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Grande-Bretagne: Damian, le patron fleuriste, prêt à fêter le Brexit

Watford (Royaume-Uni) (AFP) – David Cameron, le FMI et les grandes multinationales promettent des lendemains douloureux en cas de Brexit. Mais pour Damian Duffy, patron de commerces de fleurs depuis vingt ans, « ce serait une énorme fête » si les Britanniques choisissaient la sortie de l’UE le 23 juin.

« N’importe qui dans ce pays qui n’est pas dans une grande entreprise a vu sa vie devenir plus chère et plus difficile » au sein de l’Union européenne, assure ce gaillard de 48 ans, casquette noire vissée sur la tête, dans sa boutique « Rosanna’s » située dans une rue commerçante de Watford.

Damian possède trois magasins de fleurs et emploie huit personnes à Watford et dans ses environs. Comme dans la capitale, les prix de l’immobilier ont flambé dans cette ville de la grande banlieue nord-ouest de Londres, surtout connue pour son club de football et la proximité des studios où ont été tournés les films Harry Potter.

La raison ? L’afflux d’une main d’œuvre d’Europe de l’Est peu qualifiée, qui tire les salaires vers le bas et augmente la pression sur le marché du logement, juge Damian. « La politique d’immigration doit changer dans ce pays », estime-t-il, pendant que sa femme – thaïlandaise – prépare une commande de fleurs pour un mariage.

« Mes clients paient des loyers plus élevés et du coup leur budget pour des produits comme les miens a décliné. On vend des produits de luxe, pas de première nécessité », souligne-t-il, au milieu des orchidées et de brassées de roses rouges.

« On se débrouille bien mais c’est incroyablement difficile », surtout avec la concurrence des supermarchés, souligne Damian en pointant du doigt l’enseigne Co-operative de l’autre côté de la rue.

– Bureaucratie et réglementations –

Il n’est pas le seul petit patron à blâmer l’Union européenne pour ses difficultés. Début mars, il avait signé une lettre ouverte de la campagne Leave.eu avec des dizaines d’autres directeurs de PME, petits entrepreneurs et commerçants. 

Restaurateurs, chefs d’entreprises de nettoyage de bureaux ou dépanneurs d’automobiles y réclamaient la sortie d’une Europe jugée tatillonne, inefficace et coûteuse. 

Selon la dernière enquête de la Fédération des petites entreprises (FSB) sur le sujet, seuls 47% de petits patrons voudraient rester dans l’UE contre 40,9% prônant une sortie. 

« La bureaucratie et les réglementations sont souvent considérées comme des obstacles par les patrons de petites entreprises et ils envisagent souvent l’UE comme une source de réglementations supplémentaires », explique le professeur Stephen Roper, directeur de l’Enterprise Research Centre.

« Seul environ un cinquième des petites entreprises britanniques exporte et bénéficie ainsi du marché unique », ajoute-t-il.

Leur position est ainsi beaucoup plus contrastée que celle des grandes multinationales, comme le groupe pétrolier BP ou la banque HSBC, qui se sont dans l’ensemble exprimées pour un maintien dans l’UE, synonyme d’accès garanti au marché unique et gage de stabilité.

– « Continuer de commercer avec l’Europe » –

Mais ces derniers arguments laissent de marbre Damian Duffy, qui dénonce l’influence démesurée d’un « très petit nombre d’entreprises énormes, de dimensions mondiales », perçues proches des politiciens et des grands médias.

Il balaie également les rapports alarmistes du FMI, de l’OCDE ou du Trésor britannique, qui prédisent un choc économique en cas de Brexit. « Si vous mettez cent économistes dans une pièce, vous aurez probablement cent opinions différentes », rigole-t-il.

Les deux camps alignent en effet des experts aux arguments diamétralement opposés, chiffres et graphiques à l’appui, à un rythme de plus en plus soutenu à l’approche du scrutin. 

Mais il est d’autant plus difficile d’imaginer ce qui se passerait en cas de sortie du pays de l’Union européenne que plusieurs scénarios sont possibles. Le Royaume-Uni deviendrait-il un simple adhérent de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Ou prendrait-il exemple sur la Norvège ou la Suisse, qui ont conclu des accords avec l’UE ?

« Nous voulons continuer à commercer avec l’Europe », assure Damian. « Je suis sûr que l’on peut conclure des accords commerciaux réciproques très simples qui feront qu’il n’y aura absolument impact sur les relations commerciales », veut-il croire.

Il y aurait d’ailleurs tout intérêt: les fleurs qui l’entourent dans sa boutique de Watford ont poussé dans le monde entier et ont toutes transité par des fournisseurs basés aux Pays-Bas. 

Le fleuriste Damian Duffy prépare des bouquets dans sa boutique de Watford, au nord de Londres le 12 mai 2016. © AFP

© AFP JUSTIN TALLIS
Le fleuriste Damian Duffy prépare des bouquets dans sa boutique de Watford, au nord de Londres le 12 mai 2016

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