EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Ils partent défendre la France car la Polynésie n’a pas su les intégrer – Edito 13/01/2020

Le tout début d’année chez nous est systématiquement marqué par une vague de départs de jeunes polynésiens qui s’engagent à l’armée. Il est poignant de voir toutes ses familles qui oscillent entre fierté et dévastation lorsqu’elles sont confrontées à cette séparation. Si j’ai la plus haute opinion de nos forces armées, un respect et une admiration sans borne pour ceux qui sont prêts à sacrifier leur vie pour protéger notre patrie, il n’en demeure pas moins qu’il faut rester objectif.

Évidemment s’il existe de nombreux jeunes gens qui nourrissent des vocations pour ce secteur depuis leur plus jeune âge, et chez qui la décision de rejoindre l’armée est un véritable projet de vie, ne nous leurrons pas. Pour la Polynésie française en tout cas, et depuis longtemps déjà, au fil de mes rencontres et conversations je me suis rendu compte que l’engagement était en fait un « non »-choix, une faute de mieux, une solution de derniers recours pour sortir de la spirale de la loose.

Déjà le RSMA, le Régiment de Service Militaire Adapté installé à Arue, est-il un providentiel moyen de redonner de l’espoir et des ambitions à des jeunes en perte de repères. Des jeunes polynésiens qui avaient fini par se convaincre qu’ils avaient « no future » et dont le complexe d’infériorité grandissant risquait de les mettre définitivement au ban de la société et de les faire dérayer dans la délinquance. Le système éducatif local les avait perdus en route, le système tout court même, et c’est à creuser car j’ai bien peur que ce ne soit pas qu’une impression, ils ont l’air de plus en plus nombreux dans ce cas.

Aussi parce cela semble manifestement très compliqué dans ce Pays de se brainstormer et expérimenter des mesures en urgence pour mieux intégrer notre jeunesse dans la marche de notre société, à tous les niveaux, on remplit donc les avions de petits polynésiens qui peuvent s’avérer devenir un jour, qui sait, de la chair à canon.

Alors bien entendu qu’ils vont avoir un salaire, le potentiel de faire carrière et de gagner leurs galons au fur et à mesure, ils auront même une retraite, mais cela se paye chèrement : au prix d’un déracinement qui fend le cœur. Ces enfants du soleil, qui brillent sur leurs planches de surf dans leurs paysages de carte postale, vont nécessairement se faner un peu dans la grisaille ou en portant leur barda dans la gadoue, quand ils n’éviteront pas les balles une fois en opération.

A tous ces gamins sauvés in extremis et comme ils le pouvaient d’un système qui les excluait on souhaite évidemment tout le meilleur, et parce qu’on les aime et que l’on a conscience de leur sacrifice, on leur doit au moins de leur promettre qu’on va jouer des coudes chacun à notre niveau pour que plus personne ne soit un oublié du système, obligé de s’expatrier pour exister.

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7 Commentaires

  1. Tan
    14 janvier 2020 à 9h24 — Répondre

    Merci Alexandre pour ce beau résumé. « Obligé de s’expatrier pour exister ». Maururu ia oe

  2. Mikado
    14 janvier 2020 à 11h09 — Répondre

    Très bel article, très pertinent. Il est vrai que pour beaucoup c’est un choix car les polynésiens sont des guerriers  » dans l’âme « , ils aiment l’action, l’engagement, le rapport de force et ont paradoxalement cette générosité de cœur qu’on ne trouve pas partout. Cependant, si pour certains le choix est par dépit, la faute incombe aux parents ( on ne me l’enlèvera pas de l’idée ) ! Le rôle de l’éducation Nationale est de les instruire, pas de leur donner une éducation !! Si ça ne suit pas, à qui la faute sinon aux parents ? Ce n’est pas au territoire de s’en occuper non plus, il font déjà bien assez ( l’océanisation des cadres est en marche si je ne m’abuse …, non ? ) ! Combien d’enfants livrés à eux même ? Trop à mon avis et pourtant on parle de  » l’enfant roi  » … Occupez-vous de vos gosses ! Donnez leurs les valeurs qu’il faut pour affronter la dure réalité de la vie en société. Bref, y’a du boulot … Afaaitoito !

