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Irak: la bataille de Fallouja contre l'EI s'annonce difficile

Près de Fallouja (Irak) (AFP) – Les forces irakiennes ont lancé lundi une vaste offensive pour reprendre la ville de Fallouja au groupe Etat islamique (EI), une bataille qui s’annonce comme l’une des plus difficiles dans la guerre contre les jihadistes.

Des bombardements aériens accompagnaient l’avancée des troupes vers cette ville de la province d’Al-Anbar située à seulement une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Bagdad, a constaté un photographe de l’AFP.

 Le signal de l’offensive a été donné dans la nuit par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, qui a ensuite visité le centre de commandement.

« Dans les premières heures, les braves combattants ont progressé » dans plusieurs directions afin de reprendre « toutes les zones occupées par l’EI autour de Fallouja », a déclaré M. Abadi à la télévision.

Lundi soir, les forces de sécurité ont annoncé avoir déjà repris Karma, une petite ville située dans un secteur rural au nord-est de Fallouja. « Ils ont hissé le drapeau (irakien) sur l’hôtel de ville », a dit le général Abdel Wahab al-Saadi.

Plus tôt dans la journée, l’EI avait affirmé avoir repoussé « une large attaque » des forces irakiennes et détruit de nombreux blindés.

Fallouja est une ville clé pour l’EI puisqu’elle avait été la première conquise par les jihadistes en janvier 2014 au début de leur conquête de larges pans du territoire irakien.

Ce bastion sunnite avait auparavant été une ville symbole sous l’occupation américaine. L’armée américaine avait eu énormément de mal en 2004 à déloger les insurgés et y avait livré les combats parmi les plus durs depuis la guerre du Vietnam.

– Crise politique –

La bataille de Fallouja s’inscrit dans le cadre de la lutte globale contre le groupe jihadiste implanté en Irak et en Syrie, où il a revendiqué lundi des attentats ayant fait 148 morts au coeur de la zone contrôlée par le régime selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

M. Abadi a précisé que l’opération aurait dû commencer plus tôt mais qu’elle avait été retardée par « les problèmes politiques et certains évènements (…) menaçant la sécurité dans Bagdad ».

L’Irak est embourbé depuis plusieurs mois dans une crise politique qui s’est matérialisée ces dernières semaines par l’envahissement à deux reprises par des manifestants de la Zone verte ultrasécurisée de Bagdad qui abrite les principales institutions de l’Etat.

L’opération sur Fallouja est menée, selon M. Abadi, par des militaires, des membres des forces spéciales et de la police, des milices et des tribus progouvernementales. Ces forces bénéficient du soutien de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les Etats-Unis.

Selon le porte-parole de la coalition Steve Warren, 21 frappes aériennes ont été menées sur des positions de l’EI dans et autour de Fallouja depuis le 17 mai. Et un porte-parole du Pentagone a indiqué que l’armée américaine était prête à déployer ses hélicoptères de combat si le gouvernement irakien le demandait.

Bagdad a pour sa part annoncé avoir bombardé la ville avec des chasseurs F-16 mis à disposition par les Américains.

– Pénuries de nourriture –

Dimanche, le Commandement irakien des opérations avait appelé les civils à quitter Fallouja. Ceux qui ne peuvent partir doivent accrocher un drapeau blanc sur leur maison et se tenir loin des positions de l’EI, avait-il ajouté.

Des responsables ont fait état ces dernières semaines du départ de dizaines de familles, mais l’EI a tenté d’empêcher les civils de quitter la ville, qui comptait auparavant environ 300.000 habitants.

L’ONU estime qu’il y a environ 50.000 personnes encore à Fallouja et qu’il est « important que les habitants puissent disposer de couloirs sûrs » pour fuir la ville, a indiqué lundi son porte-parole Stéphane Dujarric.

Parallèlement, les forces progouvernementales ont été accusées d’empêcher l’entrée de nourriture dans Fallouja, qui manque notamment de médicaments. « L’aide n’est pas entrée dans Fallouja depuis que le gouvernement a repris la ville voisine de Ramadi », selon le Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés.

Si la reprise de Mossoul (nord), la deuxième ville du pays, est l’un des objectifs prioritaires de Bagdad, ses forces déployées depuis plusieurs mois dans la province septentrionale de Ninive progressent lentement et un éventuel assaut sur Mossoul n’est pas imminent.

Dans la province d’Al-Anbar, par contre, les forces de sécurité ont repris ces derniers mois au groupe jihadiste sunnite la capitale régionale Ramadi ainsi que les villes de Hit et Routba.

De larges parts de cette province majoritairement sunnite restent néanmoins aux mains de l’EI, qui a eu l’opportunité depuis deux ans de renforcer ses défenses, notamment à Fallouja.

Les forces irakiennes ont toutefois l’avantage de bien connaître cette zone, surtout si elles s’appuient sur les combattants des tribus qui leurs sont loyales.

Forces irakiennes le 23 mai 2016 à  à l'assaut de la ville de Fallouja . © AFP

© AFP AHMAD AL-RUBAYE
Forces irakiennes le 23 mai 2016 à à l’assaut de la ville de Fallouja

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