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Face au Brexit, des pays du G20 veulent utiliser "tous les outils" de relance économique

Chengdu (Chine) (AFP) – Face aux menaces pouvant faire dérailler l’économie mondiale, du Brexit au terrorisme, plusieurs membres du G20, appuyés par le FMI, appelaient samedi les Etats qui en ont les moyens à doper leurs dépenses publiques pour relancer une croissance planétaire fragilisée.

Au premier jour d’une réunion des ministres des Finances du G20 à Chengdu (sud-ouest de la Chine), les grands argentiers rivalisaient d’adjectifs moroses pour dépeindre un tableau alarmant de la conjoncture.

« C’est une période d’incertitude persistante pour les perspectives économiques », a souligné devant quelques journalistes le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew.

« Les risques sont devenus plus proéminents », abondait le Fonds monétaire international (FMI) dans un mémo publié samedi, après l’abaissement de ses prévisions de croissance mondiale pour 2016 et 2017, à 3,1% et 3,4% respectivement.

La progression du PIB du globe pourrait même « ralentir plus drastiquement (qu’attendu) si la montée des incertitudes politiques et économiques continuait en raison du +Brexit+ », souligne le FMI dans ce rapport.

De fait, la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne était dans tous les esprits, même si la question ne figurait pas officiellement à son agenda.

Fraîchement nommé, le chancelier de l’Echiquier britannique, Philip Hammond, était présent dans la capitale du Sichuan pour tenter de désamorcer la fébrilité générale.

– ‘Recettes familières’ –

In fine, les responsables des 20 premières puissances mondiales devraient néanmoins se montrer soucieux d’envoyer dimanche un signal rassurant aux marchés et aux investisseurs.

« Les membres du G20 sont bien positionnés pour réagir de façon pro-active aux potentielles répercussions financières et économiques » de la rupture entre Londres et l’UE, indique le projet de communiqué final, divulgué samedi par Bloomberg News.

Pourtant, au-delà du cas britannique, l’essoufflement continu de la croissance mondiale préoccupe toujours vivement, à l’heure où les politiques monétaires ultra-accommodantes semblent atteindre leurs limites.

Dans ce contexte, outre les « réformes structurelles » -visant par exemple le marché du travail ou les professions réglementées – « les marges de manœuvres budgétaires, quand elles existent, doivent être utilisées » pleinement, plaidait le FMI. « Il y a un besoin urgent pour les pays du G20 d’intervenir pour remettre la croissance sur les rails ».

Selon le Fonds, l’Australie, le Canada, les Etats-Unis et l’Allemagne, en particulier, doivent « orienter leurs dépenses publiques vers les investissements dans les infrastructures » pour « doper leur demande à court terme ».

Jacob Lew se déclarait du même avis: « on arrive à un point où il est essentiel pour nous tous de redoubler nos efforts et d’utiliser tous les outils disponibles (…) Ce sont des recettes familières, qu’elles soient structurelles ou budgétaires ».

– Menace des ‘trois T’ –

Les grandes banques centrales se démènent certes toujours pour soutenir l’activité, à coup de montagnes de liquidités et d’abaissements des taux d’intérêts, mais « la politique monétaire ne peut pas tout », a confirmé Michel Sapin, ministre de l’Economie français, à l’AFP.

Il faut que « les pays qui ont des marges budgétaires les utilisent pour soutenir l’investissement (…) c’est notre position, même si ça pose problème à tel ou tel pays », a-t-il insisté, en visant l’orthodoxie allemande.

Berlin, en effet, campe sur son credo des uniques « réformes structurelles », après avoir dénoncé précédemment des relances budgétaires « inefficaces » et des politiques monétaires « contreproductives ».

Mais ses réticences pourraient être mises à mal par la multiplication des menaces. Outre le Brexit, un haut responsable évoquait sous couvert d’anonymat le danger des « trois T » pour la stabilité économique mondiale.

Une formule associant le terrorisme, après des attentats à répétition en Europe, la Turquie, secouée par un putsch raté et un durcissement des autorités et Donald Trump, candidat républicain à la Maison Blanche au discours très protectionniste.

« Evidemment, un candidat à la présidence américaine qui exprime son scepticisme sur les avantages du libre-échange, cela nous inquiète », a souligné sans ambages samedi le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria.

En revanche, les craintes sur le ralentissement de l’économie chinoise semblaient quelque peu apaisées, après des mesures de soutien de Pékin et une stabilisation de la croissance du pays au deuxième trimestre.

La Chine a néanmoins averti qu’elle ne pourrait pas à elle seule enrayer les turbulences liées au Brexit et l’essoufflement économique planétaire: « il est impossible de porter le fardeau du monde entier sur nos épaules », martelait vendredi le Premier ministre, Li Keqiang.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi lors du sommet du G20 à Chengdu en Chine, le 23 juillet 2016. © AFP

© AFP FRED DUFOUR
Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi lors du sommet du G20 à Chengdu en Chine, le 23 juillet 2016

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