  3. Soulier Jean-Claude
    15 janvier 2020 à 9h55 — Répondre

    Bien qu’ayant apprécié l’article d’ Alexandre Talercio concernant les militaires polynésiens en partance pour la métropole, je me sens obligé de lui adresser une réflexion que j’aurai du lui faire parvenir depuis longtemps.
    Cher Alexandre, j’ai certainement le double de ton âge et c’est la raison pour laquelle certaines de tes phrases sont pour moi quelque peu incompréhensibles. Je t’explique. A trois reprises dans ton éditorial tu utilise des mots ou des formules avec lesquels j’ai du mal à te suivre.
    Tout d’abord lorsque tu par’les de « la spirale de la loose », j’ignore ce que tu veux évoquer. Ensuite tu expliques que « des tahitiens avaient fini par se convaincre qu’ils avaient « no future » Là je comprends que tu veux dire qu’ils n’avaient aucun avenir et pour terminer, tu nous informes « qu’il est très compliqué dans ce pays de se brainsformer » Après recherches, je ne saisi pas encore complètement ce que cela signifie.
    Tu as pourtant les qualités et l’instruction nécessaires pour expliquer cela en français…Pourquoi ne le fais-tu pas et pourquoi persistes-tu à écrire dans une langue que forcement les personnes de mon âge ne peuvent saisir? C’est bien dommage. Ce n’est pas comme cela que tes jeunes lecteurs progresseront dans l’écriture…Et pourtant, il existe tellement de mots dans cette belle langue française pour dire ce que l’on souhaite!…Je préfèrerai que tu utilises des mots polynésiens. Je l’accepterai davantage et,bien que popaa, je te comprendrai mieux.
    Ceci est dit sans aucune animosité mais penses plus souvent aux personnes d’un certain âge qui lisent tes écrits et manies comme tu sais si bien le faire la langue française au lieu de te complaire dans une écriture peut-être plus moderne à tes yeux mais que tous tes lecteurs non seulement n’approuvent pas mais ne comprennent pas toujours.
    Je vais c’est certain, recevoir une volée de bois vert à la suite de ce commentaire mais il fallait que je te fasse connaître mon sentiment. Les commentaires sont faits pour cela…
    En toute amitié.
    Jean-Claude.

    • 15 janvier 2020 à 10h20 — Répondre

      Ia Orana, tu ne recevras aucune volée de bois vert et je prends avec plaisir ton commentaire en compte. Je m’amuse en fait à différents exercices de style au fil de mes éditos. Celui par exemple du 2 décembre si tu vas le relire te conviendra sans doute davantage dans l’esprit de ce que tu souhaites. Cependant et à moins que tu sois centenaire, tu vis dans le même monde que moi et ce monde est bourré de néologismes qui existent et ne travestissent pas pour autant notre langue qui se gorge d’année en année de nouveaux mots, d’anglicismes, etc qui rentrent dans le dictionnaire. Il ne t’aura pas échappé que je fais aussi en sorte de m’adapter à ma cible en fonction de l’angle choisi pour chaque édito. En l’occurrence celui-ci était particulièrement destiné à être lu et partagé par les plus jeunes qui se posent des questions sur leur avenir. Le brainstorming, le no future, la loose, sont des mots bien plus courants dans leur emploi au quotidien que tu ne sembles le penser je t’assure. Et puis ça peut te permettre de rester « jeune » de faire quelques recherches pour comprendre les nouvelles générations. Amitiés et merci du fond du coeur pour ton suivi.

  4. simone grand
    16 janvier 2020 à 7h07 — Répondre

    Bonjour Alexandre
    A l’instar des héros fantastiques tels que Maui, Tafa’i et Cie, de tout temps des jeunes Polynésiens ont voulu aller voir au-delà de l’horizon.
    Cela fait autant partie de l’ADN polynésien que celui de s’accrocher à son bout d’île. C’est d’ailleurs ce mouvement de curiosité vers l’ailleurs qui a permis aux ancêtres de peupler quasiment toutes les îles habitables du grand Océan.
    Il en fut ainsi tout au long des siècles puis décennies depuis l’arrivée des Blancs. Si seuls les noms de Mai et Ahutoru furent cités par les 1ers navigateurs, d’aucuns partirent sur des baleiniers faisant souche ou pas là où les navires les déposaient.
    En 1918, comme en 1940, les bataillons du Pacifique furent composés aussi sur l’envie de l’ailleurs. Certains firent souches en métropole ou quelque part ailleurs en Europe, d’autres revinrent alors que d’autres périrent.
    J’ai observé que certains jeunes anciens combattants reviennent dans leur île d’origine pour y prendre des responsabilités d’élus avec souvent d’excellents résultats. Les voyages leur ont ouvert l’esprit et libérés de complexes d’infériorité liés à toute colonisation. Ne pas oublier que si aux temps anciens les insulaires se pensaient consanguins des divinités, l’évangélisation leur a fait comprendre qu’ils n’étaient que des païens arriérés aux divinités sataniques. Comme ils n’ont jamais adoré d’idoles mais révérés leurs ancêtres, ils furent convaincus de bêtise crasse transgénérationnelle et à jamais damnés sauf s’ils reniaient leurs ancêtres.
    Autrefois les études s’arrêtaient ici au BEPC. Des jeunes sont partis étudier et se battre avec plus ou moins de bonheur mais sont revenus ou pas l’esprit plus ouvert.
    Vivre chez soi est une chance tout comme celle de partir découvrir d’autres regards sur soi qui font apprécier autrement ce qu’on pensait sans intérêt ou monumental. ça permet de relativiser les choses.
    Mieux vaut mille fois partir y compris pour participer à des combats où l’on risque de laisser sa peau que d’accepter l’enfermement dans une situation vécue sans issue au point de se laisser piéger par des substances offrant des trips mortifères sur place.
    Aussi, saluons celles et ceux qui partent découvrir d’autres facettes d’eux-mêmes et saluons les parents qui leur font confiance.

    • 16 janvier 2020 à 10h33 — Répondre

      Hello Simone je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fond puisque j’ai bien noté dans mon texte que certains avaient eu le luxe de « choisir », mais mon édito traitait avant tout de ceux qui ne l’ont pas eu … Amitiés.

    • dc689
      16 janvier 2020 à 11h24 — Répondre

      Sonder les anciens combattants devrait permettre d’avoir des appréciations pertinentes et vraisemblablement convergentes avec les tiennes.
      Merci Simone aussi pour le redimensionnement historique

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