordogne), le 20 juillet 2016

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