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Fillon et Juppé affichent leurs désaccords mais évitent l'invective

Paris (AFP) – Le favori François Fillon et son challenger Alain Juppé ont ferraillé sans grand éclat jeudi soir lors de l’ultime débat télévisé de la primaire de la droite, loin des invectives qui avaient jusqu’ici émaillé l’entre-deux-tours.

Hormis quelques joutes à fleurets mouchetés, MM. Fillon et Juppé sont restés sur le fond pendant près de deux heures. Parfois tendu, le maire de Bordeaux a tenté d’imprimer le rythme en pointant ses divergences avec François Fillon. Mais il a baissé d’un ton par rapport au début de la semaine, ses attaques ayant semé le trouble jusque dans son propre camp.

Selon un sondage Elabe/BFMTV réalisé auprès de 908 personnes ayant suivi l’émission et publié juste après l’émission, M. Fillon a été jugé le plus convaincant par 57% des téléspectateurs, contre 39% pour M. Juppé.

En bon favori M. Fillon s’est employé à désamorcer les critiques, déroulant son programme et dénonçant à plusieurs reprises des « caricatures » chez son rival comme chez les trois journalistes David Pujadas (France 2), Gilles Bouleau (TF1) et Alexandra Bensaid (France Inter).

« Tu sais que j’ai toujours eu pour toi de l’amitié et de l’estime et je n’ai pas changé d’avis », avait démarré M. Juppé. Mais « on peut se poser des questions, c’est ce que j’ai fait quand tes positions ou propositions ne me paraissaient pas tout à fait claires, et j’ai été un peu surpris de la virulence de ta réponse ». « Les Français qui nous regardent ont droit à la clarté et à la précision », a-t-il poursuivi.

« Ce débat ne doit pas être celui de la division », a répondu François Fillon, attaqué ces derniers jours par son rival sur l’IVG, des soutiens venus de l’extrême droite et son programme économique. « Ce deuxième tour, ce n’est pas un combat, c’est la présentation de projets de deux hommes qui appartiennent à la même famille politique et qui, je pense, ont la même éthique de l’action publique », a-t-il dit.

M. Juppé a pointé une « divergence » avec le député de Paris au sujet des baisses de remboursements de santé, pas « une bonne idée ». « Caricature! » a rétorqué Fillon, expliquant toutefois que le système de santé devait être « désétatisé ». Ils sont en revanche tombés d’accord sur l’augmentation du numérus clausus pour les médecins. 

– « Juppé ne veut pas vraiment changer les choses » –

Autre point de désaccord: le temps de travail dans la fonction publique. Alain Juppé veut le relever à 39 heures mais « pas de façon brutale ». 39 heures payées 37 comme le souhaite M. Fillon, « ça ne se fera pas », « on ne peut pas demander à des fonctionnaires de travailler plus pour gagner moins ».

« Pas possible » non plus l’objectif de son rival de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires, pour Alain Juppé, qui souhaite en supprimer 250.000 et qui depuis dimanche soir met en avant la « crédibilité » de son programme. 

« Alain Juppé ne veut pas vraiment changer les choses ». « Je n’accepte pas que l’on dise à l’avance que c’est impossible », a répliqué M. Fillon qui présente « un projet qui rompt avec la pensée unique » et il s’est félicité d’avoir gagné « la bataille idéologique ». 

 « Pourquoi je propose 500.000, c’est parce que j’augmente le temps de travail », a-t-il dit.

Les deux hommes ont aussi échangé sur l’éthique en politique, tombant d’accord sur le fait qu’un ministre de leur gouvernement qui serait mis en examen devrait quitter son poste.

Ils sont revenus sur la question de l’IVG. « Le procès qui m’a été fait depuis quelques jours n’était pas correct ». « Je n’ai fait aucun procès, j’ai juste posé une question », s’est défendu Alain Juppé, en disant avoir été de son côté, « depuis des mois et des mois, l’objet d’une campagne absolument ignominieuse » sans qu’aucun « lieutenant » de M. Fillon ne la condamne.

« Je n’ai rien à voir avec cette campagne » et « quand je me fais traiter d’homophobe tous les matins je ne t’ai pas entendu non plus prendre ma défense », a répliqué François Fillon.

A propos de la Russie, Alain Juppé s’est étonné que le président Vladimir Poutine ait « choisi son candidat ». François Fillon a réfuté qu’il s’agisse d’un soutien. « Il se trouve que nous avons travaillé ensemble car j’ai été Premier ministre pendant cinq ans et il a été Premier ministre pendant cinq ans », a-t-il dit. « Ce sont les seules relations que nous avons », a-t-il dit, expliquant que « l’intérêt de la France n’était pas de changer d’alliance ».  

Après l’énorme surprise du premier tour, les jeux semblent joués. M. Fillon l’emporterait dimanche avec 65% des voix contre 35% à Alain Juppé, selon Ifop-Fiducial.

Les finalistes de la primaire de la droite François Fillon (g) et Alain Juppé lors d'un débat télévisé, le 24 novembre 2016. © AFP

© POOL/AFP Eric FEFERBERG
Les finalistes de la primaire de la droite François Fillon (g) et Alain Juppé lors d’un débat télévisé, le 24 novembre 2016

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