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Extorsion de fonds et menaces: Fofana condamné à dix ans de prison

PARIS (AFP) – L’ancien chef du « gang des barbares », Youssouf Fofana, a été condamné mardi à dix ans de prison pour des dizaines de tentatives d’extorsions de fonds et menaces de mort entre 2002 et 2004, lors d’un procès où il n’a fait qu’une brève apparition.

Le tribunal a assorti la peine d’une période de sûreté des deux tiers. Il a suivi les réquisitions du procureur qui a exprimé sa déception devant « une audience » qui aurait pu être « capitale » pour comprendre « la dynamique » qui a conduit Fofana d’affaires de tentatives d’extorsion de fonds à l’assassinat en février 2006 d’Ilan Halimi. « Mais, M. Fofana a coupé court au débat judiciaire », a-t-il déploré.

« Il était intéressant de savoir ce qu’était devenu le bourreau d’Ilan Halimi, la réponse est là: il n’a pas changé », a tranché le magistrat, évoquant un individu « à la détermination sans faille », « obnubilé par l’argent ». « Je n’ai jamais dit qu’un prévenu était monstrueux mais ce qu’il a fait est monstrueux », a-t-il lancé.

Youssouf Fofana a été condamné en juillet 2009 pour l’assassinat d’Ilan Halimi à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. A ce titre, il pourra déposer une demande de remise en liberté dans 12 ans, en 2028. La nouvelle condamnation ne modifie en rien ce calendrier.

La justice le poursuivait cette fois pour des tentatives d’extorsion de fonds accompagnée de menaces de mort commises entre avril 2002 et octobre 2004 au préjudice de 42 personnes, des chefs d’entreprises et personnalités.

Alors que la présence du prévenu à son procès était incertaine, Fofana a bien pris place mardi dans le box des accusés, solidement encadré par quatre gendarmes.

Interrogé sur son identité, l’ex-chef du « gang des barbares », crâne rasé, fine barbe, vêtu d’une veste de costume sur une chemise à carreau à lâché: « Je suis un trader de la terreur », avant de préciser qu’il souhaitait garder le silence.

Il a ensuite assisté, l’air goguenard, dodelinant de la tête à la lecture de l’ordonnance du juge d’instruction résumant les faits et aux témoignages de deux victimes.

– ‘Je vous le demande poliment’ –

Reprenant la parole une heure et quart plus tard, il a lancé à la présidente interloquée: « Je voudrais partir. Je vous le demande poliment. » « Mais, partir où? » « En détention », a-t-il répondu avec aplomb.

« Eh bien, emmenez M. Fofana », a ordonné la magistrate, qui a alors décidé d’écourter le procès, initialement prévu jusqu’à vendredi.

Sur les 13 victimes, parties civiles durant l’instruction, seules deux étaient présentes à l’audience. « Elles ont toutes refusé de « mettre un doigt dans l’engrenage » du chantage de Fofana et comprennent aujourd’hui (après l’affaire Halimi, ndlr) à quoi elles ont échappé », a expliqué le procureur. 

« On se devait d’être là pour dire les choses », a justifié Me Elias Stansal, avocat de l’une des victimes, Joseph Cohen Sabban. « Si Fofana s’est adressé à mon client, c’est parce que c’est un avocat renommé mais aussi parce qu’il est juif. C’est la marque +Fofalienne+ de mêler la crapulerie à l’antisémitisme. »

Parmi les victimes les plus connues figurent l’ancien président de Médecins sans frontières, Rony Brauman, l’ex-patron d’Arte, Jérôme Clément, ou le fondateur de Radio Nova, Jean-François Bizot, décédé depuis. On trouve aussi des chefs de grandes entreprises comme les présidents des directoires de BMW ou Conforama, les PDG de Toshiba France, BUT, IBM France, Rolex, Reebok France ou Whirlpool…

Le chantage se faisait par courriers, parfois accompagnés d’une photo ou d’une vidéo montrant un homme cagoulé ou avec une djellaba et un keffieh et armé d’un lance-roquettes ou d’une grenade, posant devant leur domicile pour les intimider.

Dans un cas la demande est attribuée au mouvement indépendantiste corse Armata Corsa, dans un autre à la branche française du Front de libération de la Palestine (FLP), dans un troisième à la Mafia K’1 Fry, un collectif de rappeurs.

Il faudra attendre l’enquête sur l’enlèvement d’Ilan Halimi pour que ces affaires dispersées soient attribuées à Fofana en raison de la proximité des modes opératoires.

Dessin d'audience de Youssouf Fofana, encadré par deux policiers, lors de son procès au Palais de justice de Paris, le 10 janvier 2017. © AFP

© AFP Benoit PEYRUCQ
Dessin d’audience de Youssouf Fofana, encadré par deux policiers, lors de son procès au Palais de justice de Paris, le 10 janvier 2017

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