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Ice : quand les cols blancs se la jouent « bad boys »

Moana et Charles, l’un comptable et l’autre fonctionnaire territorial, en ont visiblement eu marre d’une vie de gratte-papier. En manque d’adrénaline, ils avaient décidé de se lancer dans le trafic d’ice par colis postaux. Ils ont respectivement écopé de 24 et 18 mois ferme assortis d’un mandat de dépôt.

Deux drôles de clients ce jeudi après midi en comparution immédiate. Tous deux ont un profil que l’on a peu l’habitude de voir à la barre, surtout dans des affaires d’ice. L’un, Moana, 29 ans, est du genre bardé de diplômes et exerce comme comptable. Quant à son compère, Charles, 35 ans, il est fonctionnaire territorial. Pas des profils aux fins de mois difficiles. Et pourtant, c’est l’appât du gain qui les a réunis dans cette entreprise, où les risques pris sont en général récompensés par un séjour à l’ombre.

Leur combine était simple. Via le darknet, Moana commandait à une officine installée aux Pays-Bas de la méthamphétamine, payée en Bitcoin. Et l’ice était censée arriver dans la boite postale de Charles. Si une enveloppe contenant 30 grammes d’ice est bien arrivée à Tahiti, celle-ci a fait tout d’abord un petit stop dans les mains des douaniers.

Des douaniers qui ont sagement décidé de remettre l’enveloppe dans la boite postale de Charles et d’attendre patiemment que son destinataire vienne la récupérer. Coup double, Charles et Moana se sont tous deux présentés à la poste. Ils ont été placés en garde à vue dans la foulée.

« Les stéroïdes, je comprends, mais pourquoi des médicaments pour faciliter l’érection ? »

À la barre on apprend que Moana s’est d’abord fait les dents en important des stéroïdes, toujours par le biais du darknet. Des stéroïdes, mais aussi des cachets type Viagra. « Les stéroïdes, je comprends, mais pourquoi des médicaments pour faciliter l’érection ? » l’interroge le juge, « ben la prise de stéroïdes provoque chez certains des difficultés au niveau de l’érection », « ça ne vaut pas le coup de faire de la musculation alors », jubile le juge comme s’il avait là une excuse toute trouvée pour rayer le mot sport de son vocabulaire.

Si les échanges entre Moana, Charles et le dealer néerlandais se faisaient sous messagerie instantanée et cryptée, et donc normalement inutilisables par les forces de l’ordre, pour autant elles ont pu à loisir lire et relire les échanges. « C’est pas mal votre idée de communiquer avec une messagerie cryptée et instantanée, encore faut-il ne pas en faire des captures d’écrans et les conserver dans votre smartphone » leur explique le juge, pédagogue.

À la lecture de ces fameux messages cryptés, on s’aperçoit que les deux avaient de grandes ambitions. « Dès qu’on fait 10 millions, on investit dans un laboratoire », indique un message, tandis que d’autres font part de l’élaboration d’un catalogue où les produits importés par leurs soins seraient mis en valeur, mais aussi de leurs intentions de se faire faire des faux papiers par un faussaire en métropole, ainsi que des faux dollars.

Bref, des jeunes loups aux dents longues qui vont pouvoir réviser à loisir leur business plan à Nuutania, où le juge les a envoyés, estimant qu’ils n’avaient aucune circonstance atténuante pour se lancer dans un tel trafic, « si ce n’est l’appât du gain. » Moana a été condamné à 24 mois de prison ferme et Charles à 18 mois, et pour tous deux ces peines sont assorties d’un mandat de dépôt.

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