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Gambie: des troupes ouest-africaines prêtes à intervenir

Banjul (Gambie) (AFP) – Les troupes de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest se tenaient prêtes mercredi soir à intervenir en Gambie à partir du Sénégal en cas d’échec des efforts diplomatiques d’ici à minuit GMT pour convaincre Yahya Jammeh de céder le pouvoir à Adama Barrow.

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz est arrivé mercredi soir pour une ultime médiation à Banjul, où se sont rendues depuis décembre deux missions de dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao, 15 pays) pour amener M. Jammeh à céder son fauteuil, sans succès.

La Mauritanie n’est pas membre de la Cédéao. « Notre proposition de solution est indépendante de toutes les autres, nous l’avons minutieusement préparée » depuis décembre, a déclaré à l’AFP à Nouakchott un haut responsable de la diplomatie mauritanienne.

Dans le même temps, des troupes ouest-africaines se tenaient prêtes à intervenir en cas d’échec de la négociation, la Cédéao ayant à plusieurs reprises averti qu’elle pourrait avoir recours à la force en dernier ressort.

Parmi les pays ayant déployé des soldats, figurent le Nigeria, poids lourd régional, et le Sénégal, unique voisin terrestre de la Gambie, une ex-colonie britannique de moins de deux millions d’habitants.

« L’ultimatum prend fin à minuit » (heure locale et GMT) mercredi, à l’expiration du mandat de M. Jammeh, a déclaré à l’AFP le porte-parole de l’armée sénégalaise, le colonel Abdou Ndiaye.

« Si la solution politique échoue, nous allons engager » les opérations en Gambie, a ajouté le colonel Ndiaye, confirmant des mouvements de soldats sénégalais vers les frontières entre les deux pays.

L’armée de l’air nigériane a de son côté annoncé mercredi avoir envoyé 200 hommes et des avions au Sénégal, précisant que ce déploiement était destiné à une éventuelle intervention en Gambie.

Le climat dans ce pays s’est encore alourdi lorsque M. Jammeh a décrété mardi l’état d’urgence pour 90 jours, avec l’approbation de l’Assemblée nationale.

Une vague de départs était enregistrée parmi les touristes, en majorité des Britanniques et des Néerlandais attirés par les plages de sable fin de ce pays, à la suite de consignes de leurs gouvernements respectifs. Mercredi à la mi-journée, les plages étaient désertées, abandonnées à des employés désoeuvrés et à des chèvres.

 – « Toutes les mesures nécessaires » –

En Mauritanie, on se disait néanmoins confiant dans le succès de la médiation prévoyant, selon le diplomate mauritanien, des discussions avec M. Jammeh mais aussi M. Barrow. « Notre projet de sortie de crise (…) est complet et bien jouable pour tous », a-t-il assuré, refusant de fournir plus de détails.

A l’ONU, le Sénégal a présenté mercredi au Conseil de sécurité un projet de résolution pour soutenir les efforts de la Cédéao sur le dossier gambien, selon des diplomates. Dakar demande à l’ONU de soutenir « toutes les mesures nécessaires » pour assurer la passation de pouvoir, selon le texte consulté par l’AFP.

Dans l’attente de son investiture prévue jeudi, et à la demande de la Cédéao, M. Barrow est accueilli depuis le 15 janvier à Dakar.

Depuis son arrivée au Sénégal, M. Barrow n’est pas apparu en public, mais son entourage soutient invariablement qu’il prêtera serment jeudi en Gambie comme prévu, sans expliquer dans quelles conditions.

« Il sera investi en Gambie » mais pas dans un stade comme prévu initialement, a précisé mercredi à Banjul son porte-parole, Halifa Sallah, lors d’une conférence de presse. « Il se prépare pour son investiture par d’autres moyens », a-t-il ajouté, sans précision.

M. Sallah a cependant espéré que M. Jammeh « épargnera à la Gambie un bain de sang ».

A Banjul, au fil des heures, les partisans de Yahya Jammeh, de longue date pour certains, continuaient de le lâcher: la vice-présidente Isatou Njie Saidy a démissionné mercredi, le ministre de la Santé Omar Sey la veille, selon leurs proches. Avant eux, plusieurs ministres avaient quitté leurs fonctions, dont ceux des Affaires étrangères, des Finances, et de l’Information.

La capitale gambienne avait mercredi des allures de ville en sommeil : circulation réduite, des boutiques étaient fermées et des denrées commençaient à manquer dans plusieurs quartiers, selon un journaliste de l’AFP et des témoins, citant le pain, le poisson notamment, en raison des départs des habituels vendeurs.

Par mesure de précaution, le plus grand hôpital de Banjul, situé à proximité du palais présidentiel, a fait évacuer vers d’autres centres tous ses malades à l’exception des cas les plus graves, selon un membre de son personnel.

Le président sénégalais Macky Sall, le 5 décembre 2016 à Dakar. © AFP

© AFP/Archives STRINGER
Le président sénégalais Macky Sall, le 5 décembre 2016 à Dakar

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